Jusqu'au 31 octobre 2010
Musée du Montparnasse
Le Musée du Montparnasse est un îlot de verdure qui rappelle la vie du quartier au temps de Soutine et de Modigliani. Le peintre Marie Vassilieff, à cet endroit précis, y ouvrit une cantine destinée précisément à tous ces Montparnos. Il est bien normal qu'une de ses toiles, d'inspiration cubiste, soit l'affiche de cette rétrospective.
C'est presqu'un manifeste, authentifié par le plus grand critique d'art des cinquante dernières années, Pierre Restany : « Les Russes nous font remonter le temps [...], ils ont marqué les heures chaudes de Vavin et de Port-Royal pendant l'époque d'or de l'entre-deux-guerres. »
Marie Vassilieff nous offre donc un superbe Nu à l'atelier et d'emblée nous fait revivre son temps. Tout comme Léon Bakst, le décorateur des Ballets Russes avec un portrait tout en retenue du chorégraphe Leonide Massine. Un peu plus loin, Serge Ferat nous livre Une Charrette qui n'est pas sans rappeler la facture naïve du Douanier-Rousseau. Le personnage, avec sa cousine la baronne d'Ottigen (François Angiboult en peinture), a offert à Guillaume Apollinaire ses premières responsabilités avec Les Soirées de Paris, revue tendant à structurer le creuset artistique de l'Avant-Quatorze.
Cette ambiance, Elie Anatole Pavil la restitue dans Au Cabaret. Ce néo-impressionniste, installé à Paris depuis 1892, connaît les atmosphères enfumées, comme Kiesling, dans un Nu allongé aux galbes parfaits, reflète l'Ecole de Paris, triomphante aux cafés du Dôme ou de La Coupole.
Un autre nu, celui de Georges Annenkov est une épure avec un trait flexible et sensuel qui hésite entre Dufy et Pascin. C'est du très grand art. Comme, typiquement russe, ce Nouveau Jérusalem de Lentoulov – avec sa forêt de bulbes et de clochetons qui cette fois nous ramène à Chagall – ou cette Troïka de Gontcharova, fracturée et reconstruite dans un hiver façon Ballets Russes.
Mais la nostalgie de la terre et de la tradition qui habite tout Russe Blanc – par définition un exilé – s'efface devant l'art en mouvement. Donc devant l'abstraction lyrique d'André Lanskoy dans une superbe composition qui voisine avec Sonia Delaunay. Cette avant-garde, illustrée par Popova, ne peut faire oublier Léopold Survage dans un "Coucher de soleil" que n'aurait pas renié Max Ernst ou Picasso.
Cette exposition doit être vue car elle est unique dans sa variété. Jean Digne, responsable du musée, a souhaité que Vladimir et André Hofmann nous guident dans ce parcours en signant un catalogue exhaustif.
Pierre Bréant
Les artistes russes hors frontière
Jusqu'au 31 octobre 2010
Tous les jours, sauf lundi, de 12h30 à 19h
Informations : 01 42 22 91 96
Plein tarif : 6 euros
Tarif réduit : 5 euros (étudiants, enseignants, seniors, - 18 ans, carte chômage, Amis du Louvre, Maison des Artistes)
Musée du Montparnasse
21 avenue du Maine
75014 Paris
Métro Montparnasse-Bienvenue
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