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Les jardins de Versailles, promenade automnale

12 octobre 2009
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Né de la volonté d’un roi au fait de sa puissance lorsqu’il s’y installe définitivement avec sa cour en 1682, Versailles, le château et ses Jardins fascinent. Le royaume de France est alors le plus riche et le plus peuplé d’Europe. Il nourrit en son sein les esprits les plus brillants du siècle. Qu’ils soient politiques, écrivains, artistes, architectes, tous vont œuvrer en conscience à l’unification de ce chef-d’œuvre universellement reconnu et maintes fois imité.

A l’origine, le domaine de Versailles est un agréable pavillon de chasse qu’affectionne particulièrement le roi Louis XIII. Entouré de bois et de marécages, c’est là que son fils Louis le quatorzième (1638-1715) envisage d’y installer sa nouvelle résidence. Le soufflet que lui a infligé son ancien surintendant des finances, Nicolas Fouquet avec le château de Vaux-Le- Vicomte a sans doute motivé son choix. S’adressant aux membres de la Petite Académie créée en 1663 par Colbert, Louis XIV ne peut être plus explicite : « Vous pouvez, Messieurs, juger de l’estime que je fais de vous, puisque je vous confie la chose au monde qui m’est la plus précieuse qui est ma gloire. Je suis sûr que vous ferez des merveilles. Je tâcherai de ma part de vous fournir la matière qui mérite d’être mise en œuvre par des gens aussi habiles que vous êtes » ! De fait, les plus illustres artistes vont se succéder au service du grand Roi, Charles Le Brun, premier peintre du roi, Girardon, Coysevox, Tuby…

Il convient cependant, depuis la thèse de Gérard Sabatier, de nuancer l’idée selon laquelle Louis XIV est le Roi-Soleil et Versailles la manifestation éclatante de son absolutisme. Certainement les membres de la Petite Académie orchestrèrent avec brio le mythe du roi soleil. La thématique apollinienne est effectivement bien présente dans les sculptures du jardin comme en témoignent le parterre de Latone – mère d’Apollon – ou le bassin dédié au dieu lui même. L’axe est-ouest de la perspective centrale est d’ailleurs censé matérialiser la course diurne du soleil tout comme l’axe nord-sud inscrit dans ses sculptures les épisodes de la naissance et de l’enfance d’Apollon. Les hagiographes ont puisé aux sources mythologiques et principalement dans les Métamorphoses d’Ovide.

 

Cependant, cette programmation apollinienne a ses limites. En 1678, elle ne satisfait plus totalement aux exigences d’un roi qui vient de remporter la bataille de Nimègue. Il veut désormais que Versailles accueille sa cour et son gouvernement. L’iconographie des sculptures comme des peintures d’ailleurs ne correspond plus aux exigences d’une époque où domine la philosophie de Descartes, plus pragmatique et moins portée sur l’allégorie souvent absconse à force d’être réfléchie. De fait, la sculpture des jardins s’attachera désormais à raconter les hauts faits militaires du roi ; tout comme elle s’appliquera à montrer l’intérêt de ce dernier pour les Antiques copiés par les pensionnaires de l’Académie de France à Rome, créée en 1666 par Colbert. « Louis XIV aima en tout la splendeur, la magnificence, la profusion : ce goût il le tourna en maxime poétique et l’inspira à toute sa cour », dira très justement Saint Simon.

