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Thomas Lélu

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A 31 ans tout ronds, c’est une sorte d’anti-dépresseur en forme d’homme, à moins que ce ne soit un personnage de BD Jackassien. L’auteur de « Je m’appelle Jeanne Mass » cultive l’art de la cascade artistique, fait des jeux de mots casse-gueule, invente des langages et n’a pas fini de nous en faire voir : en art, en littérature, comme au cinéma !

Qui es-tu Lélu ? Ecrivain ? Artiste ? Architecte ? Photographe ?

Tu mets tout ça dans un shaker et je pense que tu as la réponse. Mais disons qu’en littérature, je ne suis pas un écrivain. En art, je ne suis pas un artiste. En vidéo, je ne suis pas vidéaste… Je fuis les étiquettes et c’est aussi que mes propositions ne correspondent jamais aux espaces qu’on me propose.

Parce que quand j’ai écrit par exemple « Je m’appelle Jeanne Mass », ou quand je fais une exposition à la Galerie Dominique Fiat, pour moi, il n’y a pas d’ironie. Je suis honnête dans ma proposition. Mes références en art sont artistiques et mes références en littérature sont littéraires.

Il y a aussi quelque chose de très expérimental là-dedans, et l’expérimentation passe aussi par une vraie prise de risque physique. Plus jeune, je voulais être cascadeur et j’adorais faire ce que mes parents me disaient de ne pas faire : me jeter du 2ème étage de la maison, plonger dans un port de Bretagne… c’était un peu du « Jackass » avant l’heure. Je sais que ça a un lien direct avec ma pratique artistique en général. Et d’ailleurs, je pense de plus en plus me positionner physiquement dans mes travaux. J’ai des projets de vidéos.

Est-ce que l’on n’a pas tendance à se croire intouchable et à se mettre sans cesse au défi de son nom quand on s’appelle « Lélu » ?

Je dis souvent que la proposition plastique la plus réussie en fait, c’est mon nom. En gros, je n’ai rien fouttu. D’ailleurs, j’en ai fait un livre, « Lélu by… » : je suis allé chercher 75 personnes qui ont accepté de signer mon nom à ma place.

Tu es multi-casquettes ? Qu’est-ce que quelqu’un comme toi peut présenter dans une exposition ?

Le problème, c’est que je trouve tout intéressant. Ça correspond à quelque chose d’ultra-contemporain : l’immédiateté et le fait qu’on est en contact avec tout. Je trouve très intéressant de narrer l’aspect confusionnel et hystérique de tout ça. Ce qui m’intéresse, c’est de trouver des représentations, des illustrations… pour communiquer une représentation de notre époque à nos petits-enfants.

Est-ce qu’on n’est pas surtout dans une culture télévisuelle aujourd’hui ? Tu as sorti un livre qui s’appelle « Perdu de vue » comme une ancienne émission télé.

Ça devait s’appeler « Sperme », et ça parle très peu de télé. Ça n’a rien à voir avec l’émission. Mais c’est vrai, la culture télé a une grande influence. Tout le monde veut être une image et ça a modifié le langage. Aujourd’hui, on ne s’exprime que par slogan. Il faut que les gens comprennent immédiatement sinon, tu perds du taux d’audience. La seule possibilité de t’en sortir dans ce monde-là, c’est de fonctionner pareil.

Donc d’être cynique ?

Non, il faut monter dans le train surtout.

Tu es monté dans le train ? En marche ?

Moi je monte dans le train, mais comme je suis cascadeur, je saute aussi, pendant qu’il roule, de temps en temps! A un moment donné, il y a un tunnel, donc je me couche sur le toît du train… La seule possibilité de lutter contre tout ça, à mon avis, c’est la fiction et tout ce qui permet de quitter la réalité. Il y a plein de choses très intéressantes actuellement dans ce registre. En littérature par exemple, j’aime beaucoup, Ben Marcus, un Anglais qui a écrit Le silence selon Jeanne Dark.

Il faut organiser une battle entre les auteurs de « Jeanne Mass » et de « Jeanne Dark » !

Tu veux dire une I-pod battle au « Show Case » ? En fait, ce qui est très inquiétant, c’est que tout ça crée du conformisme. La capacité de créer de nouvelles formes est hyper limité là-dedans. Puisque tu ne t’exprimes plus que par slogans, tu reproduis ce qu’on te dit de faire sinon t’es en marge ! C’est pour ça qu’il faut réinventer des langages.

Tu es aussi dans un langage publicitaire dans ton travail : tu mèles écriture et images, tu lances des slogans comme « LVMHOQ »…

Non, j’en joue, je mélange. Quand j’ai écrit « Jeanne Mass », je voulais confronter ce langage-là à celui de l’avant-garde. Mon premier éditeur, c’était Al Dante. Je me réfère à la poésie expérimentale et à des écrivains qui inventent des langages. La seule possibilité de sortir de toutes ces conneries, c’est d’inventer des langages.

