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Fenx, sur le ring du combat des femmes

Stéphanie Pioda 15 novembre 2017
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fenx ring my belle marrackech jardin rouge montresso artistik rezo street art paris

Avec cette exposition de Jardin Rouge à Marrakech, Fenx a franchi une étape artistique importante : il a gagné en liberté de création et d’inspiration pour affirmer son propre style. La rencontre avec Soukaina – ce top modèle qui incarne ici le combat des femmes dans le monde – n’y est pas étranger, comme le regard inquiet que l’artiste porte sur sa fille de 10 ans.

Elle est belle. Sûre d’elle même. Elle nous fait face les seins nus et nous regarde de haut. Normal, le format est XXL. Elle est combattante, mais pas agressive avec ses gants de boxe accrochés aux mains, prête à entrer sur le ring.

Elle est sexy aussi, forte de cette silhouette parfaite aux tétons et aux lèvres sur-soulignés, comme pour attirer l’attention sur ce qui caractérise une femme, comme le serait le déterminant stylisé que l’on trouve à la fin des hiéroglyphes pour conforter le sens d’un mot, en l’occurrence ici celui pour « la femme ».

Une icône

Puissante, elle devient une icône, la figure générique de celles qui combattent, ici au Maroc où Fenx est un habitué de la résidence de Jardin Rouge, en Afrique ou en Occident où il y a encore tant à faire.

Il représente certes un sujet bien précis, Soukaina, une amie top modèle malienne « qui a à la fois ce côté féminin et combattante qui lui permet d’incarner au mieux ce rôle » précise l’artiste.

Mais elle s’efface sous les coups de pinceau de Fenx et sous cette résille calligraphique pour devenir un symbole, un archétype derrière lequel toutes les femmes peuvent se ranger.

De la même manière, lorsqu’il peint ses femmes dans des poses lascives à la manière de Tom Wesselmann, il n’est pas question de figurer une personne précise, mais de revendiquer l’anonymat de la femme « universelle ».

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©FannyLopez

Des grands formats pour marquer les esprits

« Le sujet doit être grand pour que le spectateur masculin se sente petit face à ces femmes, et que les femmes se trouvent plutôt une sœur, une alliée. »

Fenx peut-il être pour autant rangé dans la catégorie des « féministes » ? Non, car cela reviendrait à l’enfermer dans une case restrictive des « -ismes », trop dogmatique et qui ne reflète pas son état d’esprit.

Pour rigoler, il s’était amusé à parler de « féminisme masculin » à la résidence avec d’autres amis artistes, jusqu’à se rendre compte que le terme a déjà été employé ou conjugué par Benoîte Groult dans son livre Le féminisme au masculin.

Il est l’héritier de cette position plus ouverte et posée : « Je pense que c’est un combat pour la femme plus que du féminisme : les femmes ne pourront exister aujourd’hui qu’en marchant main dans la main avec les hommes, et pas en les combattant. »

On ne peut qu’acquiescer.

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©FannyLopez

Pourquoi embrasser cette cause ?

Ce qui l’a amené à traduire ces préoccupations en peinture ? Ses discussions avec ses amies et surtout, de voir sa fille de 10 ans grandir. On peut y ainsi lire le regard inquiet d’un père pour sa fille et une façon de lui montrer le chemin.

« Sois fière d’être une femme, revendique le et sois armée dans ce monde où le combat reste encore à mener. » Cela pourrait être le message qu’il lui livrerait, à elle et à toutes les femmes.

Une longue histoire avec Jardin Rouge

Ce cheminement a également été en partie nourri par ces années passées dans l’enceinte de la résidence d’artistes de Jardin Rouge, où Fenx vient régulièrement depuis 2009. Ce qu’il y recherche ? Dans ce un véritable havre de création à 30 minutes de Marrakech, il apprécie « le calme et la sérénité, tout comme la possibilité de se dédier complètement au travail.

C’est pour cela que j’ai choisi un des deux ateliers les plus à l’écart, en retrait et sans connexion wifi… » Les discussions également ont été importantes, aussi bien avec le propriétaire des lieux qu’avec les artistes en résidence (entre 3 et 5 sont présents en même temps).

« Ici, on ne te force par à produire à tout prix, on t’impose de te surpasser, d’aller plus loin que seul dans ton atelier. »

D’où les expérimentations auxquelles il s’est attaqué sur la sculpture il y a de cela 2 ans et demi, ce qu’il n’aurait pu faire en France pour des raisons de coût, de stockage et de dynamique : « Ici, tout est possible ! Il n’y a pas de problèmes, mais que des solutions ! »

Il jubile également car ce nouveau champ de recherche lui permet de se remettre en question et de sortir d’une zone de confort. Et il réussit avec brio en donnant une autonomie à ses « combattantes », qui s’imposent en 3D bien que sorties de la toile. On a hâte de voir les prochaines productions qui seront pensées d’emblée comme des sculptures, sans forcément un lien avec son parcours pictural.

La résidence est également un moteur pour le développement de la carrière de Fenx, car des collectionneurs avides des conseils du maître des lieux achètent ces œuvres portant le label « Jardin Rouge » et les mises en contacts ont pu être positives, comme cela a été le cas avec le galeriste parisien Marcel Strouk.

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©FannyLopez

Une nouvelle liberté artistique

Aujourd’hui, Fenx a franchi un pas artistique important, en gagnant en liberté de création. Pendant longtemps, on sentait derrière son pinceau ses influences, avec en tête le pop art. « Je le revendique complètement aussi bien pour les idées que pour le côté graphique. »

D’où cette couleur exigeante et accrocheuse qui fait partie intégrante de sa signature. Il a su les digérer et trouver sa voie : « Avant, j’avais plus besoin de me rattacher à ce que je connaissais.

En tant qu’autodidacte, j’ai appris par moi-même et j’ai réussi à faire le deuil des peintres que j’aimais pour arriver à ma propre peinture » savoure-t-il avec un doux sourire.

Une belle reconnaissance à travers cette exposition à Jardin Rouge et cette série de toiles qui est l’illustration de l’envol de l’artiste.

Stéphanie Pioda

 

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