Duane Hanson – Les illusions perdues – Galerie Emmanuel Perrotin
« Illusions perdues », tel est le nom romanesque que la Galerie Emmanuel Perrotin a choisi de donner à cette exposition originale et encore inédite en France des œuvres de Duane Hanson pour rendre hommage au travail de ce lecteur de Balzac passionné de comédie humaine, sculptant et modelant lui-même avec un sens inouï du détail, parfois même du trivial, les traits d’une génération d’hommes et de femmes enracinés dans la banalité de la vie ordinaire, encapsulés dans le mirage du rêve américain, le regard aspiré vers le bas comme par le vide, presque inconsciemment suspendus au silence du désœuvrement.
Des sculptures à taille humaine et à hauteur d’homme
À l’origine du coup d’envoi imprimé au mouvement hyperréaliste que l’on a souvent apparenté au Pop Art en raison de sa conversion des symboles populaires en œuvres d’art et de son inspiration pour le photoréalisme, Duane Hanson n’a cessé depuis l’élaboration de ses premiers travaux dans les années 60 jusqu’aux derniers datés de 1995 de perfectionner sa technique (moulages réalisés à partir de modèles vivants, « Lifecasting », puis remplis de résine de polyester et de fibre de verre avant d’être minutieusement peints) et d’élever son art de l’extrême figuration au plus haut degré de réalisation, c’est-à-dire au plus humble étage de la réalité de la vie quotidienne : des personnages à taille humaine mais surtout à hauteur d’homme.
Déconstruction du rêve américain
En effet, à la différence des œuvres de la première période destinées à soulever des motifs épineux de controverse et d’insurrection tels que l’avortement, la guerre du Vietnam ou plus universellement la question du racisme et de la pauvreté, toutes les sculptures exposées dans le Galerie Emmanuel Perrotin – à l’exception du « Chinese student » réalisé en 1989 comme témoin portant les stigmates des répressions violentes qui ont eu lieu Place Tien an Men la même année – sont fondues dans un dispositif mettant en scène les activités humaines les plus banales de l’ « American Way of Life » autrement dit de la vie quotidienne la plus anonyme. Il ne s’agit plus de retenir le regard des visiteurs avec des représentations dont les thèmes feront nécessairement sensation : en déplaçant les figures du quotidien dans les musées, en leur ouvrant ainsi un véritable horizon de visibilité, Duane Hanson parvient en un tour de force proprement spectaculaire à rendre remarquables ceux que l’on ne remarque jamais, à inonder de lumière ces héros de la vie ordinaire laissés en marge de la bulle du rêve américain.
Une double illusion de réalité
L’hyperréalisme de Duane Hanson n’est donc pas seulement esthétique mais aussi social, le second étant parfaitement solidaire du premier puisque l’impression aussi fascinante que troublante d’une parfaite illusion de réalité nous adresse constamment le message subliminal selon lequel la réalité – du rêve américain notamment – n’est qu’une illusion. Si Duane Hanson, comme il aime à le déclarer, porte un intérêt et une affection sans borne aux classes ouvrières et aux gens de l’ordinaire c’est dans la mesure où ils révèlent d’eux-mêmes et tels qu’en eux mêmes cette vérité que personne n’aperçoit. En témoigne ce malaise incompréhensible parce qu’à jamais inquestionné que suscite la présence dérangeante de la « Flea Market Lady » arborant un tee-shirt dont l’inscription sans équivoque « I’m a big deal » vient menacer la tranquillité du reflet de l’américain moyen dans le miroir aux illusions perdues de Duane Hanson.
Témoins et héros anonymes du surgissement de la vérité, c’est aux existences silencieuses que les sculptures hyperréalistes de Duane Hanson rendent la parole.
Nora Monnet
« Illusions perdues » de Duane Hanson
Du 23 mai au 11 juillet 2009
Du mardi au samedi de 11h à 19h
Entrée libre
Galerie Emmanuel Perrotin
76, rue de Turenne 75003 Paris
M° St-Sébastien Froissart
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