Du 30 novembre au 2 décembre 2011Centre chorégraphique national de Tours
Un spectacle complet et absolument renversant. D’abord il y a l’histoire d’une collaboration étroite entre Bernardo Montet, directeur artistique, chorégraphe et danseur du CCNT, et Geneviève Vincent. Or cette femme est un poème. Son texte Le murmure du sang 2011, psalmodié par les sept danseurs, de dos, sur scène, est un coup de poing dans le cœur.
La haine, la folie, engendrées par le bagne dont parle Genêt, irradient en un texte bouleversant, plein d’aspérités qui paradoxalement ravisent l’âme en la renversant, ce qui est le principe du sublime depuis Kant. C’est que notre auteure est historienne de l’art, professeur à la Faculté, performeuse…un monument dont la simplicité, l’humanité, la générosité transportent…
Ce texte est une œuvre en soi. Porté par l’équipe chorégraphique, il prend une coloration d’abord sombre, entêtante, puis ensorcelante. Montet sur le plateau, un autre monument. Eloge de la lenteur et de l’immobilité hypnotique. En son solo inaugural. Les six autres danseurs, hommes comme femmes, dans un souci d’identité monosexuée pour Des hommes, transportent par des soli qui sont des pièces intrinsèques, des œuvres en soi encore une fois. Un solo d’un danseur en pagne scintillant, burlesque c’est-à-dire tragi comique, n’est pas sans rappeler la poésie sauvage et tribale d’une certaine Vera Mantero, référence appuyée aussi par les poids aux pieds des danseurs, en une fine symbolique de l’oppression que l’on retrouvait chez la chorégraphe portugaise. Les prisons intimes et universelles dans lesquelles baigne notre inconscient sont révélées avec une grâce violente, dessinée non au pinceau mais au couteau, voire à la hache, en des enroulements d’ensemble fluides et enveloppants. La tendresse point subtilement sous le glacis de la brutalité qui craque, pour révéler les aspirations à la liberté.
Peut-être que le mélange de ces thématiques riches, denses et remuantes, ne doit pas se lire, dans un souci de « compréhension », mais être la source de questionnements sur la condition humaine. La preuve : c’est l’ambiance, toute en transe, en abime, qui guide le spectateur dans les affres de ses angoisses tapies sous la rationalité. A l’arrivée, on craque, on lâche prise, pour se laisser envahir par un étonnant état de stupeur. Edifiant.
Bérengère Alfort
Centre chorégraphique national
47, rue du Sergent Leclerc
37000 Tours
www.ccntours.com
[Visuel : Des Hommes, pièce de Bernardo Montet]
| Elles / Partitions - Sylvain Groud - Opéra Bastille < Préc | Suivant > Olivier Dubois - Rouge - Théâtre de Vanves |
|---|











