bandeau-transparent


Au monde et Les marchands - Joël Pommerat - Odéon-Théâtre de l’EuropeJusqu’au 19 octobre 2013 

Créés respectivement en 2004 et en 2006, ces spectacles sont, ainsi le veut l’auteur, « réveillés » dans la salle de l’Odéon, se teintant grâce à de nouvelles approches d’une densité renforcée, l’une traitant de la famille, l’autre de la valeur travail. 


Au monde

Dans cette pièce élaborée telle une fable et qui fut le premier grand succès public de Joël Pommerat, la cellule familiale s’organise sous la figure du patriarche à la tête d’une entreprise d’armement, entouré de ses deux fils, ses trois filles, son beau-fils ainsi qu’une étrangère, domestique sensuelle et mystérieuse, dérangeante et captivante. Pour camper la maison et ses différentes pièces, les scénographes recourent à la suggestion en utilisant de hauts murs noirs, d’étroites fenêtres et de verticaux filets de lumières pour évoquer les différentes pièces de la maison. Des éléments sonores, oiseaux, bruits de voitures…, font entrer le monde extérieur dans cet espace oppressant, onirique, énigmatique. Tout commence par le retour d’Ori, le fils qui vient de quitter l’armée et qu’une maladie a frappé aux yeux, menaçant gravement sa vue. La question centrale est de savoir s’il acceptera de reprendre les rênes de l’entreprise familiale, alors qu’il s’interroge sur le sens même de sa vie et sur les directions déterminantes à propos desquelles il faut trancher. A ses côtés, frères et sœurs dont l’une est vedette de la télévision, se crispent, se rapprochent, se cherchent et s’évitent, et à partir de la banalité du quotidien tous emportent le spectateur dans une étrangeté fascinante, presque cinglante et en même temps subtilement attirante, comme si le monde intime se heurtait en un silence fracassant au vaste monde moderne.

Joël Pommerat, écrivain de plateau comme il le dit, a laissé la pièce Les trois sœurs de Tchékhov, doucement se couler en lui pour aboutir Au monde. On y retrouve les rêves, les fantasmes en suspension, la crainte de l’avenir et l’enlisement dans la nostalgie, mais ces données qui s’infiltrent dans l’univers familial sont ici transportées dans le matérialisme contemporain écrasé par l’enrichissement, le capitalisme, la consommation et toutes les violentes contradictions entre l’amoncellement des biens et la froide solitude d’un destin d’homme. Les déplacements des comédiens travaillés à l‘équerre, secs, réduits au minimum, les voix qui jaillissent brutalement ou s’immiscent dans l’atmosphère feutrée, les effets noir et blanc aiguisés par des éclairages géométriques, une atmosphère crue et minimaliste balayée par les éclats et les emballements des discours, tout vient à la perfection souligner le terrible rapport entre la société et une famille, rapport évoluant indistinctement tantôt sur la réalité, tantôt sur l’imagination. Le dédale mental induit par la composition du plateau rejoint avec Au monde l’extraordinaire marque de Pommerat, à savoir la capacité de générer une angoisse qui ouvre l’imaginaire du public, l’emportant sans limites sur le terrain d’un réel tissé de paradoxes d’où l’on revient bouleversé, remué et magnifiquement interrogé.


Les marchands

Comme toujours dans le travail du dramaturge Pommerat, de nombreuses improvisations ont permis d’aboutir à ces séquences entrecoupées de noirs, où les silhouettes des personnages muets, souvent à contrejour, évoluent sous la voix quasiment toujours en off, d’une narratrice. Ce dispositif d’une esthétique poétique fascinante s’articule entièrement autour d’une jeune femme qui a perdu son emploi et que sa plus proche amie, la narratrice, accompagne et observe. La voix qui plane constamment et finit comme par s’incruster dans les mouvements visuels, contient à la fois toute la vaste humanité de chacun et la terrifiante réduction mécanique, que l’idéologie du travail façonne lentement et inexorablement. La dizaine d’acteurs, dont le dénominateur commun est leur rapport à leur emploi, comme si cela seul donnait un sens à leur vie et les sauvait de l’angoisse du temps, atteignent sur le plateau presque nu une intensité prodigieuse par la minutie de leurs démarches et chacun de leurs gestes. En tragiques pantins de nos sociétés qui exaltent le travail, ils évoluent, sans que l’on connaisse jamais leurs noms, tantôt dans l’appartement de la chômeuse tantôt dans l’usine, qui elle seule porte un nom, Norscilor. Ce spectacle narratif et muet créé un vertige hallucinatoire, où s’entrelacent le réel et l’inconscient, mêlant le quotidien de l’homme moderne à ses dieux et démons toujours à l’œuvre, les fantômes et les figures d’un au-delà le confrontant à sa condition banale et tragique.

Emportés par les comédiens fidèles de la Compagnie Louis Brouillard, ces deux spectacles de Joël Pommerat, que le succès emmène tant à New York que dans toute l’Europe, suspendent le public à travers une dramaturgie singulière dont le rythme fragmenté touche à une magie froide et envoûtante de l’abstraction et de la violence du réel.

Isabelle Bournat


Au monde & Les marchands

De et par Joël Pommerat

Scénographes :
Au monde : Eric Soyer et Marguerite Bordat
Les marchands : Eric Soyer
Assistants à la mise en scène : Pierre-Yves Le Borgne, Luccia Trotta-Allwright

Avec Saadia Bentaïeb, Agnès Berthon, Lionel Codino, Angelo Dello Spedale, Roland Monot, Ruth Olaïzola, Marie Piemontese, David Sighicelli et Murielle Martinelli.

