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Zdey : « Mon art c’est une énergie, pas vraiment un concept imposé »

14 juillet 2017
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Black White - 2

 

Zdey

www.zdey.fr
Instagram – Zdey

Exposition “No Signal” – Galerie Artistik Rezo, du 23 février au 23 mars

Derrière le malicieux personnage de Zdey et ses vortex colorés se cache un jeune et talentueux artiste français avide de découvertes et de nouveautés. On a voulu en savoir un peu plus sur ses inspirations et ses projets.

Zdey, c’est ton identité artistique mais c’est aussi ton nom et ta signature. D’où vient-il ?

Zdey, c’est l’évolution de Sodey, mon ancien “blaze” dans le graffiti.
J’ai vécu deux ans en Inde, à Bombay. À cette époque je menais un peu une double vie : je travaillais dans un bureau pour une grosse boîte et j’allais peindre la nuit dans les rues. Je construisais des modèles financiers assez complexes devant deux écrans toute la journée, mais dès que je pouvais je dessinais des Zdey partout. Il est né sur mon bureau en Inde, en fait ! J’ai fini par démissionner parce que je me sentais complètement déconnecté de l’humain dans mon travail. Je me suis demandé ce que je voulais vraiment faire dans la vie, c’était aller peindre des murs, tout simplement.

ZDEY X LALCHIMISTE - St Germain en Laye 2016 2

Tu as commencé par le graffiti avant de peindre des Zdey dans la rue c’est ça ?

Alors oui, je fais du tag depuis que j’ai 14 ans. Mon blaze c’est donc Zdey aujourd’hui et je fais du graffiti avec mon crew S1TR (un groupe de 15 personnes, fusion de S1+TR depuis 2007). Le graffiti est très différent du street art. Quand on pratique le graffiti, on ne va pas dans la rue en tant qu’artistes, on va dans la rue pour peindre, c’est tout. Le graffiti c’est littéralement juste de la peinture sur des murs avec l’idée de répandre son nom et son crew dans le plus d’endroits possible. Un egotrip en somme mais dans une sorte de jeux vidéo en temps réel..

Le street art c’est une démarche, le graffiti c’est une passion, c’est gratuit. Personnellement le graffiti c’est un trip que je partage avec mes potes, mais on a tous nos raisons et notre propre définition du graffiti. Et Zdey, c’est un personnage, il veut signifier quelque chose, il a vocation a toucher un public au delà du monde des tagueurs. C’est pour cette raison que je l’ai créé.

Zdey, c’est en quelque sorte ton avatar artistique ?

À l’origine je l’ai pensé comme mon alter ego dans la rue. C’était une manière de laisser une signature plus visuelle, de faire passer des messages. Et puis j’ai commencé à le fragmenter pour le recomposer sous d’autres formes, comme mon travail sur toiles. Il est aussi ma signature.

Zdey - Miami Wynwood 2016

Zdey me fait penser à un personnage de BD.

De dessin animé plutôt. Quand j’étais petit j’ai beaucoup regardé Cartoon Network. Dexter, les Super Nana… et plus tard Adventure Time et Samuraï Jack. Toute cette esthétique, ce trait noir et épais qui leur est très particulier. Ma ligne pure et nette vient clairement de là. Je puise mon inspiration de tout ce qui est dessin animé 2D et aussi Zorro pour l’identité de mon personnage. D’ailleurs, j’ai gardé le Z de Zorro collé à mon blaze Sodey, c’est comme ça que je suis arrivé à « Zdey ».

On te reconnaît bien sûr avec Zdey mais aussi grâce à ces visuels de « vortex » réalisés par une succession de lignes de scotch et de couches de peintures dont tu as le secret.

Ça m’est venu il y a à peu près un an au salon Vivatech où je faisais une performance live. J’avais mis du scotch autour de mon dessin juste pour l’encadrer. J’ai commencé une première version de couches totalement noir et blanc, et l’après-midi j’ai voulu changer : j’ai ajouté des couleurs. Ça a créé un effet d’ombres assez inattendu et puis en continuant encore et encore je suis arrivé à cet effet d’optique et j’étais assez content ! Et maintenant j’ai un partenariat avec 3M, ça aide ! ! Et c’est aussi pour ça que le travail d’atelier et de recherche est essentiel ; la rue et l’atelier se nourrissent mutuellement et se répondent. Aujourd’hui, l’univers optique et ses lignes font évoluer et voyager mon petit Zdey.

