Jusqu’au 21 février 2010
Théâtre classique
© Cosimo Mirco Magliocca
L’Avare ! Cette nouvelle saison de la Comédie française s’ouvre sur un avare intrinsèquement lié à son histoire. Signée de sa doyenne Catherine Hiegel, cette mise en scène-ci de L’Avare n’a pas fini de nous rappeler où et par qui jouir et rire au mieux de l’œuvre de Molière.
Créé sur la scène du Théâtre du Palais-Royal en 1668, l’Avare n’a depuis lors jamais cessé de retentir en joies et en couleurs des tréteaux jusqu’aux estrades des écoles françaises. L’Avare appartient donc à tous, et c’est pourquoi l’on applaudit la version vivante et généreuse que nous en donne Catherine Hiegel. Avec elle, on sent bien que le spectateur est cet acteur essentiel qui doit répondre en rires aux apartés d’Harpagon, de ses victimes et de ses bourreaux.
Et puis l’Avare, c’est ce personnage cruel d’avarice mais c’est aussi ce pauvre vieux, bourru et pitoyable… Bien des mises en scènes de la farce ont donc atténué son comique moliéresque en donnant la primeur à un pathétique exalté. Ici, il faut bien que la prima donna de la Comédie Française nous réjouisse en réussissant le tour nécessaire mais délicat de laisser place nette à un comique de la cruauté. Ainsi, si l’isolement du vieil Harpagon touche encore, le rire recouvre largement le pathos devant le génie d’un homme autocentré, préservé du jugement d’autrui par la poursuite teigneuse d’un bonheur autiste.
Point de pitié donc pour l’Harpagon vif, sec et fourbe dans le rôle duquel Denis Podalydès excelle une fois de plus. Dans un sombre costume qui lui donne l’allure d’un Picsou terrifiant, il s’agite malingre et domine en improbable tyran. Fort d’un agile jeu de maigres jambes et muni d’un bâton avec lequel il accable sournoisement un entourage toujours appréhendé menaçant, il nous fait rire franchement et de bout en bout par sa délicieuse manière de se mouvoir dans une cruauté assumée. Autour de lui, si l’ensemble de la troupe existe bel et bien et globalement sur un mode espiègle qui appuie sur son jeu, il est vrai que l’on regrette néanmoins les prestations un tantinet fades de Mariane, Cléante et Valère.
La pièce aboutit encore grâce au choix d’un décor à la fois traditionnel et épuré. Tout se passe en effet dans l’entresol d’un hôtel particulier, ce qui colle avec une époque mais aussi avec les incessants va-et-vient qui font les rebonds de l’intrigue. Quant à la volonté perceptible de faire montre de sobriété, elle se justifie par l’idée même de l’avarice, mais encore par la volonté de ne rien étouffer du génie d’un texte et de la fulgurance d’un jeu. Et c’est le rire au final, encore et toujours suscité, qui suffit à inscrire L’Avare dans une dimension à jamais atemporelle.
Catherine Hiegel et sa troupe nous donnent donc du Molière comme on l’aime : paroxystique, bondissant, cruel et infiniment drôle. Et l’assistance toute entière est emportée des premiers vers jusqu’à une acclamation finale sur laquelle elle ne lésine pas pour un Avare… Vivement jubilatoire !
Christine Sanchez
L’Avare de Molière
Mise en scène Catherine Hiegel
Avec Dominique Constanza, Christian Blanc, Denis Podalydès, Jérôme Pouly, Pierre-Louis Calixte, Serge Bagdassarian, Marie-Sophie Ferdane, Benjamin Jungers, Stéphane Varupenne, Suliane Brahim…
Jusqu’au 21 février 2010
Guichets ouverts du lundi au dimanche de 11 h à 18 h
location
0825 10 1680
Sur internet
Tarif: de 37 à 11 euros
Comédie Française - Salle Richelieu
Place Colette
Paris 1er - Métro Palais Royal Musée du Louvre / Pyramide
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