Jusqu’au 19 octobre
En alternance du mardi au vendredi à 20h, samedi et dimanche à 14h30

Tarifs : de 7 à 37 euros

Réservations par tél : 01.44.85.40.40

Durée : 1h50


Odéon -Théâtre de l’Europe
Place de l’Odéon- 75006 Paris
M° Odéon

www.theatre-odeon.eu
 

Agenda

Vernissages - Paris - Mai 2017

Vernissages - Paris - Mai 2017

Mai 2017

Au mois de mai , de nombreux lieux (galeries, musées, centres d'art...) organisent des vernissages accessibles à tous. De très belles découvertes en perspective !

Sorties ciné - Mai 2017

Sorties ciné - Mai 2017

Mai 2017

Quels sont les films qui sortent en Mai dans les salles obscures ? De nombreuses bonnes surprises sont à l'affiche ! Des films pour se faire plaisir, se...

 
Prev Next

« Miracles » au Palais des Glaces

« Miracles » au Palais des Glaces

Du 28 juillet au 2 septembre 2017 Entre poésie, prouesses technologiques, et éclats de rire, Moulla vous entraîne dans une plongée au coeur de l'histoire de la magie : de la...

« Fleur de Cactus » avec Catherine Frot au théâtre Antoine

« Fleur de Cactus » avec Catherine Frot au théâtre Antoine

Reprise du 16 mai au 1 juillet 2017 Triomphe – Reprise ! Fleur de Cactus, la pièce aux 6 nominations et 1 Molière pour Catherine Frot ! Mensonges, quiproquos et portes...

Monsieur Nounou au Théâtre Rive Gauche

Monsieur Nounou au Théâtre Rive Gauche

A partir du 20 mai 2017 Les Veauluisant, récemment parents, ont décidé de renvoyer Justine, la nourrice, à cause de la légèreté de ses mœurs. Madame Veauluisant charge son mari, un...

Le cirque invisible revient au théâtre du Rond Point

Le cirque invisible revient au théâtre du Rond Point

Du 21 juin au 9 juillet 2017 C’est le spectacle qui fait du bien au moral et qui rend heureux : Le Cirque Invisible s’invite au Théâtre du Rond-Point pour le...

« Mettez les voiles ! » au théâtre de l'Épée de Bois - Cartoucherie

« Mettez les voiles ! » au théâtre de l'Épée de Bois - Cartoucherie

Du 23 mai au 11 juin 2017 Dans ce troisième volet de la tétralogie RAKI, les rôles sont inversés : ce sont les hommes qui portent le voile et non les femmes.

« Ceux qui avaient choisi » au Théâtre de la Contrescarpe

« Ceux qui avaient choisi » au Théâtre de la Contrescarpe

Du 24 mai au 6 juin 2017 Charlotte Delbo, c'était l'élégance et la gouaille. Le champagne. Les amis. La solidarité. Sa pièce est l'histoire d'une femme qui perd tout dans la...

« Une vie » de Pascal Rambert avec Denis Podalydès - Comédie Française - Théâtre du Vieux-Colombier

« Une vie » de Pascal Rambert avec Denis Podalydès - Comédie Française - Théâtre du Vieux-Colombier

Du 24 mai au 2 juillet 2017 « Une vie » est écrite et réalisée spécialement pour six acteurs de la Troupe et un enfant, la pièce se déroule dans un...

« Série C », création franco-burkinabé - Kumulus

« Série C », création franco-burkinabé - Kumulus

Du 3 juin au 9 juillet 2017 Cette année, Kumulus est allé à la rencontre d’artistes burkinabè pour créer un spectacle sur le thème de la femme.

« Premier amour » de Samuel Beckett - théâtre Les Déchargeurs

« Premier amour » de Samuel Beckett - théâtre Les Déchargeurs

Du 13 juin au 5 juillet 2017 Ce qu'on appelle l'amour, c'est l'exil avec de temps en temps une carte postale du pays.

« L'ombre de Stella » au Théâtre du Rond Point

« L'ombre de Stella » au Théâtre du Rond Point

Du 16 mai au 11 juin 2017 Pierre Barillet, auteur de Fleur de Cactus et de L’Or et la Paille, aborde les rôles d’une star sous l’Occupation, vue par sa...

« Boxe Boxe » - La Cie Käfig continue sa tournée au Théâtre du Rond Point

« Boxe Boxe » - La Cie Käfig continue sa tournée au Théâtre du Rond Point

Du 23 mai au 18 juin 2017 Après plus de 200 représentations autour du monde, Mourad Merzouki et sa Cie Käfig seront au Théâtre du Rond Point pour un spectacle...

« Série C » en tournée - Compagnie Kumulus

« Série C » en tournée - Compagnie Kumulus

Du 3 juin au 9 juillet 2017 La compagnie Kumulus est allée à la rencontre d’artistes burkinabè pour créer un spectacle sur le thème de la femme. Cette création est...

Rencontre avec Sabine Huynh - Théâtre Les Déchargeurs

Rencontre avec Sabine Huynh - Théâtre Les Déchargeurs

Le samedi 20 mai à 17h Sabine Huynh, poétesse et globe trotteuse vient nous raconter son parcours. Cette rencontre le 20 mai sera animée par Adeline Baldacchino et ponctuée de temps de...

Le journal d'une femme de chambre - Théâtre Les Déchargeurs

Le journal d'une femme de chambre - Théâtre Les Déchargeurs

Du 18 mai 2017 au 28 juillet 2017 Est-ce vraiment de ma faute ce qui m'arrive ? Peut être !

Cendrillon au Théâtre de la Porte Saint-Martin

Cendrillon au Théâtre de la Porte Saint-Martin

Du 25 mai au 6 août 2017Entre marâtre et marraine, une très jeune fille cherche sa voie… L’une et l’autre marquent la place de celle qui manque si cruellement :...