Artistikrezo

Mercredi
08 Septembre

"Nina c'est autre chose" de Michel Vinaver au théâtre de la Colline

vinaverDu 28 mai au 27 juin 2009

Au Théâtre de la Colline

Pièce de théâtre en douze morceaux

 

« Nina, c’est autre chose se compose à la manière d’une double hélice initiatique. Les deux frères, Charles et Sébastien, sont soumis par Nina à une série d’épreuves qui les font basculer d’un état dans un autre. Mais ce n’est pas sans se risquer elle-même toute entière dans l’aventure de sa propre mutation que la jeune femme opère celle des deux vieux garçons. »
Michel Vinaver

 

 

 

Leur mère est morte et ils habitent ensemble, deux frères, quarante ans passés, célibataires, une vie réglée. Sébastien, qui travaille dans une usine, est passionné par la comparaison entre les différentes nationalités. Charles ouvrier coiffeur est moins profond, ils s’entendent bien et ça pourrait continuer comme ça. Mais Charles introduit de force Nina, sa petite amie, dans leur vie commune, celle-ci se met à craquer mais sans se défaire. Au contraire la vie ne cesse, à partir de là, de se faire, puisqu’il y a maintenant les contradictions, les tensions, un incessant éclatement.

 

La pièce, écrit Vinaver, est une chronique. Du temps ainsi saisi quoi dire de mieux qu’il passe ! Riche en surface de toutes les variations possibles mais pauvre en indications réellement directives. La chronique n’est pas l’histoire : elle n’a pas son surplomb et le systématisme ou même la causalité lui manque. De fait : ni exemplaire, ni arbitraire. Résistante, réfractaire, elle ne se laisse  pas piéger d’un mot puisqu’il en faut au moins deux et comme pour les thèmes, les motifs et les répliques, l’écriture, ici – et du même coup, avec elle, les multiples éléments de la représentation – consiste dans le maintien exigeant de l’entrelacs et de son corrélat : l’égalité contre toute prédominance. Abolition des privilèges.

À l’oeuvre donc et dans l’écriture seule, deux forces d’apparence contradictoire : prolifération irrésistible des motifs de la vie courante dans le chaos dynamique et aveugle de leurs incessants télescopages et, venue d’on ne sait quel ressort dissimulé, cette nécessité pourtant – au risque de l’inertie – d’un ordonnancement, d’une configuration qui, sans contourner les pertes que le temps fait subir, pourrait permettre, en quelque sorte, de s’y (re)trouver. Croc-en-jambe permanent à qui voudrait s’en sortir par un discours général a priori orienté ; maigre et torturant espoir pour qui se sait englué dans l’informe. Il faudra bien s’y résoudre, la clé est dans l’acceptation des autres, de soi, du « réel ». Le tout âprement conquis (et pourquoi pas initiatique) : il en faut plus qu’il n’y paraît pour passer d’une ouverture en rôti de veau (aux épinards) à un final en merguez purée (en sachet instantané, bien sûr). Ni plus ni moins peut-être qu’une révolution – le mot est de Nina elle-même. Il est ironique. Ou pas. Le risque est toujours grand, dans cet art de faire et de défaire, de s’emmêler tous les pinceaux oumieux encore les cheveux puisque la souris – c’est ainsi qu’elle se désigne – est shampouineuse. Chronique d’un temps court et on ne peut plus défini : une année. Des semailles aux semailles (en passant par la moisson, les vendanges et la tonte) aurait dit Hésiode pour décrire son calendrier rural qui fait la moitié de ses travaux et de ses jours ; titre que Vinaver, évidemment notre contemporain, reprendra à la lettre pour sa pièce suivante. Un an seulement. C’est dire que le temps qui précède l’année soixante-seize est pour les deux frères quarante fois plus important (moitié moins pour Nina) que celui de nos douze morceaux ; quand à celui qui s’ouvre pour eux trois, une fois les morceaux digérés, il est – statistiquement au moins – tout aussi imposant. Modestie ou, là encore, acceptation du propos fragmenté : cette chronique est de nature intermittente (comme se qualifie aussi, à ce qu’on dit, le coeur). Et pourtant, de secousses en secousses (les véritables séismes, à ce qu’on croit, sont toujours à l’autre bout de la terre), d’incidents en accidents, se forment et se déforment – par effet de langage – les corps et les esprits, leur inertie et leur motricité, jusqu’à l’équilibre inévitablement précaire d’un partage où chacun reconnaît en l’autre le bienfait de leur rencontre.

 

"Nina c'est autre chose" de Michel Vinaver
Mise en scène de Guillaume Lévêque
Création lumières de Pierre Peyronnet
Conseil décors de Claire Sternberg
avec Léna Bréban (Nina), Luc-Antoine Diquéro (Sébastien), Régis Royer (Charles)

 

Du 28 mai au 27 juin 2009
Du mercredi au samedi à 21h, le mardi à 19h, le dimanche à 16h (relâche le lundi)

Plein tarif 27€, le mardi 19€, moins de trente ans 13€

Réservation au 01 44 62 52 52

 

Théâtre National de la Colline

15, rue Malte-Brun 75980 PARIS CEDEX 20

Métro : Gambetta
Bus : 26, 60, 61, 69, 102
Taxis : Station Gambetta

 

www.colline.fr

 

Tags: Actualité
 
Autres articles à lire

Ajouter un Commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir

club artistikrezo
Please update your Flash Player to view content.
newsletter
fluxrss-artistik.jpg
groupefacebook
titre-menu-derniers-articles-a-lire

Le théâtre fait sa rentrée !

 

Après avoir arpenté les festivals de France et de Navarre au cours de l'été, le théâtre est de retour à Paris, toujours plein de nouveautés étonnante...

Lire la suite...

Ethan Levitas - Galerie Polka

Du 11 juin au 31 juillet 2010

Galerie Polka

 

Ethan Levitas / courtesy Galerie Polka

 

Consécration en France pour le photographe américain Ethan Levitas, ...

Lire la suite...

Arcade Fire - The Suburbs

Sortie le 2 août 2010

 

Les Canadiens reviennent avec un nouvel album qui ne ressemble pas tellement aux précédents. Une bonne nouvelle pour cette rentr...

Lire la suite...

L'homme de Londres de Béla Tarr

Sortie le 8 septembre 2010


Combien de cinéastes de génie, encore trop méconnus, nous reste-t-il à découvrir ? Béla Tarr fait partie de ces hommes dont ...

Lire la suite...