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Avignon 17, deuxième épisode : nos coups de coeur du In et du Off

15 juillet 2017
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Athènes Birgit photo principale copie copie copie copie

Sopro

De et mise en scène de Tiago Rodrigues

Jusqu’au 16 juillet puis Lisbonne, Tarbes, Toulouse, Théâtre de la Bastille Paris, Marseille La Criée

Durée : 1h45

Cloître des Carmes

Dans les ruines d’Athènes

De et mise en scène du Birgit Ensemble

Jusqu’au 15 juillet puis CDN Ivry, Alfortville, Châtillon, Aubusson, Nantes, Grenoble

Durée : 2h30 et 5 h les deux spectacles avec « Sarajevo Memories »

Gymnase Paul Giera

Juliette et les années 70

De Flore Lefebvre des Noëttes

Jusqu’au 29 juillet, relâches 17 et 24 juillet à 14h

Durée : 1h10

Théâtre des Halles

Le voyage de Dranreb Cholb

De Bernard Bloch

Jusqu’au 30 jullet à 20h50, relâche les 21 et 22 juillet

Durée : 1h30

Le Cabestan

Ma Comédie Française

de Jean-Marie Galey

Jusqu’au 30 juillet à 11h

Durée : 1h20

Petit Louvre, Salle Van Gogh

Athènes Birgit photo principale copie copie copie copie copieLe souffle magique de « Sopro » signé Tiago Rodrigues au Cloître des Carmes, le forum politique du tout jeune Birgit Ensemble « Dans les ruines d’Athènes », ainsi que nos premiers coups de coeur du Off : « Juliette » au Théâtre des Halles, « Le voyage de Dranreb Cholb » au Cabestan et « Ma Comédie Française » au Petit Louvre. Le In et le Off sont au coude à coude pour interroger le monde sous tous ses aspects. 


Sopro : superbe ode au théâtre

Sopro Christophe Raynaud De Lage copieLe Portugais Tiago Rodrigues nous avait enchantés avec « Antoine et Cléopâtre » présenté à Avignon en 2015 (voir itv sur Artistik Rezo) et poursuit, depuis, un riche partenariat au Théâtre de la Bastille. Avec cette nouvelle création, le directeur du Théâtre National de Lisbonne s’interroge sur la disparition des souffleurs dans les théâtres en suivant le parcours de vie de Christina Vidal qui y travaille depuis un quart de siècle. Métaphore du théâtre et de la fragilité des artistes, partenaire et complice absolue des comédiens lorsqu’ils ont un trou de mémoire, gardienne de tous les secrets et affres sentimentaux, de tous leurs accidents physiques, Cristina se tient donc une fois encore dans l’ombre, soutenant ceux qui sont sur le plateau, dans la lumière.

C’est son témoignage, ainsi que ceux de toute l’équipe des artistes et techniciens du théâtre, que l’auteur-metteur en scène a recueillis, avec une finesse et une délicatesse qui lui sont familières. Sur le plateau blond, désolé, désert de sable d’où jaillissent ça et là des herbes sauvages, très belle scénographie et lumières de Thomas Walgrave qui dessine un plateau nu dont les rideaux flottent au vent, Christina l’héroïne, tout de noir vêtue, la peu blanche de ceux qui vivent cachés, est celle qui souffle le texte à ceux qui prennent la lumière. C’est une femme à mi-temps de sa vie, armée de lunettes et d’une concentration imperturbable. L’idée formidable de Tiago Rodrigues est d’avoir respecté la place de Cristina, placée derrière les comédiens magnifiques, Isabel Abreu, Beatriz Brás, la danseuse Sofia Diaz et le danseur Vitor Roriz et le flamboyant acteur-metteur en scène João Pedro Vaz. Ce qui se joue ici, dans des somptueuses lumières et une véritable chorégraphie très fluide des corps, c’est l’essence même du théâtre, sa fragilité et la respiration bouleversante du texte. « Je me sens responsable de la souffrance des acteurs » confie Cristina, elle même incarnée par une toute jeune comédienne. Les Trois Soeurs de Tchékhov, Bérénice de Racine, l’Avare de Molière sont ainsi convoqués dans des scènes magistralement animées par l’ombre du souffleur, devenu le double de l’auteur et du metteur en scène pour des comédiens amnésiques, fantasques, ou en proie à un quotidien dramatique. Choral de voix et de corps totalement bouleversant, car rivés ensemble au même fil de l’art et de la vie. C’est magnifique d’intelligence, de simplicité et d’émotion. 


