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    Traquer le gouzou de Jace à Marrakech

    Stéphanie Pioda 14 novembre 2017
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    gouzou de jace artistik rezo paris

    Le gouzou de Jace est envoyé en mission au cœur de la médina de Marrakech, l’occasion de raconter ces quartiers délaissés des touristes en 14 tableaux décalés et de les traquer avec délectation et bonheur. Humour, impertinence et respect sont les maîtres mots de ce parcours à découvrir à pied ou… en side-car !

    Gouzou. Nom masculin désignant un petit personnage sans yeux ni bouche, à la silhouette soulignée d’un simple trait noir, mis en scène dans des situations le plus souvent humoristiques par son créateur, Jace.

    Il les peint depuis vingt-cinq ans sans autorisation, dans des endroits reculés un peu partout dans le monde, mais là, il les a accrochés sur les murs de Marrakech dans le cadre d’un projet de revalorisation de la médina.

    L’art dans la place publique

    Baptisé Tmecha Fel Mdina, il est piloté par la fondation Montresso en partenariat avec la ville de Marrakech, l’Institut français de Marrakech (IFM) et Awaln’art, fabrique des arts en places publiques.

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    Photos œuvres et portrait de Jace © Stéphanie Pioda

    Comme le précise Khalid Tamer, son président, “Tmecha Fel Mdina est un parcours artistique et culturel né de la rencontre entre une équipe de traceurs internationaux invités par l’Institut français et l’artiste résidant sur l’île de La Réunion, Jace. Ensemble, ils ont investi la ville ocre pour penser un parcours artistique et urbain dans la médina, hors des sentiers battus…”

    L’idée est de valoriser le quartier avec de nombreuses restaurations, mais aussi d’attirer des touristes qui n’y viennent que rarement.

    Prêts pour le “gouzou ride” ?

    “Entre chaque œuvre, on découvre la ville autrement”, s’enthousiasme l’adjointe au maire de Marrakech, Madame Awatif Berdai.

    Une entreprise a sauté sur l’occasion en se greffant sur cette initiative pour offrir des visites de la médina à la recherche des gouzous en side-cars rutilants, un mode de transport aisé pour accéder aux nombreuses rues étroites… Le “gouzou ride” ! Voilà pour le cadre.

    Traquer le gouzou…

    Il devait y en avoir 24 initialement, mais le parcours s’est finalement construit autour de 14 murs qui balisent le quartier comme autant de spots à traquer en un jeu de piste. Les gouzous ont été bien accueillis et ont suscité la curiosité et les échanges entre les habitants et Jace.

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    Photos œuvres et portrait de Jace © Stéphanie Pioda

    Il faut dire que l’artiste n’a pas fait les choses au hasard : il a écouté les récits des Marrackchis des différents faubourgs pour que ses scènes entrent en écho avec ce qui appartient à tous : histoire, légendes, contes populaires et patrimoine.

    Relire la médina

    Ainsi, sur le mur de la mosquée du quartier juif (le quartier Mellah), un Musulman et un Juif partagent un thé : à l’intérieur de la synagogue, justement, est accrochée une photographie illustrant un même sujet, soulignant que le pays a toujours réuni des Marocains de confessions différentes.

    C’est le point de départ du circuit, le ton est donné. Un peu plus loin, le mur est percé et on voit passer un individu dans une forêt de palmiers, un clin d’œil à la fonction de ce passage, reliant par le passé le palais et le jardin d’un sultan.

    Raconter des histoires

    Un gouzou travaille le métal au bout de la rue réunissant les artisans du fer forgé, un gouzou conduit un tapis ou une babouche motorisés, à moto, il transporte des caisses de poules, ou encore un Roméo fait la cour à une Juliette à deux pas d’une salle de mariage, mais elle se retrouve derrière une grille… que l’on peut lire à travers la question de la condition de la femme face à la montée de certains extrémismes.

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    Photos œuvres et portrait de Jace © Stéphanie Pioda

    Roméo et Juliette…

    Jace avait une appréhension face à un dessin comme celui-là, mais il n’y a pas eu de réaction négative, certainement parce qu’il n’est jamais dans la provocation. Le gouzou incarne un archétype humain qui peut se glisser dans n’importe quel contexte culturel ou social, d’où la grande liberté d’adaptation et l’importance du décor qui nous embarque à chaque fois dans une narration différente.

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    Photos œuvres et portrait de Jace © Stéphanie Pioda

    Cet être réduit à l’essentiel est l’héritier de La Linea d’Osvaldo Cavandoli, sans ses colères et ses moqueries mesquines.

    Le gouzou est un personnage gai

    Le gouzou est le plus souvent gai, suscite le sourire et l’empathie immédiatement, mais attention, Jace n’est pas naïf, il sait critiquer, dénoncer, pointer certaines absurdités, mais toujours avec tact, impertinence et délicatesse.

    Peut-être s’est-il assagi comme il le suggère lui-même du haut de son mètre 90 minimum, avec ce regard rieur et malicieux, animé de la même impertinence taquine que ses gouzous qu’il met en scène.

    Jace s’autocensure-t-il ?

    Est-ce qu’il s’est autocensuré ? Non, plutôt a-t-il été respectueux des habitants en évitant une provocation frontale qui susciterait le rejet immédiat. On sait bien combien l’humour a un pouvoir de subversion plus grand.

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    Photos œuvres et portrait de Jace © Stéphanie Pioda

    Jace reste dans la bienveillance tout en s’amusant, c’est sa force et sa “botte secrète” pour emporter l’adhésion du plus grand nombre.

    Une exposition à la Maison de la France à Marrakech

    Le parcours est doublé d’une exposition à Dar Moulay Ali, Maison de la France à Marrakech, le nouveau lieu d’exposition de l’Institut français dans l’enceinte de l’ancien Consulat de France à côté de la Koutoubia, en face de la place Jemaa el-Fna (centre touristique et historique).

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    Photos œuvres et portrait de Jace © Stéphanie Pioda

    On entre dans les coulisses du projet grâce à un film projeté et Jace a réalisé lors d’une des résidences au Jardin Rouge des peintures recto verso sur des anciennes cartes de géographie et des dessins sur papier recyclé… On est fan !

    Stéphanie Pioda

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