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Yves Saint Laurent : le peintre de la vie moderne

2 juillet 2015
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Yves Saint Laurent : le peintre de la vie moderne

Yves_Saint_LaurentPassionné par la peinture et rapidement collectionneur, le couturier Yves Saint Laurent, de son vrai nom Yves Henri Donat Mathieu-Saint-Laurent, est parvenu à instaurer des liens durables entre Haute Couture et Art.

« J’ai toujours placé au-dessus de tout le respect de ce métier, qui n’est pas tout à fait un art mais qui a besoin d’un artiste pour exister. »

Né à Oran en 1936, Yves Mathieu-Saint Laurent adopte le goût du vêtement, de la mode et de l’esthétisme que lui transmet sa mère. Il part très jeune s’installer à Paris, à 18 ans, pour suivre des cours de dessin à la Chambre Syndicale de la Haute Couture. La même année, il remporte le premier prix « Robe » au concours du Secrétariat de la laine, auquel participe également Karl Lagerfeld. Le talent de Saint Laurent est vite remarqué, et Christian Dior l’engage comme assistant-modéliste en 1955. La carrière du créateur fait un bond fulgurant à la mort de Monsieur Dior en 1957 : à peine âgé de 21 ans, c’est Yves Saint Laurent qui est désigné comme héritier. Sa première collection pour la maison Dior, caractérisée par ses robes « Trapèze », connaît un fabuleux succès : Saint Laurent est désormais reconnu dans le monde de la mode.

En 1958, Yves Saint Laurent rencontre Pierre Bergé : ceux qui partageront leur vie ensemble décident, en 1961, de créer la maison de couture Yves Saint Laurent. Là encore, le succès est au rendez-vous, grâce à une véritable réinterprétation des codes de la mode : la jeunesse du couturier l’amène à briser les règles de la haute-couture sans souci de choquer. Après la ligne « Trapèze » qui rompt avec la tradition des femmes corsetées, ce sont les premiers smokings pour femme et les blouses transparentes qui déferlent en 1966, suivis ensuite des cabans, et de la fameuse saharienne.

En 1999, Yves Saint Laurent quitte son poste au sein de Yves Saint Laurent Rive Gauche, marque de prêt-à-porter créée en 1966 : Albert Elbaz pour les femmes et Hedi Slimane pour les hommes sont nommés à la direction artistique, mais sont rapidement remplacés par Tom Ford, que François Pinault impose lorsqu’il rachète la marque en 1999 pour le groupe Gucci. En 2002, Yves Saint Laurent fait ses adieux au monde de la haute-couture, et le dernier défilé rend hommage à ses 40 années de création. Tom Ford lui succède pour la haute-couture, remplacé en 2004 par Stefano Pilati : tous deux s’évertueront à conserver l’esprit de la maison avec des collections toujours modernes et audacieuses.

C’est aussi en 2002, six ans avant la mort d’Yves Saint Laurent d’une tumeur au cerveau, qu’est créée la Fondation Pierre Bergé – Yves Saint Laurent : passionnés depuis toujours pas l’art, Pierre et Yves s’engagent dans la gestion de la collection de la maison YSL depuis ses débuts (soit 5’000 vêtements et 15’000 autres pièces) mais aussi dans le mécénat : de cette manière, ils ont soutenu de nombreux jeunes artistes au Palais de Tokyo, participé à la restauration des collections du Musée d’Art Moderne au Centre Pompidou, et été les mécènes d’exposition comme « Picasso Erotique » au Jeu de Paume ou « Charlotte Perriand » au Design Museum de Londres. La fondation soutient également les arts de la scène et de la musique.

Le couple est en effet fervent amateur d’art. Ces deux collectionneurs amassent pendant près de 40 ans des pièces extraordinaires, que Pierre Bergé met aux enchères en 2009 avec la maison Christie’s sous la nef du Grand Palais, après la mort de son compagnon. Plus de 700 objets d’art et de mobilier d’une valeur exceptionnelle, avoisinant les 340 millions d’euros. On trouvait notamment des sculptures égyptiennes, des statuettes de la Renaissance, des objets d’art premier, des meubles Art Déco, mais aussi des tableaux de Picasso, Matisse, Ingres, Warhol, Mondrian, Léger…

Depuis sa jeunesse, Saint Laurent entretient un profond rapport avec le monde de l’art. De ses multiples collaborations, on peut citer la création de nombreux costumes et décors pour le théâtre, la danse et le cinéma. Il aime également le dessin : en plus des gravures de mode, il illustre Madame Bovary en 1950 et se met à la bande dessinée en 1955 pour publier La Vilaine Lulu, en 1967. Mais le créateur est aussi un acteur du monde de l’art, et servi de modèle à de nombreux peintres et photographes, comme Irving Penn, Bernard Buffet, Horst, Warhol, qui réalisèrent son portrait. De nombreuses rétrospectives lui furent consacrées, du Metropolitan Museum of Art de New York en 1983, où il est le premier artiste vivant exposé, au Grand Palais à Paris en 2010, en passant par la Chine, la Russie, ou encore le Japon. En 2001, son statut d’artiste est désormais incontestable lorsqu’il reçoit le prix Rosa d’Oro, consacrant un artiste ayant contribué à la beauté, l’art, la culture, le savoir.

Sa passion pour l’art, Saint Laurent n’a eu de cesse de la retranscrire dans ses robes. Il s’inspire des artistes qu’il admire pour réinterpréter leurs œuvres à sa manière. L’art et la haute-couture ont en effet de nombreux points communs, comme l’explique Pierre Bergé : « des tensions entre les lignes et les surfaces, des aimantations entre la couleur et la lumière, des enchaînements entre la pose et le mouvement […] Le goût et l’acuité visuelle trouvent dans certains gestes, tels que peindre et coudre, la même expérimentation de la ligne, une même justesse dans le maniement des contrastes entre les matières et les volumes. »

Ainsi, la collection « Hommage à Mondrian » de 1965 éblouit le monde entier, et ce n’est là que le début du dialogue. Yves Saint Laurent crée par la suite une collection « Pop Art » en 1966 et des robes inspirées de Matisse, il reprend les Iris et les Tournesols de Van Gogh. En 1988, les oiseaux de Braque prennent leur envol sur des décolletés, et les guitares de Picasso s’éveillent à travers les découpes du tissu. L’art africain l’inspire aussi, et l’on retrouve une collection « Bambara » en 1967 de robes africaines époustouflantes. Plus largement, Saint Laurent peut aussi broder sur ses créations des vers ou des titres d’ouvrage d’Aragon, Apollinaire ou Cocteau, insufflant de la poésie à la haute-couture.

Celui qui fut pour la femme son « peintre de la vie moderne » comme le dit Pierre Bergé, a aussi été un artiste à part entière, laissant ses traces sur les toiles de ses robes.

Macha Paquis

A découvrir sur Artistik Rezo :
Un homme idéal – En dvd et blu-ray, écrit par Jordan Tissot
– – Allez-y de notre part : Un homme idéal, écrit par Lucile Bellan

[Visuel : Travail personnel de Reginald Gray, 1974. Domaine public]

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