
Après s’être essayé à la comédie, Féo Aladag entame avec L’Etrangère une brillante carrière de réalisatrice. Loin de ce que certains appellent la sensibilité féminine, elle signe sans chichis un témoignage fort, juste et réaliste de la situation des femmes turques en Allemagne. Sans propos féministe, elle nous offre une histoire dure et prenante sur l’art de survivre et de serrer les dents destinée aux jeunes femmes d’aujourd’hui, étouffées sous un carcan religieux et familial… ou pas.
Abusée par un mari violent, Umay décide de quitter Istambul avec son jeune fils pour rejoindre sa famille en Allemagne. Mais les retrouvailles ne sont pas simples et la communauté turque installée sur place impose sa loi. La jeune femme est alors livrée à elle-même. Commence alors une bataille de tous les instants, pour une vie plus sereine et le respect et la reconnaissance des siens.
L’étrangère c’est d’abord une performance de comédienne exceptionnelle. Sibel Kekilli, découverte chez Fatih Akim autre cinéaste de la culture turque en Allemagne, brille par sa retenue, son regard volontaire et fort et ce sentiment qu’elle crée chez le spectateur que malgré sa finesse elle est indestructible. Piétinée, souillée, Umay est un personnage de fiction au parcours dramatique mais aussi le témoignage silencieux de centaines de femmes d’aujourd’hui, tiraillées entre conservatorisme religieux et réalité contemporaine. C’est aussi l’histoire de l’immigration dans un pays à l’identité forte et l’obligation de centrer sa communauté autour de valeurs communes pour préserver chaque membre.
Umay, qui cherche à préserver son intégrité et celle de son fils avant de penser aux convenances et à aux traditions se heurte à un mur qui nous ébranle. Et les larmes qui coulent pour cette femme pendant ou à l’issue de la projection sont plus liées à l’horreur et la violence de sa situation qu’à un quelconque et inutile effet mélodramatique.
Épuré et sublime, éprouvant et touchant, L’étrangère est de ces films qui touchent au cœur et y laissent les marques de l’injustice quotidienne et voisine.
Lucile Bellan
1 nomination au Festival MK2 Close Up 2011 :
- Prix du meilleur 1er film étranger
L’Etrangère
Un film de Feo Aladag
Avec Sibel Kekilli, Settar Tanriogen, Derya Alabora
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