Du 28 septembre 2010 au 6 février 2011
Jeu de Paume
© Nageur sous l'eau Esztergom, 1917 André Kertész
Incontestablement, André Kertész est un des plus grands photographes du XXème siècle, notamment en étant un des premiers à avoir utilisé l'appareil portatif.
C’est en tant que soldat austro-hongrois, durant la Première Guerre mondiale, qu’André Kertész (né en 1894 à Budapest) réalise ses premiers clichés, des images de conflits, de soldats. Malheureusement, la plupart de ses photographies de guerre ont été détruites lors de la Révolution hongroise de 1918, pendant laquelle il rencontre Brassaï, photographe français d’origine hongroise. Kertész lui apprend la photographie et lui fait découvrir les surréalistes à Paris.
Ces surréalistes, André Kertész s’en approche lorsqu’il émigre au début des années 1920 à Paris. Il s’intéresse également aux dadaïstes, sans pour autant intégrer l’un ou l’autre des mouvements. Si Kertész expose en 1927 à la galerie Au Sacre du Printemps, c’est en 1933 qu’il réalise une des ses plus célèbres séries : Distorsions, où des corps nus se reflètent dans un miroir déformant.

Kertész réalise plusieurs portraits d’écrivains et d’artistes, à l’instar de Colette, Brancusi ou encore Mondrian et travaille pour plusieurs magazines comme Vogue et Vu. Alors qu’il connaît un grand succès dans l’Europe de l’Entre-deux-guerres, sa réussite ne se répercute pas lorsqu’il arrive aux Etats-Unis en 1936. Il faut attendre 1964 pour voir son talent reconnu, notamment avec une exposition individuelle au MoMA de New York.
« Journal intime visuel »
Les clichés présentés au Jeu de Paume montrent parfaitement la densité et la richesse de l’œuvre de Kertész. Cette exposition chronologique présente son parcours d’auteur, ainsi que les différentes périodes de sa vie de photographe, en mettant bien en relief l’esprit de liberté qui se reflète dans son œuvre.
Tantôt poétiques, tantôt inquiétantes, souvent graphiques, les photographies d’André Kertész sont le résultat d’un travail permanent et d’un goût prononcé pour l’expérimentation. A travers des angles de prises de vues avant-gardistes, il montre la Hongrie, Paris, les buildings de New York, le jeu des ombres sur des cheminées… Kertész utilise le cadrage comme une interprétation et reprend parfois certaines de ses photographies ; en faisant par exemple un gros plan sur un élément précis, comme le gros plan réalisé sur les mains de sa mère où l’on voit l’alliance qui rappelle la mort de son père.

Autodidacte, Kertész a toujours vu la photographie comme une approche intuitive et émotionnelle et non pas comme une volonté de systématiser son style. La force qui se dégage de ses photographies est sans doute représentative de son esprit d’indépendance et de son caractère solitaire.
« Ma photographie est vraiment un journal intime visuel […]. C’est un outil, pour donner une expression à ma vie, pour décrire ma vie, tout comme des poètes ou des écrivains décrivent les expériences qu’ils ont vécues », explique l’artiste.
Après la mort de sa femme Elisabeth, Kertész, toujours en quête de nouveauté, se tourne vers le Polaroïd, dans les années 1980. A la fin de l’exposition au Jeu de Paume, une série émouvante de polaroïds en couleur, représentant des autoportraits et des figurines de verre, livre les souvenirs et l’hommage qu’il rend à sa femme.
Cette exposition est une rétrospective que l’on attendait depuis longtemps en Europe. Kertész a influencé un grand nombre de photographes de la génération suivante comme Man Ray, Berenice Abott ou bien sûr Brassaï. Cet avant-gardiste a fait grandir l’histoire de la photographie, notamment en y apportant une touche de poésie et de liberté.
Aurélie Steunou-Guégan
Lire aussi sur Artistik Rezo, 145 000 visiteurs pour l'expo Kertész.
© Distorsion n°41 1933 [avec autoportrait d’André Kertész] André Kertész Épreuve gélatino-argentique Tirage tardif 18,5 x 24,7 cm Collection Maison Européenne de la Photographie, Paris
© Elisabeth et moi 1931 André Kertész Épreuve gélatino-argentique, tirée vers 1961 25,3 x 17,5 cm Collection of Sarah Morthland, New York
André Kertész
Commissaires : Michel Frizot et Annie-Laure Wanaverbecq
Exposition organisée avec le concours de l’Institut Hongrois de Paris et présentée dans le cadre du Mois de la Photo à Paris, novembre 2010
Du 28 septembre 2010 au 6 février 2011
Mardi de 12h à 21h, du mercredi au vendredi de 12h à19h, samedi et Dimanche de 10h à 19h
Fermeture le lundi
Informations : 01 47 03 12 50
Achetez vos billets en ligne avec la Fnac.
Tarifs: 7 € ; réduit : 5 €
Jeu de Paume
1 place de la Concorde
75008 Paris
Métro Concorde (ligne 1, 8 et 12)
www.jeudepaume.org
| Brune / Blonde - Cinémathèque française < Préc | Suivant > Le théâtre de Jean Anouilh |
|---|
























Commentaires
1- André Kertész se passionne pour la photographie en pleine guerre. On découvre des compositions réalisées en Hongrie, sur le front, en 1915. Son style : une touche humaniste et une approche fraternelle.
2- Avec les fameuses "distorsions", il met en place un nouveau type de langage photographique. Il fait preuve d'une grande liberté créatrice, en livrant une série d'images inattendues, proches des surréalistes ( par exemple, " Plaque cassée", 1929 ou "Distorsion" n° 41, 1933, avec son autoportrait ) .
3- Ce travailleur acharné participe aussi à l'émergence du photoreportage et de la photographie de presse.
Adoptant un point de vue chronologique, l'exposition permet de mieux situer la spécificité de l'oeuvre de Kertész et de comprendre son apport majeur à la photographie . Une oeuvre attachante dans le cadre d'une rétrospective remarquable !
Mihail ROLEA
http://remarquable.blog.com/2011/01/23/la-realite-deformee-dandre-kertesz/
S’abonner au flux RSS pour les commentaires de cet article.