Festival de Théâtre
Tandis que l’Occident a sa tête toute entière immergée dans la réalité d’une crise économique qui le déshydrate. Tandis que c’est à son tour, d’être piqué au vif par les faiblesses et les inconséquences du monde, l’édition du 63ème Festival d’Avignon se profile comme une évocation expiatoire de la barbarie la plus inintelligible.
Le choix de l’artiste associé de ce 63ème festival d’Avignon réjouit, car il témoigne tout autant de la volonté d’une édition favorable à la réhabilitation d’une dramaturgie de la narration et des origines, qu’à l’affirmation d’un fort désir d’ouverture. Wajdi Mouawad. Ce nom, désormais régulièrement scandé en tout point de l’hexagone, a tout d’abord été plébiscité en Rhône-Alpes où l’auteur et metteur en scène a pu déployer son art en une dizaine d’année, appuyé des scènes nationales de l’Hexagone Meylan et de l’Espace Malraux de Chambéry. Son œuvre torrent, plus identitaire que politique, plante ses racines dans une horreur qu’il faut aller regarder totalement, pour déceler derrière elle des restants d’humanité mais surtout pour y rencontrer la nécessaire vérité. Vincent Baudriller et Hortense Archambault inscrivent leur programmation, depuis cette association première, en cohérence avec leur idée que « l’homme a besoin de raconter des histoires car elles lui confèrent son humanité, lui permettent d’appréhender le monde et de combattre la tentative d’amnésie ».
Depuis Wajdi Mouawad jusqu’à Amos Gitaï, et ce sans exclure des artistes tels Jan Fabre ou Jan Lauwers qui sont d’insolents catalyseurs des dérives occidentales, les deux jeunes directeurs ont choisi d’ouvrir leur programmation au monde entier. Un festival 2009 métissé donc. Mais agité encore et surtout, du désir cathartique d’appuyer pour soulager. Pour appuyer, on considère ces « charniers », comme les appelle Wajdi Mouawad, ces points sombres de l’humain et de la société qui sonnent comme autant de prises idéales à la narration d’une humanité non résignée.
Le Sang des promesses : Avignon l’écoule en intégrale !
Wajdi Mouawad avait annoncé son désir de parvenir à un quatuor alors que Littoral le révélait en 1997. Le quatrième et dernier volet de son ouvrage pluriel, Ciels, vient tout juste d’être achevé et sera présenté pour la toute première fois en Avignon cet été. Si Le Sang des promesses constitue une tétralogie qui prend valeur d’entité, le potentiel de divisibilité de cette œuvre la rend plus accessible. En effet, chacune de ses pièces prise isolément, s’apparente déjà à une épopée majeure.
On attend plus que de découvrir Ciels au Parc des Expositions de Chateaublanc, d’autant que l’on nous laisse présupposer d’une création forte de renverser les acquis des précédentes… Toujours est-il que Le Sang des promesses a suffisamment coulé pour nous assurer des délicieux bénéfices de son aspect cathartique, et qu’il est dur de ne pas devenir liquide devant l’une ou l’autre de ses parties. Reste à croire ou non à la nécessité d’un regard porté sur le « couteau planté dans la gorge », à la vérité donc comme seule porte d’entrée vers une vie d’adulte dépossédée de ses souffrances d’enfant, ou d’antan.
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