0 Shares 3 Views

Juan-Manuel Abellán ou la mémoire de l’absence

19 octobre 2012
3 Vues
JM-Abellan

Des êtres qui se rencontrent, s’éloignent, se séparent. Des êtres absorbés par l’intranquillité de leur existence et qui, soudainement, refont surface dans la plus grande quiétude d’un lieu encore habité par le souvenir. Un sursaut. Puis, le silence. Un retour vers soi. Un souffle qui nous rappelle notre présence au monde. L’imperceptible trace accomplie par notre mouvement et qui offre en héritage notre effacement.

L’univers de Juan Manuel Abellán est emprunt de mélancolie et de désarroi face au temps qui passe. Inspiré par la poésie et la littérature sud-américaine d’Alfonsina Storni et Mario Benedetti, les chansons de Barbara, la danse de Martha Graham, l’artiste met en scène les images qui ont nourri son imaginaire. En 2007, il réalise la série « La Chute des Anges », où il réinterprète dans une version très contemporaine des oeuvres magistrales de la peinture et de la sculpture tels que l’Ophélie de Millais et la Pietà de Michelangelo.

De tempérament passionnel, J.M. Abellán véhicule cette énergie physique, intense, parfois excessive qui le caractérise en la transposant dans le sujet de ses photographies. On a le sentiment chez lui que la passion mérite que l’on s’y livre corps et âme. Il cherche dans la nudité du corps une vérité essentielle, détachée d’une quelconque maîtrise de soi. Les corps sont souvent photographiés à distance et les visages en plan serré. L’artiste effleure puis caresse. Derrière la fougue, la douceur.

La série qu’il présente aujourd’hui, loin des sujets mythologiques, s’approche d’une vérité plus intimiste qui mêle émotions et sentiments dans une atmosphère à la densité ombrageuse. Il joue sur les contrastes en passant de l’intensité du rouge à la sobriété des gris bleutés. La récurrence du clair-obscur est révélatrice de la nature ambivalente de l’homme. Tel un prédateur, il sonde la faille, celle qui nous fait fléchir et nous rend vulnérables. Les paysages épurés, étranges et désertiques plongent ses personnages dans un monde inquiétant, sombre et fantomatique.

La photographie tient lieu de rencontres. Les portraits des anonymes comme des personnalités lui permettent de créer un lien, même éphémère, qui en constituera sa mémoire. Pour lui, il s’agit de construire une généalogie personnelle constitutive des différentes périodes de sa vie. L’artiste cherche, expérimente et tend à se trouver dans la nécessité d’exprimer sa réalité propre à travers des thématiques qui restent universelles.

Bien qu’il ait déjà exposé en France au Centre Pompidou (la collective « Les yeux Ouverts », 2006) et en Espagne, cette exposition est une occasion inédite de découvrir son travail.

Géraldine Tachat

Exposition de Juan-Manuel Abellán

A l’occasion des ateliers portes ouvertes de Montreuil

Du 19 au 22 octobre 2012
Le vendredi 19 octobre à partir de 19h
Les 20, 21 et 22 octobre de 14h à 20h

www.juanmanuelabellan.com

Benjamin Georgeaud
68, rue Beaumarchais
93100 Montreuil

[Visuel : courtesy de l’artiste]

Articles liés

« Bestiaire Moderne » de Mosko – Gca Gallery de Nice
Agenda
7 vues
Agenda
7 vues

« Bestiaire Moderne » de Mosko – Gca Gallery de Nice

Quand l’exotisme estampe le monde urbain. Comment rendre vivant ce qui ne l’était plus ? Gérard Laux (né en 1953), de son nom d’artiste Mosko, tente de résoudre cette problématique depuis la fin des années 80 en posant ses pochoirs bestiaires sur les murs de la ville. Ainsi, l’ambition de Mosko est de rendre les […]

Festival des Photaumnales aux couleurs de la Caraïbe
Art
203 vues
Art
203 vues

Festival des Photaumnales aux couleurs de la Caraïbe

Pour sa 14e édition, le Festival des Photaumnales de Beauvais ouvre ses portes jusqu’au 31 décembre 2017. À partir d’archives et de collections privées, des photographes contemporains mettent en avant les territoires de la Martinique et de la Guadeloupe. Avec leur regard attentionné, les 36 photographes invités nous plongent d’emblée dans diverses époques et milieux. Issus […]

Sulki et Sulku nouveaux héros de Jean Michel Ribes
Spectacle
126 vues
Spectacle
126 vues

Sulki et Sulku nouveaux héros de Jean Michel Ribes

Echappés de « Musée Haut, Musée Bas » où ils figuraient en tant qu’oeuvres d’art, Sulki et Sulku sont les nouveaux héros de Jean-Michel Ribes incarnés par de jeunes comédiens épatants, Roman Cottard et Damien Zanoly. Des Bouvard et Pécuchet coincés dans une installation muséale contemporaine high tech qui n’arrêtent pas de jaqueter comme des coqs mondains. […]