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« Only the sound remains » : une création de rêve au Palais Garnier

Hélène Kuttner 25 janvier 2018
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© Elisa Haberer-Opera de Paris

Le metteur en scène Peter Sellars poursuit son compagnonnage avec la  compositrice finlandaise Kaija Saariaho pour la création française de deux nô japonais réunis dans un spectacle avec le contre-ténor Philippe Jaroussky. Dans cette captivante création, l’opéra fait appel à l’électronique et les voix des chanteurs, célestes, évoquent des rencontres en marge du réel, zen et merveilleusement oniriques. Une expérience qui vaut le détour.

Un spectre et un ange

© Elisa Haberer-Opera de Paris

Comment figurer l’indicible ? Comment représenter les fantômes et les spectres, dans un univers d’une poésie totale sculptée par les mots rares et précieux des poèmes japonais du 16° siècle, petits colliers de perles dont chaque signification est une leçon de vie ? Le metteur en scène Peter Sellars, en féru de bouddhisme et de spiritualité, a choisi la sobriété d’un plateau dénudé, simplement habité par une immense toile somptueuse, noire lacérée de griffures sombres comme des cicatrices, signée de l’Américano-éthiopienne Julie Mehretu, qui filtre les belles lumières, froides ou chaudes selon la lune ou le soleil, de James Ingalls. Dans le premier poème, «Toujours fort », raconte le retour d’un fantôme, celui d’un guerrier valeureux, attiré par la musique jouée au luth par un prêtre. C’est ce même luth, cadeau de l’Empereur, qui a appelé l’esprit du guerrier.

Le manteau de l’ange

© Elisa Haberer-Opera de Paris

Dans le second poème « Le manteau de plumes », un pêcheur refuse de rendre à un ange son enveloppe de plumes, celle là-même qui lui permet de s’envoler. Alors que le pêcheur fait le malin et le fier, doutant de la récompense d’une danse céleste, un esprit lunaire lui susurre : « Le doute est une chose des mortels : chez nous il n’y a pas de mensonge » Dans la traduction du grand poète anglais Ezra Pound, le livret, surtout dans la deuxième partie, délivre une poésie aux images envoûtantes, qui fait se heurter dans un tango japonais le matériel des hommes et le spirituel des anges. Grand et athlétique, le baryton-basse Davóne Tines déploie son timbre puissant et chaud, présence irradiante dans un corps de danseur. Son double, spectre ou ange, le contre-ténor Philippe Jaroussky, pour la première fois sur la scène de l’Opéra de Paris, nous envoûte par la clarté et la subtilité de sa voix, sonorisée par un ordinateur pour des effets de « cloche » par Kaija Saariaho et par son incarnation sensuelle et tendre.

La grâce de l’ombre et de la danse

© Elisa Haberer-Opera de Paris

La danseuse Nora Kimball-Mentzos incarne cet ange gracile comme une libellule s’étourdissant au sol. Mais ce qui se passe sur scène n’est pas moins intéressant que ce qui se joue dans la fosse éclairée. Un Kantele, instrument à cordes pincées de Finlande, une flûte et des percussions originales, telluriques ou cristallines, joués par trois remarquables  instrumentistes finlandais, aux côtés du quatuor à cordes Meta4 et du quatuor vocal «Theater of Voices » constituent cette formation réduite mais si intime. La musique, elle, tissant sa toile avec des instruments traditionnels et acoustiques, séduit par ses clartés, son rythme langoureux ou tonique et ses empreintes à la voix humaine. Ce qui est très beau dans ce spectacle en forme d’oratorio, c’est l’adéquation entre la sobriété, le mystère poétique des poèmes, la fluidité tonale et atonale de la musique et la grâce de cette mise en espace qui se frotte simplement au rêve. Superbe et déroutant.

Hélène Kuttner

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