
Festival - Arts de rue Du 15 au 18 juillet Annecy - 74
Avec ce festival d’arts de rue, Bonlieu Scène nationale relance les hostilités chaque été depuis maintenant treize ans, en invitant de nombreuses compagnies à prendre d’assaut la charmante ville d’Annecy, et ce pour la conquérir en poésie. Dans les dédales d’une bourgade alors envisagée comme un décor de théâtre, les promeneurs sont voués pour un temps de Noctibules, à rencontrer quelques 130 joyeux baladins, poètes, voltigeurs, danseurs, héros du cirque, musiciens...
Cette année, c’est à un retentissant lâcher de Fanfares paradant dans les rues de la vieille ville et jusqu’à son célèbre Paquier en bord de lac, qu’il revient de sonner le lancement des Noctibules. Si ce festival totalement gratuit promet pléthore d’artistes de qualité dont il est agréable de rencontrer les numéros au détour hasardeux d’une ruelle, il ne faudrait surtout pas manquer quelques rendez-vous pour le moins incontournables !
C’est aux Studios de Cirque de Marseille qu’il est donné de canaliser les têtes en l’air et d’en suspendre le souffle à coup de spectaculaire. Depuis un Paquier dont la renommé n’est plus à faire en Haute-savoie, entre les articulations d’un fascinant géant de métal appelé La Roue de la Mort, les acrobates de Pierrot Bidon s’envolent le 16 juillet pour un voyage aux frontières du réel et à la dérobée du temps. Du haut de leur nacelle, les téméraires donnent le ton d’un festival qui d’envolée en envolée, n’a de cesse de questionner un temps et une réalité qu’il semble falloir suspendre pour un retour à l’émotion vraie.
Le Passage flamboyant de la Compagnie La Salamandre est comme l’immanquable du vendredi 17 juillet. La température d’une ville toute entière devrait grimper au fil d’une parade enflammée, d’une parade en trois actes et un épilogue en proie à une incandescence aussi euphorique que douloureuse. Menés par cette Salamandre, nous voilà oscillant entre espérances et désespérances, dans cette quête au caractère cyclique d’un bonheur toujours remis en question par la recherche de l’autre, et de soi avec ou sans cet autre. La flamme ici, agit semblable à miroir dans lequel le reflet du soleil d’Icare ; un soleil moteur, sublime, et néanmoins impitoyablement brûlant. Si le départ prévu Place Sainte-Claire devrait être des plus accrocheurs, un époustouflant final prendra corps sur la Place Saint-François. Les publics vont pouvoir se consumer d’émotions contraires devant cette explosion de feux follets porteurs de sens, et s’extasier encore devant un canal du Thiou rendu étincelant.

Quant aux danseurs de la Compagnie Strange Fruit, ils ont décidé de nous immerger par leur Absolute Pearl présenté le 18 juillet, dans une évanescence déroutante d’être réelle. C’est en se dessinant flottant et aériens sur le parvis de l’hôtel de ville, que ces artistes là devraient parvenir à nous chanter en gestes millimétrés, la berceuse de leurs étreintes enchanteresses. De la tendresse, des drames, et de la passion ; des couleurs vives mais parfois délavées parce que confondues dans une certaine nébulosité crépusculaire ; et une danse qui parvient toute en souplesse et légèreté, dans une réalité ressentie comme un rêve, dans un « décor-ciel » au vide apaisant. La performance se pose en croisade décidée à nous rappeler aux beautés sensuelles du rêve et des émotions qu’il procure. Le résultat est savoureux, éminemment poétique.
Et puis, pour cette dernière soirée de festival : la Réflexion de façade pensée et interprétée par une Compagnie Retouramont qui prend à cœur de s’étendre dans une dimension architecturale. Le Palais de l’Isle est donc curieusement investi de danseurs acrobates qui mettent l’apesanteur au défi. Le ballet parvient où l’on ne l’attend pas, suspendu entre les eaux du Thiou et la façade endormie des vieilles prisons, métamorphosant l’espace d’un quotidien et son architecture oubliée en un terrain de jeux magique, et des plus propices au déploiement du geste artiste.
Une édition 2009 qui s’annonce émouvantes et chargée de puissantes fragrances d’idéal. On attend donc Les Noctibules en carnaval onirique, fête poétique dont on n’apprécie qu’elle nous interpelle tous et toutes, munie de son lot généreux de douceurs, de mirages artistes à déguster de tous nos sens…
Christine Sanchez
avec Les Studios de Cirque de Marseille, Strange Fruit, La Salamandre, la Compagnie Retouramont, la Compagnie Carabosse...
du 15 au 18 juillet 2009
à Annecy, en Haute-Savoie