
Créer une pièce chorégraphique en s’inspirant de Shakespeare n’est pas chose facile : il y a toujours une complexité des sentiments, des situations, des personnages qui peut dérouter un metteur en scène de corps. Or, ici, Maillot réussit à relever le défi avec grâce et brio.
Résolument onirique, définitivement… songeur, le conte doit beaucoup de sa réussite à des partis pris très nets. La lumière n’est jamais pleine, la didactique jamais trop poussée, les rôles toujours très dansants, force usage élégant de la pointe à l’appui… Il faut dire qu’avec Drillot aux lumières, Pignon-Ernest à la scénographie, et Guillotel aux costumes, le pari est bien soutenu !
Maillot a l’art des collaborations non seulement prestigieuses, mais pertinentes et audacieuses. Il a confié la musique contemporaine à son frère Bertrand, qui, en orfèvre, jongle plus qu’habilement entre Mendelssohn et Teruggi… Une histoire de famille, puisque, outre les liens du sang, le directeur des Ballets de Monte-Carlo a toujours su gagner le cœur de ses proches collaborateurs, contre vents et marées…
Les interprètes chorégraphiques sont bluffants. Mimosa Koike campe une Titania renversante. Asier Uriagereka, un Oberon époustouflant. Le corps de ballet, pourtant en fin de course de saison, est en pleine forme. Les filles irradient de technique sur pointes inventive et solidement rendue, les garçons emballent par leur allant, leur énergie physique soutenue par un psychisme théâtral qui fait d’eux des demi dieux….
On est, il faut bien le dire aussi, plongé dans le décor dans le décor : la Salle Garnier, en plein cœur de Monaco , est l’écrin idéal et rêvé de bien des chorégraphes pour leurs créations… Il suffit juste, pour se rendre compte par soi-même, du talent de cet artiste moderne et innovant, classique dans le vocabulaire mais déroutant par son style, fait d’un troublant érotisme qui ne sombre jamais dans le vulgaire, pour être pourtant poussé, de prendre un billet d’avion, de train, sa voiture…
Prochain rendez-vous en octobre, pour la création maison. Mais… chut !
Bérengère Alfort
[Visuel : Le Songe de Jean-Christophe Maillot. Photo de Marie-Laure Briane. Danseurs : Bernice Coppieters et Jérôme Marchand]
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