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Exposition présentée au Jeu de Paume – Concorde

Du 20 janvier au 22 mars 2009

Paris sous l’œil d’un étranger, un américain, le photographe Robert Frank. Dans la veine des écrivains de la Beat Generation, il propose une Street Photography hors de tous codes traditionnels, s’inscrivant parmi les figures de sa génération.

Commissaires : Ute Eskildsen, conservatrice du département de la photographie du Museum Folkwang et Marta Gili, directrice du Jeu de Paume.

 

 

On doit à Robert Frank d’avoir associé et fait dialoguer photographie et poésie, littérature et peinture, initiant un langage qui affirme sa subjectivité tout en intégrant l’héritage de la photographie documentaire. Il est l’auteur d’un livre mythique, Les Américains (publié en France en 1958), et d’une très importante production photographique et cinématographique. Au tout début des années 1950, alors qu’il était déjà installé à New York, il a réalisé des images de Paris avec un oeil aiguisé par son éloignement.

Cette exposition accueille la sélection de photographies de la série Paris, choisies par Robert Frank et Ute Eskildsen, et présentées au Museum Folkwang de Essen. Nous tenions également à commémorer le 50e anniversaire de la publication française (1958) et américaine (1959) de l’ouvrage controversé et marquant, Les Américains, en présentant l’ensemble des 83 photographies qui le composent — prêtées pour l’occasion par la Maison Européenne de la Photographie (Paris).

Robert Frank, figure importante de la Street Photography, est effectivement l’un des photographes les plus influents du XXe siècle depuis la parution du livre Les Américains en 1958. Avant de réaliser la célèbre série, il voyage avec son Leica en Amérique latine, à Londres, au pays de Galles et aussi à Paris. Partout, il lie les images les unes aux autres comme s’il récitait un poème ou racontait une histoire. Dans sa série Paris, Frank s’inscrit dans la tradition baudelairienne du flâneur qui observe le spectacle des rues au gré de ses déambulations. Ses premières expériences américaines semblent avoir aiguisé son regard sur la vieille Europe, il est conscient du caractère éphémère de ce qu’il y voit. La liberté du style très direct de ses clichés américains, qui tourne le dos aux canons de l’esthétique traditionnelle, est quant à elle comparable à celle des écrivains de la Beat Generation. Les lieux et les visages pris à la volée sont souvent flous, la composition est parfois décentrée, comme si, en allant très vite, le motif était seulement balayé du regard.

Le cinéma de Frank est comme sa photographie : il repousse les limites des genres sans s’y installer, car ses films sont alimentés par une exigence de vérité qui ne se satisfait pas des codes en vigueur. En prolongement de la présentation des deux séries Paris et Les Américains, un choix de films de Robert Frank est également proposé au public (dans le double cadre de l’exposition et de la programmation cinéma à l’Auditorium).

 

Scénographie : Jasmin Oezcebi & Franck Vinsot.

 

Les éditions Steidl (Göttingen) publient, à l’occasion de l’exposition, le livre Robert Frank. Paris.

 

L’exposition « Robert Frank. Paris » est présentée au :

Museum Folkwang, Essen / 25 avril – 6 juillet 2008

Museo di Fotografia Contemporanea, Cinisello Balsamo, Milan / 20 septembre – 23 novembre 2008

Jeu de Paume, Paris / 20 janvier – 22 mars 2009

Nederlands Fotomuseum, Rotterdam / 4 avril – 7 juin 2009

 

Films diffusés au sein de l’exposition

 

Pull My Daisy (1959, 28 minutes)

Le premier film de Robert Frank, Pull My Daisy, a été réalisé avec le peintre Alfred Leslie, et c’est Jack Kerouac qui, après le tournage, en a écrit le texte racontant la rencontre entre un évêque et un groupe de jeunes poètes. Ginsberg et Orlovsky, mais aussi les artistes Larry Rivers, Alice Neal, Mary Frank et l’actrice Delphine Seyrig, y jouent leur propre rôle. Dans la continuité des Américains, l’improvisation et la liberté des cadrages et du montage de Pull My Daisy lui confèrent l’aspect d’un documentaire. En réalité, l’apparent chaos du langage cinématographique comme l’absence de structure narrative, objectifs revendiqués de l’artiste, sont le résultat d’un travail approfondi. Le cinéma de Frank est comme sa photographie : il repousse les limites des genres sans s’y installer, car ses films sont alimentés par une exigence de vérité qui ne se satisfait pas des codes en vigueur.

