0 Shares 708 Views

Borondo – interview

18 mars 2013
708 Vues
Borondo

D’où venez-vous ?

J’ai commencé comme tout le monde, en dessinant, quand j’étais enfant. Mais alors que la plupart des gens arrêtent en grandissant, j’ai continué — pour moi c’est l’aliment de l’âme. J’ai toujours été fasciné par les murs. Je me rappelle, enfant, avoir été très absorbé par le couloir de ma maison… Petit, j’ai aussi passé beaucoup de temps dans les rues, à jouer, pour moi c’était le lieu d’une vraie communication, et je crois que mon rapport à l’espace public vient de là. Déjà, je regardais tous les murs, tous les petits graffitis, même s’il n’y en avait pas beaucoup, parce que j’ai grandi dans une toute petite ville. J’ai commencé à faire des graffitis à mon tour, dans la rue, et sur des trains.

Comment êtes-vous passé du graffiti à des silhouettes humaines ?

Borondo - interviewJe suis allé à Madrid, et j’ai commencé à m’intéresser à l’idée de trouver un mode de communication plus large, plus ample. Tout en continuant les graffitis, j’ai appris des techniques traditionnelles, comme la peinture à l’huile, le fusain, etc… J’ai étudié aux Beaux-Arts à Madrid, mais j’ai arrêté, je trouvais que j’apprenais plus en travaillant par moi-même, en voyageant, en peignant. Peu à peu, je suis parvenu à ce langage plus classique, figuratif, dans l’espace public. Au début, je n’avais pas beaucoup d’information sur ce qui se passait sur la scène street art. C’est un peu après que j’ai vu le travail de Banksy ou de Blu, mais surtout celui d’Ernest-Pignon Ernest, dont la découverte m’a beaucoup impressionné.

Vos personnages dans des cabines téléphoniques, c’est une référence à son travail ?

Oui, c’est un hommage, même si ma technique est différente, puisque je peins le verre avant de gratter cette surface ce peinture, ce qui est aussi une façon de jouer avec la lumière. Il est l’un des premiers à avoir instauré un dialogue entre l’œuvre et le lieu, les murs, l’atmosphère… C’est ce dialogue que je cherche. Utiliser des bombes de couleurs vives, c’est un peu comme faire partie de ce système de publicité à outrance, de matraquage… Rendre la rue encore plus stridente, encore plus criarde qu’elle ne l’est, très peu pour moi !

Est-ce que vous pensez à l’histoire des lieux que vous investissez ?

C’est plus instinctif. Je travaille davantage sur l’esprit d’un lieu que sur son histoire, je ne fais pas de recherches sur ce qui s’est passé à tel ou tel endroit. Mais dans un lieu, tu ressens certaines choses, et c’est ce qui me guide, m’inspire.


BorondoVous avez expérimenté de nombreuses techniques différentes : rouleaux, pinceaux, peinture grattée sur verre…

Même si j’ai appris les techniques traditionnelles, ce qui me plaît le plus, c’est la recherche, m’amuser avec les matières. Ce qui est merveilleux, dans la rue, c’est de se demander sans arrêt comment faire : comment faire pour poser à tel endroit, transporter son matériel, agir vite… Cela donne des idées sans arrêt ! S’adapter constamment, je trouve ça très beau, c’est un jeu permanent ! Il y a une dimension de performance : pas seulement l’œuvre, mais l’acte.

Récemment, vous avez eu plusieurs expositions en Italie et en Espagne, puis aujourd’hui à la galerie Itinerrance. Les choses vont vite ?

En deux ans, c’est vrai, tout s’est un peu précipité… La galerie, c’est un autre type de travail, qui peut me donner les moyens de continuer à travailler dans la rue, et d’expérimenter d’autres choses. Ce qui me plaît le plus dans une exposition, c’est l’installation, ce moment où l’on commence à créer un lieu, à redessiner un autre espace. Cela permet de prendre le temps de réfléchir, de tester ses propres idées. Mais pour moi, ce sont deux recherches différentes, je ne veux pas copier en galerie ce que je fais dans la rue. J’y vais doucement, je veux continuer à jouer, à voyager…

Propos recueillis par Sophie Pujas

Exposition de Borondo

Jusqu’au 13 avril 2013
Du mercredi au samedi, de 14h à 19h

borondo.blogspot.fr

Galerie Itinerrance
7 bis rue René Gosciny
75013 Paris, .

www.itinerrance.fr

[Visuel : courtesy Galerie Itinerrance]
 

Articles liés

« La marche forcée de l’art » – Colloque International aux Beaux Arts de Paris
Agenda
45 vues
Agenda
45 vues

« La marche forcée de l’art » – Colloque International aux Beaux Arts de Paris

« La marche forcée de l’art », 3e édition du colloque international des Beaux Arts de Paris se déroulera du mercredi 6 juin au jeudi 7 juin 2018… Depuis 2016, un colloque international annuel accueille pendant deux jours au printemps, artistes, professionnels et intellectuels du monde entier autour d’un thème synthétisant les enjeux spécifiques aux […]

Une exposition vente pour découvrir la richesse des métiers d’art
Art
180 vues
Art
180 vues

Une exposition vente pour découvrir la richesse des métiers d’art

Ce week-end, Métiers d’art fête ses 30 ans. Près de 150 créateurs exposent à Saint-Leu-La-Forêt, dans le Val d’Oise. En artisans, en artistes, en virtuoses ! « Gestes et matières » : une sortie familiale à programmer avec petits et grands. 30 ans de créations ! Cette manifestation est désormais incontournable dans le secteur des métiers d’art. Saint-Leu Art Expo, qui l’organise, fait partie de […]

Pascale Guthmann : « 30 ans de créations, fruits d’alchimies singulières de gestes et de matières »
Art
181 vues
Art
181 vues

Pascale Guthmann : « 30 ans de créations, fruits d’alchimies singulières de gestes et de matières »

Du 25 au 27 mai, Métiers d’art célèbre ses 30 ans. Près de 150 créateurs exposeront à Saint-Leu-La-Forêt, dans le Val d’Oise. Rencontre avec Pascale Guthmann, présidente de l’association organisatrice Saint-Leu Art Expo. Pouvez-vous nous présenter Saint-Leu Art Expo ? Nous faisons partie des associations engagées en faveur du rayonnement des métiers d’art. Concrètement, cela signifie que nous favorisons la création et les rencontres pour […]