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Judith Chemla incarne son rêve de Traviata

24 septembre 2016
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traviata1cpascal victor

Traviata, vous méritez un avenir meilleur

D’après Giuseppe Verdi

Mise en scène de Benjamin Lazar, Florent Hubert et Judith Chemla

Avec Florent Baffi le médecin

Damien Bigourdan Alfredo Germont

Jérôme Billy Giorgio Germont

Renaud Charles flûte

Elise Chauvin Flora Bervoix et Anina

Judith Chemla Violetta Valéry

Axelle Ciofolo clarinette

Myrtille Hetzel violoncelle

Bruno Le Bris contrebasse

Gabriel Levasseur accordéon

Sébastien Llado trombone

Benjamin Locher cor / le baron Douphol

Marie Salvat violon

Du 6 au 30 septembre 2017

Mercredi 6, vendredi 8, mercredi 13, vendredi 15, lundi 18, mercredi 20, vendredi 22, mardi 26, jeudi 28 et samedi 30 septembre à 20h30

Tarifs : de 11 à 30 euros

Réservation par téléphone : 01 46 07 34 50

Durée : 2h05

Théâtre des Bouffes du Nord
37 bis, boulevard de la Chapelle
75010 Paris
M° La Chapelle

www.bouffesdunord.com

traviata1cpascal victor copieDu 6 au 30 septembre 2017

Elle en rêvait et réalise aujourd’hui son rêve. La Traviata, certainement le plus populaire des opéras de Verdi, est présentée aujourd’hui dans le magnifique écrin des Bouffes du Nord sous une version allégée, épurée, mais avec les plus beaux airs offerts en offrande au public tout proche. Une petite merveille qui sera suivie d’une grande tournée, concoctée par la comédienne et mise en scène par Benjamin Lazar avec des arrangements de Florent Hubert et Paul Escobar.

Une mise en abîme de personnages vertigineuse

Derrière le voile de tulle blanc qui enveloppe les corps et les visages comme de l’éther, les personnages se débattent, prisonniers de leurs mythes et de leurs rêves (scénographie d’Adeline Caron). Voici Violetta l’héroïne, Marguerite Gauthier dans le roman de Dumas fils La Dame aux Camélias, qui est en réalité Marie Duplessis, une courtisane morte en 1847 en plein carnaval. Une mort sombre derrière le rideau qui s’ouvre sur la fête, royaume des apparences heureuses qui dissimulent des vies sacrifiées. Justement, l’ambiance est au carnaval sombre, lunaire, un bal d’ombres et de lumières comme on en voit chez Mozart, masques énigmatiques d’où jaillissent des éclats d’histoire romantique, Germont l’amant malheureux, Flora l’amie tendre et Charles Baudelaire le mélancolique, l’écrivain Théophile Gauthier et le caricaturiste Daumier. 

traviata1cpascal gely-2 copie copieUn petit orchestre de huit musiciens

Chanteurs et musiciens se mêlent, composant un bouquet de personnages vivants et vibrants, sans la pompe solennelle qui accompagne souvent l’ouverture à l’opéra. Et il faut avouer que les arrangements jazzy tricotés avec malice par Florent Hubert et Paul Escobar avec les harmonies originelles sont sacrément réussies, sans aucune irrévérence. La violoniste Marie Salvat semble diriger ce petit monde de sa belle présence, flûte, clarinette, violoncelle, contrebasse, trombone, cor et accordéon pour faire l’orchestre ! La scène est jonchée de fleurs comme une des promesses d’une mort prochaine, et Judith-Violetta, diaphane dans son fourreau de soie vert, le regard fiévreux, halluciné d’amour, nous confie sa passion avec une force et un naturel époustouflant. 

traviata3cpascal victorUne femme libre

C’est une femme libre qu’incarne Judith Chemla, ex-pensionnaire de la Comédie Française et actrice de cinéma, dans cette Traviata très personnelle, qu’elle chante de manière absolument sidérante, avec un naturel et une pureté de timbre qui aura certainement nécessité des mois de travail acharné. Frêle et gracile comme une fée sur le grand plateau avec ses grands yeux d’enfant effarouché, la comédienne cantatrice, qui a suivi une double formation de théâtre et de musique, nous offre les plus beaux airs de cet opéra, qui sont loin d’être les plus faciles. Et comme pour ne pas se laisser embarquer par le bel canto ou l’émotion ravageuse, elle interrompt le chant en parlant, comme si l’on retrouvait une jeune femme du 21° siècle. Le procédé, surprenant au début, induit de la fantaisie et de la légèreté dans un propos tragique en rapprochant le personnage du public et en incarnant une femme d’aujourd’hui, malade et prisonnière de sa modeste condition. A ses côtés, Damien Bigourdan (Germont) se révèle formidable.
« Vous méritez un avenir meilleur » est le sous-titre du spectacle, on comprend pourquoi !

Hélène Kuttner

[ Crédit Photos : © Pascal Victor et Pascal Gely ]                                                                                        

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