
Sortie le 31 mars 2010
D’origine mexicaine, Michel Franco vient de réaliser un premier film coup de poing avec Daniel y Ana. Présenté au dernier festival de Cannes dans la section La Quinzaine des réalisateurs, le jeune cinéaste vient de rejoindre la Cinéfondation du Festival de Cannes où il écrit son deuxième long-métrage. Rencontre avec un cinéaste passionnant et passionné.
Comment vous est venue l’idée du film ?
Michel Franco : Le film est tiré d’une histoire vraie. Quand une psychologue me l’a racontée, j’ai tout de suite fait le rapprochement avec les idées que j’avais en tête pour faire un film : le manque de communication au sein d’une famille, la relation entre frère et sœur et les peurs et secrets que l’on garde en soi.
Avez-vous éprouvé du mal à écrire le scénario ?
Ce qui m’intéresse avant tout est l’étude psychologique des personnages, la façon dont ils agissent et se rencontrent mutuellement. Le film est un drame difficile. Je préfère donc davantage avoir un dialogue avec le public plutôt que de le torturer en le faisant pleurer. Je respecte les spectateurs. Ma réalisation permet à ceux-ci d’avoir un certain recul qui leur permet de réfléchir et d’analyser.

Pour plusieurs raisons : la première est qu’il s’agit tout simplement d’une sublime musique. La deuxième est que je ne souhaitais pas que le public soit torturé en voyant ce film. Il est assez fort comme cela. La présence de cette musique sert donc plutôt à « alléger » les moments difficiles. On peut l’entendre deux fois : au début, elle crée une ambiance plutôt festive en faisant écho à la préparation du mariage tandis qu’à la fin, elle crée une ambiance dramatique où vous vous transposez dans l’imaginaire de Daniel. Aucun compositeur n’aurait pu retranscrire une si belle musique.
Oui mais le fait d’avoir été si proche de mes assistants m’a beaucoup rassuré, qu’il s’agisse de mon directeur de la photo et de mes deux acteurs principaux. Quand vous devenez anxieux, il faut impérativement savoir d’où ce stress provient. Il est important que chacun d’entre nous ait le même film en tête. Nous parlions beaucoup du film ensemble sans forcément faire de répétitions. Je n’aime pas tellement cela. Je préfère le dialogue.
Le rôle de Daniel a été le plus difficile à trouver. Le personnage a 16 ans et il est difficile pour un jeune garçon d’être assez mature pour saisir un tel rôle. J’ai ainsi trouvé Dario Bernal au bout de deux mois et c’est sa première expérience cinématographique. L’ironie est qu’il m’a aidé à trouver le reste de la distribution. Il faut aussi dire que l’on a beaucoup travaillé son personnage en amont ainsi qu’avec Marimar Vega qui joue Ana et qui est davantage connue au Mexique.
Ils sont demi-frères en fait et du côté de leur mère. Mais cela n’a pas posé de problème au contraire. Étant donné que ses parents sont artistes (son père est photographe), je pense que cela lui permettait de ne pas trop paniquer et d’être professionnel.
Le plus important était de créer une symbiose entre nous. Il s’agissait d’un triangle de confiance. C’est la seule façon de faire ce film. Les personnages sont surtout introvertis et c’est cela qui devait transparaître à l’écran.
Oui et non. Tout le monde était bien entendu nerveux à l’idée de la filmer donc j’ai décidé de la faire lors du deuxième jour de tournage. Je l’avais ainsi « enlevée » de leur tête. Les scènes où les acteurs doivent montrer leurs sentiments étaient par exemple bien plus difficiles. Tout doit être parfait dans un film. Nous en avons tellement parlé avec les acteurs qu’au final, nous nous sommes fait suffisamment confiance pour la tourner.
Pourquoi avoir choisi une famille aisée pour parler de ce sujet ?
Il ne faut faire aucun commentaire sur la situation sociale de mes personnages. Mon film n’est pas un film sur la condition sociale. Ce qui m’intéressait était de montrer que même les gens qui ont de l’argent peuvent avoir des problèmes. Cet incident pourrait arriver à n’importe qui.
Je pense que chaque film a une part d’autobiographie car vous utilisez votre propre sensibilité pour faire un film. Je n’ai pas vécu personnellement ce traumatisme mais je peux saisir leurs passions et leurs peurs.
Le kidnapping de ce genre est-il un sujet tabou au Mexique ?
Oui. Il s’agit de quelque chose de si traumatisant que les gens préfèrent garder ces moments tragiques pour eux ou les oublier. Mais il n’y a pas qu’au Mexique que cela arrive. On peut voir ce genre d’enlèvement dans beaucoup d’autres pays à travers le monde. Je préfère voir ce film comme un message universel.
J’aime quand le cinéma nous fait réfléchir sur la psychologie des êtres humains. Sans être prétentieux, je suis un grand passionné de l’œuvre de Luis Bunuel puis d’autres réalisateurs comme Lars Von Trier, Michael Haneke, Gus Van Sant ou encore les frères Dardenne. J’aime leur façon d’analyser l’esprit et l’âme des individus.
Il s’agissait de la première projection donc j’étais assez terrifié. S’il y a bien un lieu où vous souhaitez montrer votre film pour la première fois, c’est bien au festival de Cannes. Et l’expérience fut fabuleuse. J’avais peur que les gens claquent la porte de la salle du cinéma mais au lieu de cela, le film a été très bien accueilli par la critique et longuement applaudi. Les gens ont été très respectueux. Cela va maintenant être intéressant de voir la réaction du public lors de sa sortie au Mexique et en France.
J’ai commencé par faire une école de communication, mais j’étais frustré de devoir attendre trois ans avant de pouvoir faire mon premier film donc je suis parti à New York pour une session de deux mois à la New York Film Academy. Ce ne fut cependant pas une bonne expérience. J’ai donc commencé directement par faire des courts-métrages en rentrant au Mexique puis j’ai écrit ce premier film. Je n’ai jamais vraiment voulu faire d’école de cinéma car je préfère la pratique à la théorie et je n’aime pas la pression que l’on nous met dans ce genre d’institution.
En effet. Mon prochain film évoquera de nouveau les problèmes de la difficulté du passage à l’être adulte pour un jeune adolescent. Il s’agira d’un drame autour d’un père et de son fils suite à la mort de sa mère.
Propos recueillis par Edouard Brane le 19 mars à la Cinéfondation du Festival de Cannes
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