 

Versailles épopée hydraulique
En marbre, en bronze ou en plomb, plus de trois cent sculptures ornent les allées, les bosquets et les bassins du jardin. Groupes, statues, termes, bustes, vases, bas reliefs, il n’est pas vain d’en faire le tour bien que des cartels plus explicites et plus systématiques en faciliteraient la lecture. Qui connaît encore l’histoire du Laocoon, qui sait sans erreur reconnaître Castor et Pollux, deviner l’enlèvement de Proserpine sculpté par Girardon, comprendre que chacune de nos quatre saisons a pour personnification un dieu ou une déesse : Flore pour le printemps, Cérès pour l’été, Bacchus pour l’automne, Saturne pour l’hiver. Qu’aux quatre parties du jour sont associés Vénus pour le matin et le midi, Diane pour le soir et un manteau étoilé pour la nuit. Que les quatre complexions de l’homme ont également leur symbole : le lion pour le colérique, le bouc pour le sanguin, la tortue pour le flegmatique ou encore le bandeau sur la bouche pour le mélancolique… A moins d’être un iconographe averti et d’être sensible aux nuances de style qui font de Coysevox un sculpteur baroque et de Girardon un sculpteur classique, il faut bien convenir que la sculpture de Versailles reste un livre d’une grande beauté, difficilement lisible pour le tout un chacun.

Sans cesse remaniés durant les quarante-cinq années du règne de Louis XIV, les jardins de Versailles restèrent cependant fidèles au plan originel créé par Le Nôtre. Développés en fonction de l’architecture du Château, c’est elle qui en déterminera les rapports de proportion et d’échelle. Respectant l’idée pythagoricienne selon laquelle le monde est mathématique sous son apparent désordre, Le Nôtre, en géomètre génial, aura l’idée d’agrandir progressivement les bassins du grand canal afin d’obtenir l’artifice optique d’une perspective ouverte à l’infini. De Descartes, il retiendra l’idée que la réflexion de la lumière se fait selon un angle toujours égal à l’angle d’incidence. D’où l’éloignement des plantations d’arbres du bord de ce même canal de façon à réserver à cet immense miroir tout son pouvoir d’illumination. Car l’eau à Versailles est une véritable épopée hydraulique. Des parterres aux fontaines, l’eau est cascadante, jaillissante ou calme. « Le parcours du Roi, nous dit encore Gérard Sabatier, n’est pas une initiation. Versailles n’est pas un jardin des mystères. C’est un jardin à la française et le roi en usera très exactement comme tel » en créant lui-même six de ces parcours découvertes ménageant pour ses hôtes le plaisir de ces fantaisies optiques minutieusement réglées sur chacun de ses passages.

 

Des quatre saisons de Vivaldi, c’est l’Automne qui aujourd’hui a pris possession des jardins de Versailles. Les touristes de l’été ont déserté les allées. Les fontaines ne chantent plus et la musique de Lully ne résonne plus en fond sonore. Sans doute la meilleure saison pour nous laisser envelopper par une nature prégnante aux couleurs chamarrées d’ocre brun. Et si le froid décidait trop vite de limiter nos déambulations bucoliques, il serait toujours temps de nous rendre au musée du Louvre, Cour Marly où s’exhibent pour l’éternité certaines de ces sculptures qui un temps ornèrent les jardins de Versailles – tel le Milon de Crotone de Pierre Puget – mais que la postérité à tenue à préserver des vicissitudes du temps.

 

Karine Marquet

 

 

Les jardins sont gratuits à la visite en dehors des Grandes Eaux

 

Horaires d’ouverture:


3 avril – 31 octobre

Jardin : ouvert tous les jours de 8h à 20h30
Bosquets : ouvert tous les jours de 9h à 17h

1er novembre – 31 mars

Jardin : ouvert tous les jours de 8h à 18h
Bosquets : fermés

 

Château de Versailles
Place d’Armes – 78000 Versailles

RER C depuis Paris, arrivée en gare de Versailles rive gauche
Voir la carte du Transilien + plan d’accès depuis la gare RER (Mapy ?)

Trains SNCF
Arrivée en gare de Versailles Chantiers depuis Paris Montparnasse
Arrivée en gare de Versailles Rive droite depuis Paris Saint Lazare


Cour Marly
Musée du Louvre

Métro Palais-Royal / musée du Louvre
75001 Paris
01 40 20 50 50

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