Jusqu’au 20 décembre 2009
Fondation Henri Cartier-Bresson
© Secrétaire à la Westdeutscher Radio de Cologne, 1931 (épreuve moderne 1995)
Dans l’écrin de renom qu’est la Fondation Henri Cartier-Bresson (HCB), les photographies en noir et blanc d’August Sander disposent d’un considérable poids historique. L’exposition délivre une époque et un raisonnement existentiel à travers l’objectif de l’artiste.
Aucune place pour le hasard dans l’œuvre d’August Sander (1876-1964). Ce photographe allemand s’attache inlassablement à restituer objectivement et précisément le monde qui l’entoure. La Fondation HCB propose ainsi des portraits, des paysages et des études botaniques, signes déchiffrables d’un temps empreint d’une culture, d’un mode de vie, d’une civilisation. Au fil du parcours, réparti sur deux étages, les propos d’August Sander détaillent son ambition.
La démarche de l’artiste approche la classification topographique et typologique : « En voyant, en observant, en pensant, avec l’aide de l’appareil photo et en ajoutant une indication de date, nous pouvons fixer l’histoire universelle et, grâce aux possibilités d’expression de la photographie en tant que langage universel, influencer l’humanité entière. » La mosaïque de la société allemande se confond donc entre les représentations de boxeurs, d’un huissier, de mendiantes à l’allure digne, d’artistes, d’un marchand d’allumettes assis dans un renfoncement de trottoir, d’invalides de guerre, d’un pasteur de village avec sa famille ou encore d’un instituteur à l’élégance respectueuse.
Prise de conscience
L’enjeu substantiel à cet archivage existentiel se pose également sur les paysages. A partir des années 1920, afin d’intéresser le public, August Sander s’engage dans la réalisation de portfolios, notamment sur la région rhénane. Avec l’idée sous-jacente d’observer l’emprise humaine sur l’environnement naturel, puisque la collectivité façonne inévitablement son décor vital.
La boucle du Rhin, près de Boppard, 1938, illustre l’adaptation de l’homme au tracé circulaire du fleuve. Les petites villes s’étirent au bord du lit arrondi du Rhin, dont l’aménagement des berges permet le transport fluvial. Au plus près de l’eau, l’agriculture se développe alors que la route opère un demi-cercle en longeant la rive. Le cliché Carrière de basalte dans le Siebengebirge, vers 1938, montre, lui, les rails et les chariots abandonnés au pied d’une falaise déchirée par les travaux.
Si ce cheminement métaphysique s’articule parfois au détriment de la réflexion esthétique, le photographe allemand se pose en théoricien du genre. En 1931, il anime une conférence sur le thème : La photographie, langage universel. A propos de cette universalité, de cette globalité, « Voir, Observer et Penser » encourage le visiteur à un léger recul. Soit l’observation des dispositions de l’environnement pour une prise de conscience de notre univers le plus proche.
Le dessein d’August Sander, « influencer l’humanité entière », agit comme une injonction aux contemporains à s’inscrire dans leur réalité. De surcroît, ce considérable travail sociologique pourrait se renouveler sans cesse au rythme des évolutions étroitement liées de l’homme et de la nature.
Cyril Masurel
August Sander « Voir, Observer et Penser »
Jusqu’au 20 décembre 2009
Du mardi au dimanche, de 13h00 à 18h30, le samedi de 11h00 à 18h45, nocturne le mercredi jusqu’à 20h30.
Informations : 01 56 80 27 00
Tarifs : 6 € / réduit : 3 € (gratuit en nocturne le mercredi de 18h30 à 20h30)
Fondation Henri Cartier-Bresson
2, Impasse Lebouis, Paris 14e
Métro Gaité (ligne 13) ou Edgard Quinet (ligne 6)
http://www.henricartierbresson.org/
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