Sortie le 16 mars 2011Audacieux, Cédric Klapisch tente le genre délicat de la comédie sociale pour stigmatiser le capitalisme financier, et ses dégâts collatéraux. Téméraire mais... par trop binaire : sa démonstration s'égare dans la caricature. Passant à côté, du coup, de son vrai sujet : le triomphe du virtuel sur le réel. Dommage !
Haro sur la mondialisation ! Cédric Klapisch, qui n'a jamais caché ni ses élans, ni ses engagements, s'attaque non sans courage, voire témérité, à un sujet d'actualité dans son nouvel ouvrage : le capitalisme financier et ses dégâts collatéraux, aujourd'hui en France. Son « courage » d'artiste étant - petite précision nécessaire - d'opter pour le genre très casse-gueule (en effet) de la comédie sociale...
Action et... déception : à trop vouloir stigmatiser le cynisme ambiant (mais comment ne pas lui donner raison ?), le cinéaste de Riens du tout et de L'auberge espagnole livre une œuvre bancale. Attachante, bien sûr : la gouaille de Karin Viard, même forcée par instants, irradie son personnage, une Cendrillon maman solo, ouvrière au chômage pour cause de délocalisation. Tandis que la finesse de Gilles Lellouche parvient à donner, malgré tout, un peu de complexité à un rôle pourtant mal bâti (et antipathique).
Le souci, c'est qu'à force d'emprunter un rythme très - trop - binaire (les pauvres/les riches, les gentils/les méchants, les travailleurs/les oisifs), même Cédric Klapisch, pourtant généreux en matière de démonstration, s'égare ! Et nous, donc... Ainsi son épilogue en forme de lynchage (du vilain trader) : au mieux embarrassant, puisqu'il donne à voir, tout à coup, une image obscure d'un collectif qu'il n'a pourtant cessé de louer auparavant, à grand renfort de saynettes sentencieuses (souvent) ou drôles (parfois)...
Pas facile d'investir le genre duel de la comédie sociale, décidément... Manque peut-être l'esprit libertaire, et farce, du tandem Delépine/Kervern (Louise Michel) pour alléger, sinon débrider, cette chronique en forme de conte (assumé comme tel, d'ailleurs). Un bon point, néanmoins : en dépit de ses faiblesses, Ma part de gâteau parvient à débusquer, mais pas assez, la véritable inégalité de ce début de siècle. A savoir le "triomphe" du virtuel sur le réel, en gros du faux sur le vrai. C'était même probablement cela, son vrai sujet.
Ariane Allard
Ma part du gâteau
De Cédric Klapisch
Avec Karin Viard, Gilles Lellouche, Audrey Lamy
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