Le 9 juin 2011Collectif 12, Mantes-la-Jolie
Invité à Mantes-la-Jolie par le Collectif 12, Serge Ricci avec sa compagnie Mi-Octobre enchantera à coup sûr riverains et parisiens, venus découvrir la double création du maître de l’obscur extra-muros.
D’abord, c’est un duo du chorégraphe et danseur avec la magnétique Brigitte Asselienau. Les deux monstres sacrés de la danse contemporaine confrontent leur chair, leurs émois, leur angoisses, leurs désir, autour de mouvements enveloppants où chacun, en une poésie abstraite et envoûtante, se fait le gardien ( angélique ?) des aléas et tourments de l’autre. Construit comme un éloge à la trace psychique qui reste lorsque la mémoire vacille et se trouble, le duo émerge de l’obscurité chère à Serge Ricci, qui, dans le sillage de Rembrandt et des peintres hollandais du 17 ème siècle, rend un vibrant hommage à l’humain. Deux solitudes s’épanchent, se frôlent subtilement, se caressent, puis se rejoignent en s’épaulant dans une quête onirique où pleins et déliés se jouent du silence opaque d’une lumière tamisée.
Le quatuor qui est conjoint au duo, quant à lui, renverse le spectateur par sa qualité dense et fluide, où de fins à coups viennent ponctuer une gestuelle qui en dit long, dans la lignée de Partiellement effacé, sur le même thème, sur la rémanence du passé, ce qu’il charrie, et ce vers quoi il propulse en termes d’avenir. Les quatre danseurs mettent en corps un jeu de papier chinois : les corps se rejoignent, se délient et se gonflent en une éclosion florale de jambes lumineuses sur un fond noir. Musiques rock, électro et classique imprègnent la mélopée charnelle et la transportent en des contrées imaginaires imperceptibles au regard hâtif.
Car la force de notre chorégraphe consiste bien à transcender les petites perceptions du quotidien en une envolée lyrique minimale et profonde, en un savant mélange orfèvre de réminiscences suaves et d’épanchements nostalgiques. Un éloge de la lenteur. Une ode au partage de ressentis amers, troublants, mais qui jamais ne sombre dans le pathétique. On a à plutôt à faire à une toile de maître sur fond noir. Un clair obscur. Une mélancolie héroïque.
Bérengère Alfort
Au bord de l'oubli / Là où rien du coeur ne se perd
Jeudi 9 juin à 20h30
Tarifs : 3 / 5 / 10 euros
Collectif 12
174 Boulevard du Maréchal Juin
78200 Mantes-la-Jolie
www.collectif12.org
[Visuel : Là où rien du coeur ne se perd avec Fabien Almakiewicz, Yann Cardin, Aurélie Mouilhade, Cyril Geeroms. Crédit Jacky Ley]
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Commentaires
Figurez-vous que j'ai vu ce soir la meilleure compagnie de danse contemporaine du moment,
en tout cas la plus créative et la plus moderne -alors ça, sans aucun doute.
Que ce soit au niveau des interprètes, des costumes, de la lumière, de la conception même.
Qui d'autre à se mettre en danger à ce point aujourd'hui ?
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