En salles le 24 Février
Un film de Tony Gatlif
Pendant la seconde guerre mondiale, une troupe de gitans arrive dans une petite ville de campagne pour la saison des vendanges, et se fait accueillir par le vétérinaire du village qui se lie d’amitié avec eux. Il prend sous son aile une pièce fraichement rapportée, un enfant rencontré par les gitans dans la forêt. Très lié avec l’institutrice, vraisemblablement impliquée dans la résistance, ils vont tous deux tenter de protéger cette joyeuse communauté de la menace nazie, et lier leur vie et leurs caractères le temps d’une saison, notamment par l’intermédiaire du personnage de Taloche, un homme vibrant, un instrument à lui tout seul, capable d’interpréter, avec ou sans son violon, les mélodies les plus poignantes, de joie, de tristesse, ou de désespoir.
Pas de passion amoureuse dévastatrice dans ce nouveau film de Tony Gatlif, si ce n’est celle d’un homme pour la nature et la liberté. C’est d’ailleurs la réussite d’un travail qu’on aurait pu considérer comme mal achevé : les personnages français sont dépeints avec une certaine fadeur, et si ce film est riche de personnages et d’anecdotes, on peut lui reprocher de n’être pas abouti. Mais, comme toujours, Tony Gatlif possède ici une arme rigoureuse qui colore immédiatement des aspects un peu communs : la musique, et l’alliage de langages tous plus chantants les uns que les autres.
Avant tout on se trouve devant un film qui parvient à sonder l’âme tzigane avec un regard sensible et bienveillant. Il illustre comme on l’a rarement vu une âme libertaire, sans attaches, joyeuse et débonnaire, pour laquelle les valeurs vitales sont la liberté, la communauté et la nature.
Un parti pris intéressant
On ne lui reprochera pas de s’être attaché à ce thème peu exploité et souvent douloureusement tombé dans l’oubli : la déportation des tziganes, ce peuple qui, plus qu’aucun autre, ne peut souffrir l’enfermement ni l’éloignement des siens. Or l’approche consiste ici à montrer positivement le besoin de liberté d’un peuple, pour mieux nous faire
comprendre l’horreur de son enfermement. Nous montrer la joie vibrante d’une communauté, l’innocence et l’orgueil de sa condition, plutôt que les froids intervenants en la personne des SS et autres collabos. Le thème de la déportation est donc abordé négativement, et cette pudeur de l’inmontrable place le spectateur devant un film vrai et le laisse envisager les plus ignobles penchants de l’homme à travers des musiques langoureuses, des couleurs écarlates et des cris chantants de rires et de pleurs.
Un personnage central peu commun
La concentration de tous ces aspects dans un personnage admirable, comme on en voit peu au cinéma, sert de point de jonction à une trame un peu désordonnée. Taloche, enfant bohémien de trente ans, à la spontanéité désarmante, à la sensibilité exacerbée profondément poignante, est un diamant à l’état pur de poésie et d’innocence, qui concentre à lui seul l’émotion d’un film dont le rythme laisse parfois à désirer. Il semble porter en lui toutes les intuitions de la nature et personnifier un monde ; c’est peut-être lui, l’âme tzigane, brillamment interprétée par James Thiérrée.
Un film qui, malgré ses imperfections, parvient à séduire par sa musicalité et l’émotion portée par le personnage central.
Sophie Thirion.
Liberté
De Tony Gatlif
Avec James Thierree, Marc Lavoine, Marie-José Croze, Carlo Brandt, Rufus, Arben Bajraktaraj, Georges Babluani, Bojana Panic
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