Jusqu’au 11 octobre 2009
Maison Européenne de la Photographie
Défilé de mode, Paris, 1989 © Ferdinando Scianna / Magnum Photos
Photographe des rues de sa jeunesse, puis reporter de presse et artiste dans la mode, Ferdinando Scianna pose un temps ses clichés à la Maison Européenne de la Photographie (Mep). Né en Sicile en 1943, l’artiste travaille sur le noir et blanc et la luminosité. Sa rencontre avec le mannequin Marpessa développe une remarquable sensualité mêlée de tendresse.
Dans le temple parisien de la photographie, Ferdinando Scianna ouvre le bal de son exposition avec le thème qui l’a révélé : les fêtes religieuses siciliennes (publication de Feste religiose in Sicilia, à 21 ans). L’Italien s’attarde sur la beauté transcendante des mises en scène cérémonielles et leur ferveur populaire, baignée par un admirable travail de lumière. Lors de la fête de San’Alfio (Sicile), en 1963, l’artiste réalise le cliché quasi-liturgique d’un enfant nu, en culotte blanche, une croix en pendentif sur le torse. Porté par plusieurs femmes, étendu, la tête en arrière, les côtes saillantes, il offre sa main droite ouverte vers le ciel, alors qu’un ecclésiastique agrippe son bras droit.
Un temps reporter de presse, Ferdinando Scianna parcourt le globe (Mali, Argentine, Inde, Liban…), en rapportant des images en guise de témoins. Il explique ainsi dans une vidéo sa vision – proche de Henri Cartier-Bresson – de la photographie, qui « montre mais ne démontre pas ». Ses œuvres s’appréhendent au premier degré, sans message existentiel sous-jacent. Puis vient le glissement vers la mode. Une commande pour Dolce & Gabbana, suivie de la rencontre décisive avec « Marpessa ». La Mep accueille un magnifique portrait de la muse : le jeune mannequin pose légèrement, nonchalamment, les doigts de la main droite affleurant sa nuque, les sourcils légèrement froncés sur un regard clair et magnétique, telle une Joconde argentique.
Pleine de grâce
Deux clichés siciliens de 1987 se rejoignent. Dans le premier, à Palerme, un boucher en blouse blanche, le visage bourru, courbé sous le poids du fardeau de chair sur ses épaules, côtoie Marpessa en tunique claire très près du corps, le menton relevé d’un air hautain et le visage placide, comme sculpté de marbre. Dans le second, à Caltagirone, la même Marpessa, vêtue d’une robe sombre, prend la pose grossièrement, mais avec une moue empruntée, pleine de grâce, pour un petit garçon qui la photographie avec emphase, à l’aide d’un appareil imaginaire. Alors que derrière elle, son ombre semble la singer sur le mur décrépi.
Il y a, dans l’œuvre de Ferdinando Scianna, beaucoup de tendresse, d’abandon et de grandeur. Les multiples inspirations du photographe assurent de surcroît la diversité de l’exposition.
Cyril Masurel
Ferdinando Scianna - La Géométrie et la Passion
Jusqu’au 11 octobre 2009
Du mercredi au dimanche, de 11h à 19h45
Informations : 01 44 78 75 00
Tarifs : 6,50 €, tarif réduit 3,50 €
Maison Européenne de la Photographie
5/7 rue de Fourcy, Paris 4e
Métro Saint-Paul (ligne 1), Pont Marie (ligne 7)
www.mep-fr.org
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