Zdey - Station F 2

Tu es très sollicité ces derniers temps. La Station F (inaugurée le 1er juillet 2017) où tu as décoré l’Anticafé, et les cages téléphones. Le Pop Up du Label, le Batofar, une fresque à Aubervilliers…

Je suis un peu hyperactif, je ne supporte pas de ne rien faire du coup ça me convient bien et je suis super content d’être appelé pour ces beaux projets. Après c’est vrai que ça s’enchaîne, mais il y a encore plein de choses à faire… J’aime bien prendre les choses à contre-courant. Si on me dit « viens peindre un mur », je réponds « pourquoi pas le sol ? ».

D’ailleurs j’avais laissé Zdey de côté un petit moment mais là j’y reviens avec une nouvelle intention. J’ai peut-être un projet en chemin qui ne le rendrait plus si figé… mystère, mystère !

Le 13e et toi, c’est toute une histoire !

Oui, en particulier ce boulevard Vincent Auriol ! C’est par la force des choses, des rencontres, des opportunités qui se sont présentées… Mais c’est super, c’est un chouette quartier qui bouge bien niveau street art. Après, j’aimerais bien avoir un mur qui reste… qui sait !

Zdey X PARIS 13 - Aérien- 2016

Oui, ça nous a fait un pincement au cœur de voir l’école du 13e détruite…

Et moi donc ! Je travaillais avec des mineurs isolés (des jeunes placés sous la protection de l’enfance de Paris) du foyer Comité Parisien dans le 14e. On faisait des ateliers de groupes, je les aidais à faire des toiles. L’idée c’était d’utiliser le graffiti et le street art comme medium d’épanouissement et d’expression. L’école du 13e était désaffectée et allait être détruite.La fondation Paris Habitat, la Semapa et la mairie du 13e nous ont donné carte blanche pour l’investir tout l’été 2016. Au début j’ai voulu leur faire faire leurs propres dessins mais le temps passait et on n’avait rien de concret. Du coup je leur ai proposé un de mes dessins, modulable, et je les ai accompagnés pour le réaliser d’après ma démarche et ma technique. C’était en soi un bel hommage de la repeindre et un beau moyen de partager les valeurs de notre pays avec les jeunes ; c’est une institution de la République que l’on a peinte dans ses couleurs.

C’était un super projet mais titanesque : j’y ai passé près de 400 heures… Le truc c’est qu’une fois que j’ai compris que je pouvais aussi peindre le sol, les vitres… c’était fini, on m’avait perdu ! J’étais accroché en rappel et je me baladais sur les toits avec mes extincteurs remplis de peinture… une super expérience. L’idée c’était vraiment de faire un jouet au milieu de la ville d’où ces couleurs acidulées.

Zdey X PARIS 13 - Cours - 2016

Est-ce que tu as un dessin préparatoire quand tu arrives devant un mur ?

Pas toujours, ça dépend du projet. Quand je fais les vortex c’est assez instinctif. Par exemple pour l’Anticafé de la Station F j’avais juste en tête l’idée de repeindre entièrement du sol au plafond, quelque chose de très immersif. Le visuel final m’est venu en le réalisant. Ma démarche artistique est plutôt une énergie mise sur une toile ou sur un mur, pas vraiment un concept imposé.

En parlant de mur, un prochain en tête ?

J’ai candidaté à un appel à projets par Street Art Avenue et j’ai été retenu pour faire une fresque de 700 m2 ! Elle se trouve sous l’A86 à Aubervilliers. J’ai déjà peint les deux faces d’un pylône géant et il me reste maintenant 200m2 de sol à recouvrir. (voir photo)

En 2018 je continuerai mon tour d’Italie pour un partenariat, après Milan j’irai à Rome, Naples, Florence.. Un beau projet d’échange artistique m’amènera aussi à Bello Horizonte au Brésil et enfin au Népal pour un projet humanitaire. L’association Pimp My World réalise un tour du monde humanitaire financé par des mécénats d’entreprise. C’est un très beau projet qui me tient à cœur. Je vais rester deux mois sur place et peindre des écoles avec des bénévoles et les habitants. Ces écoles ont été détruites durant les tremblements de terre de 2015 et reconstruites dans l’urgence… elles sont malheureusement toutes grises et méritent donc bien un peu de couleurs pour égayer le quotidien des enfants! J’ai vraiment envie de laisser un peu la magie du moment donc je vais voir sur place et avec eux ce qu’on va faire.

Toits de St-Jeannet France - 2017

Anna Maréchal

[Crédits Photos © DR – Zdey]

Suivez les aventures de Zdey sur >Instagram >zdey.com

 

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