Le 27 novembre 2010Bien triste nouvelle de fin de semaine : l’artiste contemporain Dado, de son vrai nom Miodrag Djuric, s’est éteint ce samedi 27 novembre au petit matin. Dernier au-revoir donc à cet artiste pour qui la vie ne portait pas les couleurs aux tons souvent acidulés de ses peintures.
Né en 1933 à Cetinje au Monténégro, Dado s’est installé à Paris dès 1956 où il a côtoyé les plus grands noms de la scène artistique du milieu du XXème siècle. Dubuffet l’a découvert, Réquichot et Michaux étaient ses compagnons amicaux et intellectuels, Daniel Cordier fut son plus grand galeriste ; l’artiste éprouvait une grande admiration pour toutes les personnalités portant un regard non aseptisé sur la société. Lui même fut témoin tout au long de sa vie des horreurs que les hommes peuvent s’infliger entre eux. Son art en est l’avatar.
L’univers pictural de Dado était (et restera) des plus apocalyptiques, que cela s’exprime en peinture, dessin, gravure, sculpture et même en photomontage. « Je crois que ma peinture ne peut aller que vers le pire, vers l’horreur chauffée davantage » s’exprimait-il. Une horreur du vécu traduite par le trait et la couleur mais toujours, et là demeure sa grande force, avec une énergie, un foisonnement et des couleurs telles que l’atrocité des scènes représentées en devenait supportable, voir belle et parfois même, humoristique. L’homme pouvant paraître rustre au premier regard était en fait un ours plein de tendresse, de délicatesse, d’amour pour l’art, la littérature et la poésie de la nature.
Un regard particulier qui dérange et bien que l’artiste soit représenté aux quatre coins du monde, une seule grande rétrospective eut lieu en 1970 au CNAC alors que l’artiste ne cessa de produire tout au long de son existence. Espérons donc que les générations à venir sauront ouvrir les yeux sur ce travail presque viscéral d’un homme qui ne connut jamais la retraite.
Eternel insatisfait, l’artiste pouvait effectivement retravailler ses toiles presque indéfiniment bien que celles-ci fussent considérées comme achevées pour d’autres. Le meilleur hommage que nous pouvons ici lui faire est de citer un passage du texte de Richard Bach, Jonathan le Goéland : « Brisez vos limites, faites sauter les barrières de vos contraintes, mobilisez votre volonté, exigez la liberté comme un droit, soyez ce que vous voulez être. Découvrez ce que vous aimeriez faire et faites tout votre possible pour y parvenir ».
La seule certitude que nous pouvons aujourd’hui avoir est que l’inachevé, c’est son existence. Au revoir donc M. Dado. Le repos, vous l’avez mérité.
Jonathan Hoenig
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