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Jef Aérosol

12 juillet 2011
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Cinq questions pour ne surtout pas faire le tour de la question.

Qu’est-ce qui vous a donné envie de vous lancer dans le street art ?

A l’époque, ça ne s’appelait pas du tout street art. Je n’avais pas vraiment vu de pochoir avant, à part sur les chemises du groupe Clash, et quelques slogans anti-nucléaires sur les murs… Je connaissais le travail d’Ernest Pignon-Ernest, et en 1979 ou 1980, à Nantes (dont je suis originaire), j’avais vu des affichages sauvages — sans doute d’étudiants aux Beaux-Arts. Un peu avant, j’avais lu une phrase écrite à la bombe (aujourd’hui c’est l’outil du graffeur, mais à l’époque ça apparaissait à peine dans les magasins de bricolage) : le titre de la chanson « Alertez les bébés » de Jacques Higelin. J’étais fan à l’époque, et je me suis alors rendu compte qu’on pouvait écrire autre chose dans la rue que des slogans politiques et publicitaires.
L’élément déclencheur a certainement été mon départ pour Tours, une ville que je ne connaissais pas, où j’ai habité pendant un an. Je fabriquais des pochettes de disques pour les copains, j’ai commencé à collectionner les photomatons ; j’ai eu l’idée d’en reproduire un en l’agrandissant sur une boite à chaussures. C’était mon premier pochoir. J’ai acheté un cutter, deux bombes de graff en supermarché, et je ne me suis pas arrêté depuis ; ça fera 30 ans l’année prochaine.


Privilégez-vous le travail solitaire ou les expositions collectives ?

JEFJe n’ai jamais vraiment appartenu à un crew, comme on dit, mais j’ai toujours fait des festivals, des expositions collectives, j’adore ça. Le travail de rue reste par contre plus personnel. J’aborde ici d’abord la notion de collectif avec des œuvres que j’ai conçues spécialement pour cette exposition, avec des pochoirs de foule, un groupe de gens et d’individus, ce qui est tout nouveau. C’est une direction qui ne me déplaît pas, puisque finalement dans la foule on a mille et une expressions, mille et un visages… un moyen de nous replacer avec tous nos Ego plus ou moins sur-dimensionnés.
 
J’ai peint beaucoup de célébrités : Woody Allen, Jim Morrisson… je pense qu’une fois replacé dans le contexte de la foule, de ce bouillonnement humain qui se renouvelle sans arrêt (parce qu’on ne vit pas très longtemps finalement), ça ramène un peu les choses à leur juste valeur, et on se dit qu’on n’est pas grand chose, on ne reste pas là longtemps, alors arrêtons de nous emm… avec ces histoires qui existent depuis que l’homme est homme. On doit avoir un truc inhérent à la nature humaine qui fait qu’on se marche sur les pieds et qu’on s’entre-déchire.

À propos d’Ego sur-dimensionné, parlons de la fresque livrée place Stravinski. Êtes-vous devenu un artiste « officiel » ?

Je n’ai jamais compris cette étiquette d’ « artiste officiel », légal/illégal, vendu/pas vendu… Pour être un peu direct, j’en ai rien à cirer. Je fais ça depuis 30 ans, je n’ai pas attendu la mode, je ne me suis pas arrêté quand elle a été dépassée, je n’ai pas redémarré quand elle est revenue. La vie fait qu’il y a des moments plus creux : on fait des enfants, on achète une maison, on accepte un boulot salarié parce qu’il faut gagner sa croûte… et puis d’un seul coup vous revenez sur le devant de la scène car Banksy en Angleterre crée un buzz et qu’on exhume les anciens (sourire). Je fais ma vie, mon petit bonhomme de chemin. Un artiste, par définition, s’exhibe, après tout exposition en anglais c’est exhibition ! C’est ce que je dis dans le petit bouquin qui m’est consacré chez Opus délits : « l’artiste se doit de frimer…avec humilité. » Frimer signifie être présent pour les gens qui veulent vous rencontrer. Qu’il soit musicien, peintre ou acteur, l’artiste a un statut très particulier dans la société, pour les non-créatifs, et il faut l’assumer. Ça ne veut pas dire qu’on est mieux, ou plus important.


Le street art, « dernier art subversif après le punk » ? Est-ce fini ? Faut-il réinventer une nouvelle provocation ?

Quand on a décidé de provoquer, on n’est déjà plus dans la provocation. Comment vous expliquer ? Les grands provocateurs, les grands malades, n’avaient pas choisi de l’être du jour au lendemain. Certains punks ont décidé de l’être, et d’autres ont décidé pour eux, comme Malcolm McLaren qui est allé chercher des petites frappes de Chelsea pour en faire les Sex Pistols. Mais pour moi des gens qui sont bien plus punk, comme Johnny Thunders, les Ramones ou dans une certaine mesure Patti Smith (qui se réclame de Rimbaud, d’Oscar Wilde, et de Bob Dylan) n’ont pas choisi de l’être, ils le sont, et le restent encore bien après les punks.
La mode par définition se démode avant même d’exister, donc je ne fais pas cet art pour provoquer : juste parce que j’aime les images et l’émotion ; c’est une question de partage et de solitude : aller dans la rue, rencontrer des gens et faire quelque chose avec eux… cela signifie « Regarde-moi, je crie, aimez-moi ». Rien de plus. Et c’est aussi une manière de dire aux gens que je mets sur les murs, célèbres ou anonymes : « je vous aime ».

Bon, heure de vérité : expliquez nous une bonne fois pour toute ce que signifie la flèche rouge présente sur vos graffs !

Ah la flèche rouge… j’ai trouvé une nouvelle petite réponse depuis avant-hier : « Ma flèche rouge donne du sens dans tous les sens » (éclat de rire)

Propos recueillis par Mathilde de Beaune

A décourvrir sur Artistik Rezo : 
– Interview de Jef Aérosol par Sophie Pujas (juin 2012)

www.magda-gallery.com
jefaerosol.free.fr

[Visuels : crédit Lézarts urbains]

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