0 Shares 287 Views

Guerre et chagrin intimes en 1942

25 octobre 2017
287 Vues

Trois quarts d’heure avant l’armistice évoque avec émotion l’imbrication intime qui s’est parfois nouée entre les deux guerres mondiales. Que se passe-t-il quand des individus déjà meurtris personnellement en 14-18 se retrouvent face au même ennemi en 1940 ?

Robert est professeur d’histoire. En 1942, il enseigne à ses élèves la Première Guerre mondiale et il ne peut s’empêcher d’adopter un vocabulaire, un ton et des comparaisons virulents au risque de s’attirer des ennuis avec le directeur de son lycée, qui lui-même craint les représailles de l’occupant. Quand Robert rentre à la maison, il retrouve son épouse Suzanne ; celle-ci travaille pour un imprésario et doit accepter de sortir aux côtés d’officiers allemands dans le cadre de son métier. Tous deux souffrent de la guerre présente mais très vite le public comprend que, plus encore, ils souffrent de la guerre précédente et d’une douleur qu’elle leur a infligée : la perte de Michel, leur unique fils de 18 ans, mort juste avant l’armistice par la folie des chefs militaires. Brisé, le couple ne parvient pas à retrouver le fil de leur amour qui subsiste mais ne peut plus s’exprimer, rendu intolérable par le chagrin.

Philippe Bertin, l’auteur de la pièce, touche une réalité que beaucoup de Français et d’Allemands ont eue à vivre. Ceux qui se battaient durant la Deuxième Guerre mondiale étaient en effet non seulement mus par le présent mais également par des traces familiales laissées par le conflit précédent et qui mettaient face à face les mêmes protagonistes. Au-delà des enjeux de l’histoire des pays concernés, ce sont des blessures personnelles qui ont été ravivées. Pour les uns, la mort d’un père, d’un frère, d’un fiancé ou d’un fils venait aiguiser la douleur ou la soif de vengeance alors que les mêmes s’affrontaient par l’intermédiaire de la nouvelle génération. Rarement cette question est abordée et cette pièce pose la thématique avec une humanité simple, directe, tout en sensibilité, au sein d’un couple modeste.

La pièce se déroule par une alternance de séquences entre la salle de classe où exerce Robert et la cuisine de l’appartement où Suzanne et lui dînent chaque soir. À eux deux, ils donnent à sentir l’extérieur et le monde qui les entoure, que ce soient des élèves, des voisins, des amis, des contacts professionnels ou des officiers allemands. Avec un léger dispositif scénique, un tableau et une table, ils parviennent astucieusement à passer d’un lieu à l’autre. Leur interprétation est délicate, émouvante, frémissante de sous-entendus qui contiennent leur peine, et le public est touché.

Émilie Darlier-Bournat

[Photos © Laurent Schneegans]

Articles liés

Festival des Photaumnales aux couleurs de la Caraïbe
Art
52 vues
Art
52 vues

Festival des Photaumnales aux couleurs de la Caraïbe

Pour sa 14e édition, le Festival des Photaumnales de Beauvais ouvre ses portes jusqu’au 31 décembre 2017. À partir d’archives et de collections privées, des photographes contemporains mettent en avant les territoires de la Martinique et de la Guadeloupe. Avec leur regard attentionné, les 36 photographes invités nous plongent d’emblée dans diverses époques et milieux. Issus […]

Sulki et Sulku nouveaux héros de Jean Michel Ribes
Spectacle
66 vues
Spectacle
66 vues

Sulki et Sulku nouveaux héros de Jean Michel Ribes

Echappés de « Musée Haut, Musée Bas » où ils figuraient en tant qu’oeuvres d’art, Sulki et Sulku sont les nouveaux héros de Jean-Michel Ribes incarnés par de jeunes comédiens épatants, Roman Cottard et Damien Zanoly. Des Bouvard et Pécuchet coincés dans une installation muséale contemporaine high tech qui n’arrêtent pas de jaqueter comme des coqs mondains. […]

Jeanne – Théâtre du petit Saint-Martin
Agenda
40 vues
Agenda
40 vues

Jeanne – Théâtre du petit Saint-Martin

C’est pas parce qu’elle est vieille et seule qu’on doit lui sourire bêtement. Entre comédie et drame, la pièce décrit le fossé parfois profond entre les solitudes et les politiques sociales plus électoralistes que sincères. Jeanne est une fonctionnaire à la retraite. Demoiselle, elle vit seule dans son appartement parisien en haut d’une tour. Son […]