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Quentin DMR : « Ce qui est intéressant, c’est le lien avec les gens. »

25 juillet 2017
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Quentin DMR

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Par la déconstruction de photographies en noir et blanc, Quentin DMR réalise des œuvres, délicatement abstraites et résolument humaines. Juin 2017, Sète (France), rencontre…

Pourrais-tu te présenter en quelques mots ?

Je suis né au Havre en 1988. Je suis photographe plasticien, totalement autodidacte. J’ai toujours pris des photos, mais des photos volées. J’ai commencé par du collage classique de photos dans la rue, de manière « vandale ».

Ça fait deux ans que je vis à Montpellier et me consacre exclusivement à mon activité artistique. C’est à l’occasion d’un séjour en Nouvelle Zélande que j’ai posé les prémices de mon travail actuel. J’y ai travaillé avec une galerie, ce qui m’a permis de développer le côté plastique de mon projet, au-delà de la seule photographie, et d’apprendre à travailler le bois. Mais j’ai vraiment approfondi ce projet en arrivant à Montpellier. J’ai eu la chance de rencontrer des artistes, comme Romain Froquet ou Philippe Baudelocque, qui m’ont beaucoup soutenu et encouragé dans mon projet.

Comment décrirais-tu ton travail ?

Mes photos sont toujours déstructurées, en noir et blanc et représentent des gens – qu’il s’agisse de visages ou d’une partie du corps. J’ai récemment fait un projet avec une école de danse en prenant des photos des danseurs en mouvement et j’ai réalisé des collages avec seulement des jambes ou des bras.
J’aime le côté noir et blanc car je trouve que cela a plus d’impact. Quant à la déconstruction de l’image, j’avais envie que mes œuvres soient comme un puzzle, que les gens passent devant la photo et s’interrogent. Peu importe que cela ne leur plaise peut-être pas ou qu’ils n’arrivent pas à comprendre, ce qui m’importe c’est qu’ils se demandent pourquoi, qu’ils soient obligés de réfléchir pour s’approprier l’image, la remettre éventuellement dans l’ordre. J’appelle cela de l’art-déconstruction. J’aimerais aller de plus en plus dans l’abstrait.

Mais la photo c’est seulement la moitié du travail. Elle fait le visuel, mais la création de l’œuvre ne se limite pas à cela. Il y a également tout le travail du support ou de l’installation.

L’aspect humain semble central dans ton projet…

C’est effectivement majeur. J’ai fait des études d’éducateur social et travaillé dans ce domaine. J’ai ensuite arrêté pour me lancer dans le domaine artistique, mais j’essaie de mélanger mes différentes expériences, faire quelque chose qui me plaise et qui soit cohérent.

Quentin DMR 2Le lien avec les gens me passionne. J’adore la peinture abstraite, mais dans mon propre travail, j’aurais l’impression de ne pas faire les choses entièrement. Dans chacun de mes projets, il y a un aspect humain fondamental. Je prends beaucoup de temps – je passe généralement presque deux mois par projet, car je fais un gros travail de recherche et de conception. Et avant de commencer la phase de réalisation, je passe du temps avec les gens concernés, je leur explique ce que je vais faire, je les écoute. J’essaie de faire quelque chose qui corresponde le plus à leur message.

Par exemple, en 2016, j’ai fait une installation à Villeneuve les Maguelones dans un ancien salin. Je devais m’approprier une pièce entière de 12 mètres sur 4 mètres environ. J’avais choisi le portrait d’un homme de 90 ans que j’avais rencontré. C’était très symbolique car c’était la pièce en question était celle où cet homme était né, et son fils aussi. Il s’agissait d’une installation dans laquelle on pouvait entrer. J’avais préparé des planches de bois d’environ 3 mètres de haut et j’avais collé la photo, d’un côté le visage de face et de l’autre l’arrière de la tête. J’avais suspendu les planches avec du fil de pêche, ce qui donnait l’impression que les planches flottaient et on pouvait se promener dans ce visage.

Pourrais-tu nous parler de ton installation à la Pointe Courte dans le cadre du K-Live à Sète ?

La Pointe Courte c’est un quartier de pêcheurs. J’avais la chance d’avoir un mur visible de loin et avec du recul. J’ai à nouveau travaillé en anamorphose à partir de photos en noir et blanc représentant des mains de pêcheurs tenant un filet de pêche. Les photos sont imprimées sur des bandes de bâche et installées sur une structure métallique, ce qui permet à ces bandes d’être battues par le vent, à la manière des voiles d’un bateau. J’avais envisagé d’utiliser comme support de la voile de bateau, mais cela n’a pas été possible techniquement.

Quentin DMR K-LiveCe qui est intéressant c’est qu’en montrant seulement les mains, chacun peut s’identifier. Quand j’ai fini le mur, les habitants du quartier m’ont dit que pour eux, cela représentait vraiment la Pointe Courte. C’est très gratifiant ! Mon objectif principal c’est vraiment les habitants du quartier, ceux qui auront mon installation sous les yeux tous les jours.

Je pense que cette installation aura un impact sur l’évolution de mon travail, que cet essai va me permettre d’approfondir l’idée, d’aller plus loin.

Comment s’articule ton travail en atelier avec ton travail dans la rue ?

Pour chaque pièce que je réalise en atelier, je colle son double dans la rue. J’aime trouver un lieu approprié à  la photo. Par exemple, après ma série sur la danse, j’ai fait un très grand collage sur l’Agora – la cité de la danse de Montpellier. Ce qui est amusant c’est que finalement le collage tient assez longtemps. Les gens savent que cela va se décoller et donc ils les laissent, ils ne sont pas recouverts. Cela peut tenir plusieurs mois.

