
Jusqu'au 13 novembre 2010
Théâtre Le Ranelagh
© Florence Barnaud
Le cinéma a beaucoup emprunté à Shakespeare. C'est aujourd'hui à Shakespeare de reprendre les codes d'Hollywood dans une adaptation Far West de Beaucoup de bruit pour rien – une riche trouvaille pour mettre en valeur les fulgurances à la fois comiques et tragiques de ce petit bijou.
Le Marchand de Venise pendant la Second guerre mondiale, Jules César dans le désert irakien, Roméo et Juliette dans les rues de New York... Moderniser les classiques, Shakespeare, est chose commune, si bien que l'on finit par se demander si les metteurs en scène ne se sentent pas obligés de sacrifier à cette mode, quitte à parfois laisser le spectateur perplexe face à l'adaptation. Ainsi, Beaucoup de buit pour rien au Far West apparaissait comme bien peu évident. Vincent Caire et Gaël Colin ont pourtant relevé le pari avec brio et pertinence.
Le thème militaire de la pièce – les personnages masculins sont des officiers – permet à cette adaptation d'utiliser un des codes majeurs du western, la guerre de Sécession. Naturellement, le traître devient un Confédéré face aux officiers yankees. Mais ce qui fonctionne le mieux, c'est la trivialité salace, les allusions crues et les épisodes de fête, si propres à Shakespeare et qui, transposés dans une ambiance Far West,
acquièrent un nouvel aspect sans pour autant dénaturer l'esprit de la pièce. On chique, on jure, on pisse avec délectation, le tout saupoudré de références à Sergio Leone et à John Wayne dans une atmosphère à la fois explosive et bon enfant.
Si l'aspect comique de cette pièce est particulièrement réussi, ses zones d'ombre tragiques sont également mises en valeur, notamment la répudiation de Héro par Claudio, déchirante. Avec ses boucles et son visage candide, Vincent Caire incarne avec justesse le jeune officier enthousiaste et naïf, tandis que Gaël Colin trouve la mesure entre le caractère spirituel de Bénédick et son côté presque niais lorsqu'il s'agit de parler d'amour. L'ensemble de la troupe fait un travail remarquable et maîtrisé, tout en laissant s'installer un grain de folie propre à séduire le public.
Beaucoup de bruit pour rien au Far West était un pari risqué, mais payant : cette adaptation s'installe comme une évidence. Et dans la folie de ce folklore ouest américain, les thèmes majeurs de la pièce, en particulier la lâcheté des hommes face à leurs compagnes et la pression sociale sur les femmes, sont loin d'être oubliés. Bravo à Vincent Caire et Gaël Colin pour cette mise en scène. Beaucoup de bruit, certes, mais certainement pas pour rien dans cette heure et demi où le public se régale !
Audrey Chaix
enjoy the theatre
Beaucoup de bruit pour rien
De William Shakespeare
Adaptation et mise en scène : Vincent Caire et Gaël Colin
Avec Auguste Bruneau, Vincent Caire, Damien Coden, Gaël Colin, Cédric Miele, Mathilde Puget, Alexandre Tourneur et Tiphaine Vaur.
Jusqu'au 13 novembre 2010
Du mercredi au samedi à 19h, le dimanche à 15h
Réservations au 01 42 88 64 44 et sur le site du théâtre
Tarifs : de 10 à 32 €
Théâtre Le Ranelagh
5 rue des Vignes
75016 Paris
Métro La Muette, Passy
RER C Boulainvilliers / Kennedy radio France

Le Ranelagh - 300 places
5, rue des Vignes 75016 Paris
M° Muette (ligne 9 et RER C), Passy (ligne 6)
Réservations : 01 42 88 64 44
Administration : 01 42 88 64 84 - Fax : 01 42 30 81 19
Mail : Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.
Directrice : Catherine Develay
Attaché(e)s de Presse : Alain Ichou, Marie-Jo Picot-Mourgues
L'historique du théâtre
En 1755, Alexandre Jean Joseph Le Riche de La Pouplinière, fermier général sous le règne de Louis XV, fait construire dans son domaine de Boulainvilliers un théâtre à l'extrémité de l'allée de son château.
Mécène éclairé, il rassemble autour de lui tout un cénacle d'artistes et d’intellectuels parmi lesquels figurent de grands noms tels que Voltaire, Quentin de La Tour, Van Loo, Stamitz, Rameau... La Révolution laissa intact le château et le parc de Passy, mais en 1815, les jardins de la propriété furent particulièrement dévastés par les Anglais selon les sources requises dans le Dictionnaire historique, topographique et militaire de 1838. M. Cabal, notaire revendit le domaine en 1826 à des spéculateurs qui tracèrent à la place du domaine un nouveau quartier appelé Boulainvilliers. De ce terrain fragmenté en parcelles, Louis Mors, célèbre constructeur automobile acquiert une large partie sur laquelle il fit construire en 1894 un théâtre à l’emplacement du salon de musique de la Pouplinière. Ce passionné de musique favorisa l’émergence des esthétiques musicales du début du 19e et du 20e siècles en programmant des artistes comme Bizet, Terrasse, Wagner… L’inauguration de ce magnifique salon de musique en chêne sculpté de style néo-renaissance œuvre d’Alban Chambon, est inauguré le 25 avril 1900 par Camille Chevillard, ancien directeur de l’Orchestre Lamoureux avec un orchestre de 80 musiciens interprétant pour la première fois en France "l'Or du Rhin" de Wagner. En 1931, la salle transformée devient un cinéma d'art et d'essai, haut lieu cinématographique de la capitale fréquenté par des personnalités comme Gérard Philippe ou Marcel Carné. Puis, le théâtre s’est diversifié et chaque direction a favorisé d’autres projets, mêlant tantôt des programmations musicales, tantôt des programmations éclectiques mêlant théâtre, musique et cirque.
Aujourd’hui une page se tourne. Une nouvelle équipe se met en place avec la même exigence de qualité et de plaisir. Que vous soyez professionnels ou spectateurs venez découvrir cette salle fabuleuse à l’acoustique exceptionnelle.
http://www.theatre-ranelagh.com/