
Sortie le 12 mai 2010
Ayant délaissée depuis un certain temps le grand écran pour s’occuper de nombreuses organisations caritatives, Claudia Cardinale revient enfin en haut de l’affiche dans Le Fil, premier film du jeune réalisateur tunisien Mehdi Ben Attia. Ce qui aurait dû être un retour en grâce n’est malheureusement qu’une grande déception dans ce long-métrage intéressant mais bancale, long, déjà-vu et aux dialogues bien pauvres.
Avec Le Fil, Mehdi Ben Attia a souhaité dénoncer à sa façon le problème de l’homosexualité dans son pays d’origine qu’est la Tunisie, où la religion et les principes moraux restent encore aujourd’hui de nombreux freins à la liberté d’expression et à la libre-pensée. Malgré cette démarche que l’on salue et admire, le cinéaste déçoit en nous plongeant dans une histoire sans fil conducteur et avec une direction d’acteurs navrante et aux dialogues sonnants particulièrement faux.
Trois sujets en un
Trois sujets se font face dans ce film franco-tunisien. Le premier, l’homosexualité, est le plus important aux yeux du cinéaste et se superpose à deux autres thèmes que sont la bourgeoisie tunisienne et la difficulté d’insertion dans son pays d’origine. Outre leur ressemblance et leur amour communs, Malik et Bilal ressentent tous deux une certaine solitude face à une société qui ne les comprend pas et dont ils cherchent les repères. Malik souhaite tant bien que mal se détacher de sa mère tandis que Bilal essaye de s’insérer dans la société en apprenant l’arabe et en vivant de petits boulots. En confrontant ces deux individus venant d’horizons différents, l’un d’origine aisée et l’autre modeste, Mehdi Ben Attia offre avant tout une réflexion sur la bourgeoisie contemporaine entre ouverture d’esprit et renfermement sur soi-même. Entrecoupé par des scènes invoquant le passé du père mourant, le cinéaste insiste sur la différence de pensée au sein d’une même famille entre un père aux idées trop arrêtées face à une mère, certes possessive, mais prête à briser les conventions comme elle a su le faire dans sa jeunesse.
Plusieurs maladresses
Même si l’on est porté par cette histoire, on reste consterné devant des dialogues bien pauvres et un jeux d’acteurs inexistants. Antonin Stahly, dont c’est le premier grand rôle au cinéma, est d’un plat absolu à l’intonation la plus basse et dont la démarche est elle aussi navrante. Face à lui, on préfèrera Salim Kechiouche dans un rôle qui lui convient (trop) parfaitement après ses prestations dans les films de Gael Morel. Face à eux, Claudia Cardinale interprète une mère attachante mais malheureusement sans grâce et aux traits exagérés. L’image est propre et la musique aux sons de ces pianos et violons stridents ressemble à une symphonie contemporaine par moment assommante et inadaptée tout comme certaines séquences.
Malgré un thème fort et un désir sincère de dénoncer les travers d’une société trop renfermée sur elle-même, Le Fil déçoit et ennuie en nous laissant une grande impression de déjà-vu. Pouvant faire échos aux œuvres d’Egoyan, Ozon ou encore de Fassbinder, Mehdi Ben Attia se laisse trop emporter par son sujet, au détriment de sa direction d’acteurs.
Le Fil
De Mehdi Ben Attia
Avec Claudia Cardinale, Antonin Stahly-Vishwanadan
Sortie le 12 mai 2010
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