Du 28 mai au 20 juin 2009Galerie Felli
Ce n’est pas la première fois que la Galerie Felli située en plein cœur du Marais à Paris expose le travail de l’artiste maltaise Goxwa Borg née en 1961 à Valetta et vivant aujourd’hui dans le quatorzième arrondissement de la capitale. Touchée par la grâce à l’âge de cinq ans, cette femme dont le talent relève de l’évidence - une évidence sensible à mi-chemin entre la proximité et le mystère - réalise des peintures étourdissantes de beauté, sidérantes de gravité qui ont voyagé à New-York et à San Francisco où elles ont été accueillies avec succès, sous doute parce qu’elles éveillent en nous, qui sommes à leur vue comme suspendus à un temps sans âge, le vertige d’un songe à ciel ouvert.
Peinture des origines
C’est à Malte, non loin de la petite rue très étroite nommée pour cette même raison « Strada Stretta » dans laquelle elle a grandi que Gowxa jouait enfant, à l’ombre des vestiges laissés là à l’abandon, avec des morceaux de pierre dont elle ne devinait pas encore la provenance mais dont on apprit plus tard, au terme de recherches archéologiques décisives, qu’ils étaient les fragments des murs les plus anciens que le monde ait vu se dresser sur la terre, des ruines de temples néolithiques datant de plusieurs milliers d’années, plus vieux encore que les imposantes pyramides d’Egypte. L’exposition de la Galerie Felli nous fait à son tour l’effet d’une découverte : à la manière d’un site dont on aurait exhumé des pièces témoignant du surgissement de l’Humanité, nous sommes en présence d’un commencement, sur les traces d’un temps dont on pourrait presque encore au loin entendre l’appel. Les toiles de Goxwa, réalisées à base d’un mélange de peinture à l’huile travaillé à la cire, reproduisent l’empreinte du temps, l’épreuve de son passage et donnent à ses peintures l’allure d’authentiques fresques telles que nous en ont laissé pour mémoire celles de l’Antiquité.

Si les murs pouvaient parler
Fascinée depuis l’enfance par la couleur miel des murs de Malte, ces « témoins silencieux » dont elle a appris à déchiffrer les récits, Goxwa travaille ses toiles de façon à en retrouver l’épaisseur et la permanence. Les murs, confie-t-elle, sont comme des masques dissimulant et révélant tout à la fois les êtres vivants derrière eux. Traversant ses toiles, une déchirure de la matière à l’origine accidentelle, devenue signature singulière et répétée d’un style mature, précipite le vieillissement de la peinture, en approfondit les teintes ocre jaune et rouge, la rendant alors semblable à une fresque de Pompéi. Cette rature vient signer le bas de la toile comme pour signifier non seulement le passage mais aussi le passé du temps, son être révolu, le chemin à jamais barré qui biffe la possibilité d’un retour tout en libérant la voie du souvenir. L’espace de résonance ainsi créé, tendu entre l’inscription de l’artiste dans la modernité dont elle ne retient à vrai dire que l’héritage, c’est-à-dire ce qui résiste à l’épreuve de la nouveauté, et l’appel envoûtant d’un temps qu’elle n’a pas connu mais qui survit encore mystérieusement en elle ; cet espace propre à l’épanouissement d’un écho nous rappelle alors sans cesse au commencement où seul ce qui n’a pas cessé d’être peut revenir, nous revenir.
L’apostrophe muette

Cette adresse silencieuse, cette « apostrophe muette », encore faut-il l’entendre, encore faut-il accepter d’en perdre nous-mêmes la parole pour en retrouver enfin la mémoire.
Nora Monnet
A découvrir sur Artistik Rezo :
- Exposition de Goxwa à la galerie Felli (octobre 2011)
Exposition de Goxwa
Du 28 mai au 20 juin 2009
Du mardi au samedi, de 11h à 13h, de 14h à 19h
Informations : 01.42.78.81.27
Entrée libre
Galerie Felli
127, rue vieille du temple
75003 Paris
M° St-Sébastien Froissart
www.galeriefelli.com
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