Sortie le 21 octobre 2009Tension palpable mais sourde, filmée à merveille par Michael Haneke. Le Ruban blanc, en noir et blanc, long (2h25), patient et efficace, se déroule en Allemagne, peu de temps avant la Première Guerre mondiale. Une affaire de mœurs énigmatique, jouée à la perfection par l’ensemble des acteurs.
Etoffe immaculée, gage d’innocence et de pureté, barrière contre « l’égoïsme, l’envie, l’impudicité, le mensonge et la paresse ». Le ruban blanc, noué dans les cheveux ou au bras des enfants, symbolise la stricte éducation inculquée par le pasteur d’un village du nord de l’Allemagne protestante. Si, dans la Symphonie pastorale d’André Gide, l’homme de foi guide une jeune fille aveugle, celui de Michael Haneke semble accompagner la cécité naïve de ses paroissiens égarés. Car depuis l’accident du médecin, leur bourgade, administrée par un baron, succombe à d’étranges incidents, parfois mortels. De l’aveu même de l’instituteur, narrateur a posteriori, bien des mystères persistent à l’heure du récit.
Le réalisateur compose une ambiance fascinante, extraite davantage du tissu social que du décor. A l’instar d’une construction balzacienne, les caractères des personnages et leurs relations au sein de la société soutiennent l’intrigue. Les parcimonieux plans de paysages s’avèrent éblouissants voire impénétrables ; d’abord à cause des blonds épis de blés puis du blanc manteau neigeux. Ces surfaces muettes, réverbères naturels, refusent l’empreinte de la comédie humaine. L’environnement paraît vaste, vide, presque lointain. Au contraire, la caméra s’attarde précisément sur l’étude des mœurs. Cette édification, lente et minutieuse, provoque une tension latente, persistante tout au long du scénario. L’atmosphère angoissante, suffocante, accouche alors parfois de sursauts visuels.
Performance à suspens
Après le succès du film La pianiste (Grand Prix du Jury à Cannes en 2001), qui a couronné Isabelle Huppert (Prix d’Interprétation Féminine) et Benoît Magimel (Prix d’Interprétation Masculine), Michael Haneke se voit décerner la Palme d’or 2009 pour Le Ruban blanc. Le dernier Festival de Cannes, présidé par la même Isabelle Huppert, consacre ainsi le réalisateur autrichien qui devrait retrouver son actrice fétiche en 2010 pour un projet de long-métrage tourné en France, marquant également le retour sur les écrans de Jean-Louis Trintignant.
En attendant, certes Le Ruban blanc pèse par sa pellicule de 2h25 et son apparence austère. Toutefois, cette endurance relève de la performance à suspens, tant les mœurs sulfureuses de ces villageois entretiennent l’ambiguïté de l’histoire. Les acteurs font jeu égal dans l’excellence et assurent la crédibilité de leur situation sociale. La ribambelle d’enfants est de son côté époustouflante d’aplomb. Enfin, indispensable par sa candeur et sa bonhomie enfantine, le couple de la nurse et de l’instituteur – et narrateur – admet une étincelle vitale au cœur de la sombre fable.
Film marathon, le Ruban blanc parvient à rythmer son scénario de rebondissements déstabilisants. Point de morale dans le script de Michael Haneke mais un constat : le ruban blanc, au fil des années, se défraîchit de sa virginité morale.
Cyril Masurel
Le Ruban blanc, de Michael Haneke
Palme d’or du Festival de Cannes 2009
Sortie en salle le 21 octobre 2009
Avec : Christian Friedel (professeur), Ernst Jacobi (narrateur), Leonie Benesch (Eva), Ulrich Tukur (baron), Ursina Lardi (baronne), Burghart Klaußner (pasteur), Steffi Kühnert (femme du pasteur), Leonard Proxauf (Martin), Maria-Victoria Dragus (Klara), Levin Henning (Adolf), Josef Bierbichler (régisseur), Rainer Bock (médecin), Susanne Lothar (sage-femme), Roxane Duran (Anna), Miljan Chatelain (Rudolf), Eddy Grahl (Karli)
www.lerubanblanc.com
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