Samedi 12 février 2011
Salle Pleyel
John Eliot Gardiner dirigeait l'Orchestre National de France dans un programme éclectique à la salle Pleyel le 12 février.
Tout d'abord, il s'agissait d'oeuvres rarement jouées de Berlioz, qui semble être un des compositeurs de prédilection du chef d'orchestre britannique : nous sommes exactement en présence de cette musique romantique et révolutionnaire qui a fait sa réputation, les instruments d'époque en moins.
L'ouverture pour Le roi Lear, seule oeuvre exécutée ce soir ayant été jouée du vivant du compositeur, enchaîne deux mouvements, un andante puis un allegro. Référence littéraire de toute une vie créatrice, Shakespeare est ici vu de manière auguste et solennelle, mais aussi ombrageuse.
La cantate Cléopâtre, curiosité de la soirée, fut l'une de ces cantates avec laquelle Berlioz rata à plusieurs reprises le prix de Rome, pour finalement le remporter l'année suivante. Elle est d'ailleurs aujourd'hui la plus jouée de ces oeuvres de concours, depuis sa création par Colin Davis dans les années 1960. La soprano Anna Caterina Antonacci, très applaudie, y révèle ses talents dramatiques. La musique évoque à la fois le Beethoven de Coriolan, et surtout le Weber du Freichütz.
La marche funèbre pour la dernière scène d'Hamlet, troisième volet de la cantate Tristia, pour choeur et orchestre, appartient à la période de maturité du compositeur. On y entend pourtant toujours le musicien révolutionnaire (l'oeuvre a été achevée en septembre 1848) : Six tambours militaires en plus de quatre percussionnistes, et une "salve d'artillerie", c'est-à-dire un coup de feu, à la fin de la pièce.
En deuxième partie de programme, Pétrouchka de Stravinsky est à la fois très souvent jouée, et surprenante sous la baguette de Gardiner qui, semble-t-il, n'a pas l'habitude de ce répertoire, le nez plongé dans sa partition, des gestes parfois étonnamment ampoulés ou pompeux pour une musique nécessitant une grande précision rythmique. L'orchestre s'en sort toutefois admirablement, à l'exception de quelques réglages avec l'acoustique de cette salle qui favorise tant les fréquences graves - le piano est ainsi quasiment inaudible.
Marie Torrès
Berlioz et Stravinsky
Orchestre National de France
Sir John Eliot Gardiner : direction
Anna Caterina Antonacci, soprano
Choeur de Radio France
Matthias Brauer, chef de choeur
Samedi 12 février 2011
Réservation : 01 42 56 13 13
Salle Pleyel
252, rue du faubourg Saint-Honoré
Métro : Ternes
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