Toutes les pièces en atelier sont uniques. Je travaille à partir de photos que je colle sur des bandes de bois d’épaisseurs différentes puis j’installe l’ensemble dans des caisses américaines.

J’aime le côté naturel du bois et l’idée que l’œuvre soit intégralement issue du bois – à l’exception de l’encre. Quand je travaille sur du bois je fais tout de A à Z, à part l’impression de la photo pour laquelle j’utilise un imprimeur artisan. C’est important pour moi d’utiliser le bois, et en même temps je le cache en le peignant afin de garder le côté noir/blanc. Lorsque le bois est apparent, je trouve que ça change complètement l’effet. C’est très rare que je le fasse.

Est-ce que tu cherches à transmettre un message ?

Cela dépend du projet. Il n’y a pas forcément de message, mon moteur c’est mettre les gens en avant. Laisser une trace, un témoignage sur la vie de certaines personnes. A Sète j’avais simplement envie de rendre hommage aux pêcheurs de la Pointe Courte et témoigner de l’évolution de ce quartier : il y avait 150 pêcheurs il y a 50 ans, ils ne sont plus que 5 aujourd’hui.

De même, lorsque j’ai participé à la ZAT Montpellier – un festival à Montpellier qui rassemble des artistes du monde entier – j’ai souhaité montrer une image du quartier dans lequel se trouvait mon installation, le quartier de Figuerolles. Il s’agit d’un quartier très populaire avec un mélange des religions ET DE CULTURES. J’avais choisi quatre personnes que je trouvais représentatives de ce quartier : le chef des gitans de Montpellier, une dame Ivoirienne qui tient une épicerie, le sociologue du quartier qui écrit beaucoup de livres sur ce quartier et le propriétaire de l’épicerie ou a été installée l’œuvre. Puis j’ai créé ma pièce en mélangeant les différents portraits.

Cela suppose d’avoir le témoignage des personnes en même temps que l’œuvre…

Quentin DMR 3Effectivement. Parfois lors de certaines installations les personnes que j’avais photographiées sont venues et le public a pu échanger avec elles. Ensuite c’est moi qui partage ce qu’ils m’ont raconté. Ce qui me plait dans le collage c’est l’aspect éphémère. Si tu passes au bon moment tu le vois, sinon c’est trop tard. C’est pareil ici, la rencontre est éphémère.

Pour de prochains projets, j’aimerais faire un vrai reportage sur la vie des personnes que je photographie. Que les gens racontent leur histoire face à une caméra par exemple. Je vais faire des essais. On verra si j’arrive à quelque chose.

Qu’est-ce qui t’a inspiré et amené vers l’art ?

Je pense que ce qui m’a amené vers l’art, ce qui m’a fait rêver lorsque j’étais enfant, c’est Royal de Luxe. C’est une compagnie nantaise qui fait du théâtre de rue. C’est très original : ils construisent des géants en bois qui font environ 30 mètres de haut et les utilisent pour des interventions dans la rue. J’habitais au Havre quand j’étais enfant et ils venaient tous les deux ans. Une année, par exemple, il y avait un géant qui respirait, toussait, tu entendais le bruit de la respiration ! Les années suivantes ils sont venus avec une grande girafe, un éléphant avec une maison sur le dos, etc. C’était incroyable ! Si je dois avoir une influence, c’est Royal de Luxe. Ca n’a rien à voir avec le graffiti ni avec la photo, mais c’est le côté magique, gratuit, dans la rue. Cela m’a vraiment fait rêver. J’ai aussi été touché et influencé par l’architecture d’Auguste Perret; des lignes droites répétitives ouvertes vers la mer.

As-tu déjà pensé à accompagner tes œuvres d’une bande son ?

Pour l’installation que j’avais faite à Villeuneuve les magalones et, par la suite, à Lyon, j’avais enregistré ma conversation avec le vieux monsieur que j’avais photographié et j’avais mixé des extraits de notre conversation avec d’autres éléments, une musique électro et des bruits de sel, de balai et d’eau. Cela permettait de s’immerger complètement dans un univers ! C’était particulièrement intéressant du fait du caractère symbolique du lieu.

Quentin DMR 4Tu peux nous en dire plus sur tes projets ?

Après le K-Live à Sète, je participe en juillet au Off du festival de la photo d’Arles. C’est la première fois que je vais participer à un évènement dans le domaine de la photo. Habituellement je suis invité à des évènements d’art contemporain ou art urbain. Je n’ai pas la même approche que les photographes, pour moi la photo est plus un support que le but ultime, un élément parmi d’autres. Je suis ravi de me confronter à de « vrais » photographes, mais l’art urbain ou l’art contemporain définit davantage mon travail.

Ensuite j’ai plusieurs projets à plus long terme. Avec un ami qui est écrivain à New York et professeur de poésie à NY Columbia University, nous avons prévu de faire un projet en commun. Il a écrit un roman pendant 10 ans et m’a demandé de le mettre en image par mes photos. C’est de la photographie pure, ça change de ce que je fais habituellement, aucune déconstruction. Mais on retrouve l’idée de narration.

Et j’ai également un projet de photographie d’architecture. L’aspect humain sera présent, mais pas apparent.

Marie-Fleur Rautou

[ © Quentin DMR ]

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