Aux Ateliers Berthier
Jusqu'au 6 février 2011
Prenant le « jeu » au sérieux, le metteur en scène a réussi son pari : dans ce quadrille pour quinquagénaires (re)jouant le tout pour le tout en virtuoses du verbe et du sentiment, une certaine élégance crépusculaire donne un relief inattendu à l’incomparable vivacité du chef-d’œuvre de Marivaux.
Quelques spectateurs se récrieront de la distribution d'acteurs d'âge mûr pour cette pièce de Marivaux et ils auront raison seulement les premières minutes... Sylvia paraît être la femme de son père qui n'est vraiment plus tout jeune… Comment envisager qu'elle ait besoin de son consentement pour se marier… ? De quel ordre sont donc ses craintes ? Pour quelles raisons est-elle encore fille à son âge ? On oublie très vite ces questions et ces enjeux grâce au texte, dit avec intelligence par d'excellents acteurs.
Le jeu subtil des comédiens, très bien dirigés par Michel Raskine, fait résonner un texte clair et insolent. Marief Guittier est sidérante de justesse et d'émotion. Avec ses airs de princesse en Lisette, incisive, efficace, elle crée un personnage bouleversé pris à son propre piège. Christine Brotons crée une Lisette juvénile et pétillante. Son imitation grotesque de sa maîtresse a conquis le public. L'habit ne fait pas le moine…. Son déhanché, sa démarche, ses postures, tout est finement donné. Elle tombe du canapé à la renverse de manière si comique… Stéphane Bernard a tout de l'Arlequin grivois, "beauf" à souhait et sympathique. Enfin Christian Drillaud campe un Dorante très humain et honnête avec lui-même.
Le metteur en scène rappelle sans arrêt que c'est du jeu grâce à ce décor qu'on déplace à vue et à un petit plateau central, sur lequel on vient jouer sa scène. Les personnages s'épient, font des apparitions furtives mais toujours sources de comique par les fenêtres ou dérrière les tableaux de maîtres gigantesques.
Il n'est jamais trop tard pour découvrir l'amour, s'amuser à se déguiser comme un enfant, même quand on a passé l'âge…
La dernière scène est un peu longue volontairement. Michel Raskine veut sans doute laisser entendre qu'après le mariage - même d'amour - il ne se passe plus grand chose… Le miracle du théâtre opère aisément grâce à la mise en scène, très moderne, qui met l'accent sur cette théâtralité.
Marie Torrès
Le Jeu de l'amour et du hasard
Marivaux
Mise en scène : Michel Raskine
Du 12 Janvier au 06 Février 2011
Réservations : 01 44 85 40 40.
Ateliers Berthier
Métro : Porte de Clichy
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