Jusqu'au 29 février 2012 Ecriture espiègle et intelligente, brillant jeu de comédien, ironie aiguisée souriante, une bonne tête sympatique en prime, Karim Tougui aligne les bons points au Tremplin Théâtre du quartier des Abbesses. Actuellement à l'affiche avec son one man show, Ma mère s'appelle Chantal, le jeune comédien surprend une assemblée hilare, illustrant à merveille le slogan publicitaire : « n'imitez pas, innovez ! ». Talent à suivre. De près.
L'affiche promet un bon « ma famille, mes emmerdes » de mise dans l'inspiration de tout humoriste. Ce que l'on n'attendait pas c'est cette djellaba en ouverture de rideau et ce thème pourtant bien épineux-chatouilleux : « ma religion l'islam ». Plus que jamais dans ce petit théâtre propice aux artistes émergeant « on peut rire de tout avec nimporte qui ». Karim raconte simplement son histoire et ce n'est pas si simple.
Métis élevé par une mère poitevine catho croyante, un père marocain musulman, le garçon grandit dans l'amour, le respect et la crainte de Dieu, une identité en perpétuel questionnement. A l'instar de ses boutons disgracieux, la puberté vient gâcher un certain équilibre avec des questions concrètes et dérangeantes dans un contexte familial spirituel : le sexe et même, le sexe et le péché. De là l'enfer, le paradis, la faute, le désir, la frustration, l'acceptation et la révolte, des angoisses de l'adolescence aux constats de l'âge adulte, sur scène Karim Tougui donne corps à une petite obsession triviale aux conséquences cosmiques, une voie qui se profile, un véritable choix de vie, aux prises avec la fatale question du « libre arbitre ».
Exutoire peut-être à deux décennies de virages et de détours, le comédien saisit l'attention et la curiosité du public. Croyants, athés, ex-victimes des séances de catéchisme, des photos traumatisantes de communion, catholiques, musulmans, ou juste amateur de bonne rigolade, l'histoire suscite l'intérêt avant tout pour sa grande qualité narrative. Le trait de crayon est sûr et les portraits de personnages clés sont esquissés dans une légéreté virtuose : la mère demeure la master piece : lisse et douce, bienveillance sans prise dans cette course à obstacles pour le très convoité trophée de la jouissance. Alliés à une remarquable maîtrise de l'écriture et des développements logiques, certains passages tutoient les très hauts sommets d'un rire divin où, à son comble, la jubilation est palpable quand, l'eût-on soupçonné, il est question de piranhas !
Karim Tougui a 35 ans. Il a suivi des cours notamment à l'école de théâtre Les Enfants Terribles. Les fans de la série marseillaise noteront qu'il fut un personnage de la saison 6 de « Plus Belle La Vie »... Comme quoi tous les chemins mènent à Rome car on le sacrerait bien César, de la comédie et de l'humour. On pense à Gad Elmaleh, à Elie Semoun… mais le style est différent et la marque s'imprime seule, personnelle, nouvelle. Il reste deux séances à ne pas manquer car en soirées, on ne sera pas peu fiers de lancer un nonchalant : « Karim Tougui ? Mais je l'ai connu moi à ses débuts, oui, dans une petite salle du 18è ! »
Gaëlle Le Scouarnec
Ma mère s'appelle Chantal
De Karim Tougui
Mise en scène de Guiche
Jusqu'au 29 février 2012
Le mercredi à 20h30
Tremplin Théâtre
39, rue des Trois Frères
75018 Paris
www.tremplintheatre.fr
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