Jusqu'au 19 septembre 2010L'Adresse-Musée de la Poste
La rentrée de septembre est souvent synonyme pour tous les « culturophages » de plongée voluptueuse en littérature et en expositions. Si les ténors des institutions culturelles se sont surpassés cette année encore, les visiteurs peuvent patienter en profitant des derniers jours des expositions de l'été !
La rétrospective sur Aragon et l’art moderne à l’Adresse-Musée de la poste, est de celles-ci. Ecrivain, journaliste, militant politique ô combien complexe, Aragon fut cet homme dans le siècle, témoin actif et engagé, sans demi-mesure, au mea culpa significatif. Lorsque dans les années vingt, il adhère avec ses amis André Breton et Paul Eluard au Parti Communiste Français, nul ne peu nier la part d’utopie aveuglante qui s’empare de l’homme de lettre. Celui qui rompit avec Drieu La Rochelle en raison de ses sympathies nazies, qui combattit héroïquement l’oppression en s’engageant dans la résistance, n’a de cesse de défendre le régime soviétique jusque dans les années soixante à travers « Les lettres françaises ». Quand viendra l’heure de réagir en conscience, Aragon ouvrira sa revue aux dissidents Soljenitsyne et Kundera, condamnera l’invasion de Prague par les chars soviétiques et par la même la survie de sa revue, financièrement soutenue par l’URSS.
Plus de cent cinquante œuvres issues de collections privées ou d’institutions muséales se partagent les cimaises du musée dans un parcours chronologique qui puise sa logique dans l’histoire politique du XXème siècle. Leur qualité est indéniable. Arp, Braque, Delaunay, Gris, Ernst, Léger, Man Ray… c’est le sentiment moderne de la vie, sa volonté de puissance régénératrice qui lie si étroitement ces artistes à Aragon.
Dans les constructions dadaïstes puis surréalistes – mouvement qu’il fondera avec André Breton et Philippe Soupault – Aragon trouve ce qui le fascine, ce mélange d’écriture, de commentaire et d’image dans une poétique du réel fondée sur le relativisme de l’objet. Rien n’est plus signifiant pour Aragon que ces œuvres dont les formes constituées recréent des mondes. D’où son admiration pour Max Ernst, De Chirico, Klee ou Marcel Duchamp qui, avec le Ready made, témoigne de l’ultime cheminement d’une pensée créatrice dans laquelle se réalise la subjectivité d’un choix au dépend de l’objectivité d’un style.
Bien sûr, l’urgence politique conduira Aragon à observer une attitude plus normative en regard de l’art, rejetant en bloc l’abstraction au profit du réalisme soviétique. Mais la réalité historique, sans égard pour celui qui se trompe et s’aveugle ne lui fera pas moins admettre le moment venu, ses erreurs : « Cela n’est pas sans honte qu’on peut relire cette prose-là quarante ans plus tard, quand il faut bien en reconnaître la paternité ».
C’est de ces maîtres incontestés de l’art moderne que sont Picasso, Chagall, Klee ou encore Matisse, qu’Aragon en écrivain poète porta haut les couleurs. Tout le mérite de l’exposition « Aragon et l’art moderne » est là : nous inciter à voir plus loin, à confronter l’image et le texte, en lisant ses « écrits sur l’art » ou son très beau « Matisse, Roman » et, de fil en aiguille nous replonger dans « le paysan de Paris », « le mentir-vrai » ou bien encore « Aurélien ».
Karine Marquet
Aragon et l'art moderne
Jusqu'au 19 septembre 2010
De 10h à 18h sauf dimanche et jours fériés
Informations : 01 42 79 24 24
De 10h à 18h sauf dimanche et jours fériés
Informations : 01 42 79 24 24
Tarifs 6.50 € - Tarif Réduit : 5 €
Gratuit pour les moins de 13 ans
L'Adresse-Musée de la Poste
34 Boulevard de Vaugirard
75015 Paris
Métro Montparnasse Bienvenüe
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