Dans les ruines d’Athènes : le coup de poing du Birgit Ensemble

Dans les ruines dAthènes copieC’est ce qui s’appelle « ruer dans les brancards ». Julie Bertin et Jade Huberlot sont les deux jeunes et talentueuses metteuses en scène du collectif Birgit Ensemble, créé en 2014. Le projet du collectif, pour ces têtes bien faites passées par le Conservatoire ou Normale Sup, est de décrypter le marasme de l’Europe aujourd’hui en passant par des formes théâtrales participatives qui convoquent le spectateur. Que s’est-il passé depuis la chute du Mur de Berlin ? Pourquoi Sarajevo est-elle en ruines dans une Europe supposée demeurer en paix, et pourquoi aujourd’hui la Grèce, mère patrie de nos démocraties, est aujourd’hui au bord de la faillite ? Les spectateurs, avertis de l’interaction de leurs téléphones portables, sont donc priés de les laisser allumés et connectés dès le début du spectacle alors que se déroule devant nos yeux une émission de télé-réalité, Parthénon Story. Flash de pubs et d’infos sur la situation aujourd’hui à Athènes, puis deux animateurs présentent le concours : une brochette de jeunes Grecs défilent, tous très endettés par leurs études, ou par l’hospitalisation de leurs parents.

Sélectionnés pour la lourdeur de leur dette, Oreste, Cassandre, Iphigénie, Antigone vont se battre pour gagner le remboursement de leur dettes par des travaux d’Hercule… sans garantie de pouvoir rester dans ce Parthénon de pacotille. Pendant ce temps et alors qu’ils sont filmés dans leur vie quotidienne, se déroulent, au niveau supérieur de la scène, les grands rendez-vous européens censés étudier la question grecque. Au fil d’un flash-back édifiant et très drôle, Sarkozy, Strauss-Kahn, Merckel, Junker, Papandréou,Tsipras, incarnés formidablement par de jeunes comédiens, vont échanger sur le sort de la Grèce en trois plans d’aide pour sauver le pays. Mais la Grèce doit essayer des plans de redressement drastique sans pour autant respirer mieux : elle est sous perfusion. Au niveau du peuple, les jeunes candidats s’asphyxient eux aussi, broyés par le faux espoir d’une machine télévisuelle à faire rêver, tandis qu’apparaît, en songe, cauchemar ou rêve, la Princesse Europe, voix d’antique vestale et maquillage effrayant, pour réveiller les peuples d’Europe de leur torpeur et renouer avec les fondamentaux de l’histoire.

Très bien joué, le spectacle qui met en parallèle le destin de la Grèce et le destin des citoyens se termine en forme de forum autour de la figure mythologique d’Europe ressuscitée dans un fantasme collectif ! Même si le flot d’informations qui nous parviennent, mêlant réalité historique et fiction, ne nous permettent pas de voter sur nos portables, le constat est sans appel et la proposition de jeu est joyeuse, riche et provocante. Tout reste à faire !


Juliette et les années 70 : liberté quand tu nous tiens

Juliette .Thierry Sainte Marie - copieAprès « La Mate », premier volet d’une auto-fiction théâtrale qui remporta un vif succès à Avignon l’an dernier, Flore Lefebvre des Noëttes nous présente le deuxième volet de sa saga familiale. « La Mate », c’est la mère, l’enfance. « Juliette », l’adolescente qui s’émancipe d’une famille nombreuse et d’une parentèle autoritaire, par le lycée, les amis, la politique et surtout le théâtre. La comédienne conserve sa verve tonitruante, son humour bravache et sa sensualité lyrique. Son nouvel opus est à son image : d’une bouleversante sincérité et d’un réel talent d’écrivain.

Sur le sol cotonneux d’un blanc de neige, Juliette est d’abord en blouse bleue, uniforme des écoles privées avant la mixité des années 60. Elle tombe la blouse pour endosser le bermuda militaire, idoine pour une antimilitariste. Juliette sort de l’enfance et va donc prendre toutes les libertés, épanouie dans son maillot une pièce, s’émancipant d’un père médecin militaire bi-polaire et d’une mère omniprésente. Les baisers du lycée, les petits copains et les manifs, les vacances à Saint-Michel-Chef-Chef et la chanson de Christophe sur le tourne-disque placé sur le tapis, sont comme des cailloux égrenés sur le chemin de la mémoire. Burlesque, caustique, mais aussi délibérément lyrique, romantique dans son amour des phrases qui cernent la sensation, comme Proust, la comédienne nous embarque avec passion et avec gouaille vers les rivages salutaires de sa jeunesse, les amours et les cours de théâtre, avec une malice et un bagout rafraichissants.