 

True Story (2004, 26 minutes)

True Story est le film le plus récent de Robert Frank. Commentant en voix off des scènes tournées dans ses domiciles de New York et de la Nouvelle-Écosse, le cinéaste renoue dans ce film avec les thèmes de la mémoire et de la perte. True Story comprend des extraits de films antérieurs, des photographies, des oeuvres de June Leaf, sa femme, et des lettres écrites par son fils Pablo. Tour à tour poignante, réfléchie, ironique et pleine de colère, cette autobiographie ne cherche pas à enjoliver les faits, ni à les expliciter. True Story nous confronte à la profondeur des sentiments et des blessures, et à la force qu’il faut pour les déchiffrer et les emporter du côté du vivant.

 

 

La critique

 

Son complice Jack Kérouac, est l’auteur de On the road, et c’est on the road again que nous emmène Robert Frank avec les photographies du célèbre opus Les Américains. Comme lui, nous traversons les routes des Etats-Unis, au gré d’un voyage initiatique dans des contrées lointaines, empruntes de clichés, de stéréotypes et de poésie. Fidèle à une tradition de photo-journalisme, l’exilé originaire de Suisse, apporte cette dimension artistique et personnelle qui rive les regards non seulement sur le sujet, sociologique, historique, mais sur l’esthétisme.
« Lorsque les gens regardent mes photos, je voudrais qu’ils éprouvent la même chose que quand ils ont envie de relire les vers d’un poème », expliquait-il en 1951. Voilà une démarche artistique ô combien menée à bien. C’est très justement ce sentiment qui nous habite à la vue des ces deux séries, Les Américains et Paris. C’est un pari réussit, quiconque n’y reste pas insensible, sera remplit de ce simple plaisir des yeux et de l’esprit, noble, humain, sincère. L’emprunte du photographe est identifiable, comme signée, chaque image semble respecter un équilibre, une géométrie et un hasard. C’est comme un accident ou une expérimentation transcendée par la marque du voyeur, du voyageur. Sa subjectivité et sa technique l’obligent malgré lui à une pâte reconnaissable, une cohérence. Chaque lieu, chaque personne, chaque situation, chaque décor varie, mais lui était là, comme un trait d’union, un connecteur logique tout en retenu. Il se sert ce sens qu’est la vue pour nous raconter un périple, un pays et ces acteurs. La beauté semble être le résultat de hasards, tels que des actes manqués sublimés par le regard affûté de Robert Frank.
De 1949 à 1952 il a exploré Paris, puis les Etats-Unis de 1955 à 1956. Le parallèle de ces expériences atteste de l’évolution de son travail, un regard différent pour des paysages et des scènes.
Deux films, Pull My Daisy, 1959, et The True Story, 2004, utilisent des narrations similaires liées à l’absurde, dans une abstraction singulière, entre le réalisme du documentaire et la vision intérieure, spirituelle des choses. On pense aux films de Cocteau, surréalistes, avec en plus la modernité journalistique de Robert Frank.

Jack Kérouac, auteur de la préface du célèbre Les Américains a dit : « À Robert Frank je passe le message : quels yeux ! ». Difficile de ne pas en consentir. Il a su voir, a porté un regard, à nous de contempler, de mirer, mieux, d’admirer son oeuvre.

Hélène Martinez

 

 

Du 20 janvier au 22 mars 2009

Le mardi de 12h à 21h (nocturne)

Du mercredi au vendredi de 12h à 19h

Samedi et dimanche de 10h à 19h

 

Plein tarif : 6 euros / tarif réduit : 4 euros

Les « mardis jeunes » : entrée gratuite pour les étudiants et les moins de 26 ans le dernier mardi de chaque mois, de 17 h à 21 h

 

Jeu de Paume

1 place de la Concorde

75008 Paris

Métro Concorde

01 47 03 12 50

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