Sortie le 17 février
Summum de la mise en abîme au cinéma, Tatarak regroupe à la fois un témoignage et une fiction autour du thème commun de la perte de l’être cher et du deuil. Un travail impeccable sur la lumière et les paysages polonais donnent au propos du film une force rare, entre instants de grâce et purs moment de poésie.
Tatarak s’ouvre sur une chambre vide et sur l’actrice Krystina Janda racontant la maladie et l’agonie de son mari, le chef opérateur Edward Klosinski. Cette épreuve pour elle, est liée au tournage de Tatarak, un film d’Andrzej Wajda sur un été d’après-guerre dans la campagne polonaise où Marta, la femme du médecin de la ville, rencontre Bogus. Ce jeune homme en pleine force de l’âge lui rappelle ses deux fils disparus et la tire peu à peu du deuil à la vie.
Il est troublant de plonger dès l’ouverture de Tatarak dans l’intimité la plus crue de l’actrice Krystina Janda, de partager avec elle, et le réalisateur, la souffrance encore vive de la disparition de son mari. Elle parle de photos qu’on ne verra jamais et de souvenirs douloureux qui, dans le contexte du film se désincarnent, prennent une consistance irréelle comme pour mieux nous rappeler la fine barrière entre réalité et fiction.
Dans ce contexte, le segment purement fictionnel, à la photographie sublime et à la composition des plans réussie, mêle dans l’esprit du spectateur, envolées dramatiques magnifiques autant que cauchemardesque. Car dans les yeux de Krystina Janda, confrontée devant la caméra, grimée mais mise à nue, une nouvelle fois à la maladie et à la mort on ne peut lire que la force de la détermination et du désespoir.
Contre toute attente, et sans jamais tomber dans le pathos malsain, le film trouve le temps de raconter une histoire et son histoire et réussit sans le vouloir un double portrait de femme aussi spectaculaire que touchant.
Lucile Bellan-Julé
Tatarak
Un film d'Andrzej Wajda
Avec Krystina Janda
Sortie le 17 février 2010
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