Le voyage de Dranreb Cholb : voyage à l’intérieur d’un coeur 

Le voyage.jpg Luc Maréchaux copieVoici un spectacle essentiel. Non pas parce que l’auteur du récit « Dix jours en terre ceinte »(ed.Magellan), adapté ici, est un Français juif, athée, taraudé par la question du conflit entre israélo-palestinien, décide de revenir 50 ans après sur la terre qui a accueilli les membres de sa famille entre les années 1930 et 1950, mais parce que son parcours ressemble à un voyage initiatique dont il a tiré un remarquable journal de bord, où se croisent les témoignages de Palestiniens, d’Arabes chrétiens, d’Israéliens de gauche et de droite, et de camarades venus faire le voyage avec lui pour des raisons aussi diverses qu’un retour aux racines bibliques ou un besoin de voir de plus près cette mosaïque culturelle, religieuse et politique que constitue Israël aujourd’hui. Bernard Bloch, acteur et auteur, nous invite sur la petite scène du Cabestan, dos tourné au public, le nez sur ses notes, à se révéler.

Son double, formidable Patrick Le Mauff, est un faux candide qui partage, avec Thomas Carpentier à la régie, les images et les mots de ce récit à l’intérieur des consciences. Les routes de Cisjordanie, le mur qui encercle les territoires occupés comme un puzzle, la traversée de villes comme Tulkarem, Naplouse, Béthléem, Hébron et le rayonnement de Jérusalem donnent à voir et saisir une réalité que la vérité des témoignages enregistrés, et incarnés à l’écran par des prestigieux comédiens, nous aident à comprendre. Pour autant, à l’inverse d’une loupe déformante qui tend à isoler une seule des parties en présence comme le font souvent les médias, ne donnant de cette situation qu’un seul aspect, un seul argument, l’auteur donne aussi la parole à des membres de sa famille, en Israël, pour entendre un point de vue qui ne correspond pas forcément à la doxa nationaliste du gouvernement. Tiraillé dans sa conscience et dans son coeur, entre ses origines « ashkénazes » d’Europe Centrale et ses révoltes de citoyen laïc, engagé pour une autonomie de la Palestine, Bernard Bloch nous ouvre son coeur et sa démonstration est limpide, puissante. Il faut l’entendre.


Ma Comédie Française : émouvant et coquin

GaleyC’est un rêve d’enfant qui se termine en cauchemar d’adulte. Ferdinand Quetsch, incarné par Jean-Marie Galey, a rêvé toute sa vie d’entrer dans le temple des temples du théâtre, la Comédie Française. Le voici donc, dégaine de Candide en goguette, sweat noir à capuche et baskets souples pour sa démarche féline, repéré par l’administrateur pour des rôles d’alerte quadragénaire, ce qu’il est dans la vie. Il faut savoir que dans l’illustre maison de Molière, la troupe se renouvelle selon les besoins, les emplois et l’âge des comédiens.

Ceux qui y entrent, les pensionnaires, en général pour deux ans (CDD) ont la possibilité de devenir ensuite sociétaires (CDI) avec l’assentiment du comité constitué de 6 sociétaires. Le voilà donc dans les Femmes Savantes, passant de l’amoureux Clitandre au pédant Trissotin, puis au raisonneur Ariste, frayant son chemin de croix dans les couloirs qui le surveillent comme un intrus chez les Soviets. Dom Miguel, l’administrateur général, Pantalon le sociétaire à « douze douzièmes », Monchéri l’intrigant, Monlogis le pensionnaire placardisé ou Emma des Rillettes, qui fait la pluie et le beau temps au comité, sont quelques uns des personnages à la Cyrano de Bergerac croqué par la plume alerte de l’auteur, interprète de son propre personnage. On l’aura compris, Jean-Marie Galey raconte ici, de manière chevaleresque, comme un Don Quichotte épris d’idéal artistique qui aurait encore raté sa cible, sa propre histoire, éphémère pensionnaire du Français et cible d’une rumeur peu amène. Dirigé subtilement par Teresa Ovidio dans l’adaptation d’une auto-fiction brillante et très drôle, le comédien virevolte entre les mots et les situations, instillant dans les situations les plus noires une tendresse ironique et profonde. 

Hélène Kuttner

A découvrir sur Artistik Rezo :
– Avignon 17 : nos coups de cœur du In et du Off

[Crédits Photos 1, 2 et 3 : © Christophe Raynaud De Lage / Photo 4 : © Thierr Sainte Marie / Photo 5 : © Luc Maréchaux / Photo 6 : © Teresa Ovidio ]

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