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Stéphane Sednaoui – Stéphane Sednaoui : l’art de la fusion – portrait

1 avril 2008
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Entretien 

Le réalisateur et photographe qui fait fusionner les genres présente pour la première ses travaux personnels en galerie d’art Quand on fait ses début auprès de William Klein à la fin des Années 80, on ne peut pas décemment se contenter d’être un simple photographe.

A l’image donc de l’un de ses pères, Stéphane Sednaoui repousse sans cesse les frontières entre les disciplines: photographe de mode ou dans la publicité, portraitiste, photoreporter, réalisateur des clips pour Björk, Kylie Minogue, NTM, Tricky ou Mirwais… il ne tient pas en place. Et ce trentenaire aux cheveux d’argent et aux airs extra-terrestre, précoce en photographie, s’est efforcé de ne pas rater les grands faits de l’histoire de ces vingt dernières années : du World Trade Center à la Révolution Roumaine en passant par le Bicentenaire de la révolution Française en 89.


Installé à New York, ce véritable touche-à-tout du monde de l’image n’avait jamais montré ses travaux personnels. Et voilà qu’il expose un travail plus artistique à la Galerie 208 à Paris. Des photographies qui semblent tremper dans une douleur amniotique, un film aquatique mis en musique par Mirwais… Pour ces œuvres qu’il a choisi de présenter pour la première fois, Stéphane Sednaoui a puisé dans ses émotions, ses douleurs et ses pulsions. Il nous reçoit avec naturel dans son appartement parisien. Et alors que l’interview se poursuit avec simplicité, sa fille, la petite Sahteen regarde sagement un DVD dans sa chambre. Et cette petite déesse de 7 ans au regard bleu et aux traits fins ne trahit rien de ses origines, elle est bien la petite fille que ce talentueux photographe et réalisateur, a eu avec l’actrice et ex-mannequin Laëtitia Casta. Son portrait miniature.

Anaïd Demir


Vous exposez vos photos face à l’artiste Danakil à la Galerie 208 à Paris. Qu’est-ce qui vous réunit tous les deux ?


Nos travaux sont très différents, mais ce qui nous réunit ici, c’est notre approche de la femme. L’histoire de la série « Acqua Natasa » dépend vraiment de Natasa, la femme que j’ai choisi de photographier. C’est une amie à la fois tendue et passionnée, qui a connu la guerre très jeune et qui porte ça en elle. C’est son énergie, sa douleur qui font tout. Elle était idéale pour mon expérience filmée dans l’eau. L’idée de départ de ce film, c’était comme un cycle de vie. Je voulais que Natasa passe par différentes étapes, passe de moments de plénitude à la douleur. Ensuite, c’était à elle d’interprêter… ce qu’elle a fait magistralement.


Comment situer ces photographies par rapport à votre travail dans la mode ?

Ici, c’est un peu l’envers du décor. J’ai passé des années à toujours sublimer les choses et montrer le beau. Et là, avec la même énergie, j’ai voulu révéler la douleur. C’est une manière de rééquilibrer les choses pour rester sain. Quand on vit des moments de douleur, on peut difficilement continuer à faire de belles images.
La photo de mode a toujours été une excuse pour moi. Je n’ai jamais cherché à faire des photos sexy ou autre. Ce qui me plaisait, c’était les scènes de vie ou les séquences d’une petite histoire, comme une sorte de court-métrage imaginaire.
Même avant la mode, je faisais du photoreportage, du photojournalisme, des portraits et j’ai toujours fait des photos plus abstraites, sauf que c’est la première fois que je montre ces recherches plus personnelles,
Ces photos ont été faites il y a 6 ou 8 ans et ça n’avait jamais été montré avant : « Anthroposexomorphic », la série en noir et blanc date de 2000, et « Acqua Natasa » de 2002.
Et alors que j’étais un féru de digital, je reviens vers l’argentique. Aselblad et film. Et en plus, en ce moment, je ne veux plus faire de montage.
Je passe par le numérique pour faire les tirages car une fois l’image scannée, je peux la retirer autant de fois que je veux, je peux l’archiver…
Par contre, je n’ai pas envie de tricher. Si je fais du montage, je ne vais pas faire passer ça pour de la réalité et s’il n’y en a pas, je le dis aussi. Je ne dis pas que l’un est mieux que l’autre, je dis que j’assume.
Là, par exemple, on a « Acqua Natasa » qui n’est absolument pas retouché. Et on a « Anthroposexomorphic » qui l’est énormément. J’ai vraiment les deux approches.


Ici, vous êtes surtout dans un travail personnel.

En réalité, depuis que j’ai démarré la photo, depuis 85-86, j’ai fait plein de choses personnelles que je n’ai jamais sorti de la boîte. Parfois je ne m’en souviens même plus. Mes archives sont à New York. Parfois, je prends des boîtes au hasard et je redécouvre alors des choses.
Pendant que je réalisais ce film « Acqua Natasa », en parallèle, je faisais aussi une série de photos pour moi. Puis j’ai montré le film dans un DVD qui réunissait toutes mes vidéos. Et du coup, il y a 6 mois, j’ai ouvert par curiosité la boîte des photos faites pendant ce tournage. Puis j’ai commencé à les travailler, les assombrir, trouver la bonne couleur… J’ai aussi ressorti des images que j’avais fait en 2000 sur la texture, la peau, des choses comme ça.
« Acqua Natasa » est introspectif, alors que « Anthroposexomorphic », c’est plus une réaction, un rejet, un dégoût : je prends la chair avec laquelle je travaille depuis des années, et je la pétris. J’y vois les influences de Bellmer, de Max Ernst les Surréalistes, mais aussi de Bataille… ce genre de souffrance, ce mélange de douleur et de sexualité.
Dans « Anthroposexomorphic », c’est une fusion entre l’androïde ou et la louve: il s’agit de la part animale qui est en nous.


Sur quoi travaillez-vous en ce moment ? Quelle est la prochaine boîte que vous comptez ouvrir ?

Là, j’ai un projet en Chine fait en 2007 qui traite du décalage entre le traditionnel et la modernité… L’environnement a changé de manière spectaculaire ces dernières années en Chine. J’ai photographié ce décalage.
L’autre boîte remplie de planches contacts qui m’éclate complètement, date de mes 20 ans, lors de mon passage en URSS. Une femme voulait s’échapper et rejoindre son amoureux, le père de son enfant qui lui, avait réussi à fuir l’URSS. Elle avait son bébé avec elle et je l’ai épousé pour qu’elle puisse partir le retrouver. J’ai toutes les photos de cette l’histoire : mon arrivée en URSS, ma rencontre avec elle. Je voudrais faire un livre là-dessus et un autre avec toutes les photos pop que j’ai fait pour des magazines comme The Face…etc.

Propos recueillis par Anaïd Demir

 

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