« Jeanne Mass » vient de sortir en poche. Qu’est-ce qui t’a inspiré le personnage ? Est-ce qu’il y a des références aux années 80 ?

Au départ oui, mais après c’est devenu complètement autre chose. Ce qui n’avait jamais été fait en fait, c’est que le titre d’un livre reprenne le nom de quelqu‘un qui existe ou a déjà existé… ce qui nous a valu un procès qui a fait jurisprudence tout de même ! Ce n’était pas forcément le but. Le nom n’était pas du tout écrit de la même manière. « Jeanne Mass » est aussi en cours d’adaptation au cinéma. On espère voir le film sortir en décembre 2008.

De quoi est-il question dans « Perdu de vue » ?

C’est un type qui est convoqué dans un commissariat pour prouver qu’il est bien lui-même.

C’est toujours des questions d’identité: Lélu, Jeanne Mass, bientôt Jacques Daniel… etc.

Tu crois qu’il faut que j’aille voir un psy ? Ma mère est psy, et quand je l’appelle pour lui dire que j’ai mal au bras, elle me dit « faut que t’ailles voir un spécialiste ! »

Tu es d’ailleurs spécialiste en photographie : ton « Manuel de la Photo ratée » ressort.

Je trouve que la photo contemporaine, surtout dans la mode d’ailleurs, est souvent inspirée de la photo ratée : les yeux rouges à la Jurgen Teller, les visages tout pâles, flashés à la Richardson… L’Ecole de Tillmans, Nan Goldin ou Larry Clark… s’est imposée. Parti de là, je me suis dit que j’allais faire le guide. J’ai sorti des photos ratées de leur boîte et j’ai chaque fois demandé pourquoi on les trouvait ratées. Et à partir de toutes les remarques, j’ai dressé une typologie.

Et « After » ?

C’est un autre travail photo mené avec le critique d’art Jean-Max Collard. Un soir, au restau, il y avait des gâteaux recouverts de sucre glace, et ça nous a fait penser à Matthew Barney. Puis il y avait des frites posées les unes sur les autres : du Sol LeWitt. Dans la rue, il y avait un magasin avec des gros ronds de couleurs: du Damian Hirst. Et en fait, quand on sort d’une exposition souvent, on est complètement habitée par elle, c’est parti de ce constat. On s’est amusés ensuite à photographier.

Quel est le prochain livre que tu prépares ?

Les aventures de Jacques Daniel : un personnage récurrent créé de toute pièce. Il travaille dans une entreprise d’électronique, c’est un peu le « ravi du village », le mec toujours joyeux, qui s’entend bien avec tout le monde… Tout s’arrête le jour où il se fait giffler par un collègue. Et là, c’est le drame ! Du coup, il part en voyage avec sa femme, mais l’avion est détourné par des terroristes. Ça commence comme ça. Et en fait, au bout de ses aventures, ce petit bonhomme naïf, espiègle et ultra-contemporain va devenir le nouvau James Bond. C’est basé sur une narration presque classique. Ça va être un florilège de jeux et de bonds litteraires. A priori on partirait sur « Jacques Daniel contre Oussama dans ton Ben Laden »… mais c’est pas sûr. Parce que je peux peut-être avoir des problèmes.

Est-ce que tu ne cherches pas les problèmes de toute façon ? Comme avec Jeanne Mas, la chanteuse et pas le videur du « Coconut » !

Je crois qu’elle manque d’humour. Je voulais lui relancer sa carrière, elle n’a pas pigé. J’aurais trouvé amusant de faire un petit concert-karaoké au Baron le dimanche soir avec elle.

Tu l’aurais fait avec Chantal Goya, ça aurait été plus simple.

J’aurais peut-être dû appeler le livre « Je m’appelle Chantal Goyave »… Je vais peut-être placer ça dans Jacques Daniel. Il y aura un personnage qui s’appellera Chantal Goyave !

Et avec Jack Daniel, tu cherches les problèmes ou tu voudrais juste qu’on te mette quelques bouteilles de Whisky de côté ?

De toute façon, ça ne s’écrira pas comme ça. Ce sera « Jacques » Daniel !


Propos recueillis par Anaïd Demir

  • « Je m’appelle jeanne Mass », roman, Ed. Léo Scheer, 2005.
  • « After » Villa Arson, Nice et Ed.SternbergPress, 2006.
  • « Manuel de la Photo ratée », », Ed. Léo Scheer, 2007.
  • « Lélu by… », Ed. OnestarPress, 2007.
  • « Perdu de vue », roman, Ed. Léo Scheer, 2007
  • « Enlarge your practice », exposition collective, Friche de la Belle de Mai, Sextant et plus, Marseille. Du 3 juillet au 15. Octobre.

A découvrir sur Artistik Rezo :
« Be the Change you want to See » (galerie Nuke, 2012)

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