Théâtre classique
Théâtre du Vieux-Colombier
©Brigitte Enguerand
C’est au moyen d’une adaptation résolument piquante de la célèbre farce Les Précieuses Ridicules qu’il semble que Dan Jemmett ait choisi de nous rappeler à la modernité de la langue de Molière. Une langue qui amuse toujours en profondeur parce qu’elle oscille impertinente, entre vigueur acérée et frivolité poétique.
Se replonger dans la farce, celle qui nous venge du prétentieux moqueur, celle qui l’arrose complètement jusqu’à devenir jouissive…. C’est que les seigneurs La Grange et Du Croisy le mérite bien, d’être vengés de ces sottes mal maniérées de Cathos et Magdelon qui ont osé les éconduire… Seraient-ils passés de mode ? La mode, elles l’imaginent en réalité mais elles n’en connaissent pas les vrais ressors. Et lorsque les valets de ces prétendants bredouilles viennent leur jouer le tour de se travestir en aristocrates, elles y croient dur comme fer et elles y boivent, à la beauté de leurs sonnets dissonants. Le subterfuge révélé, les « vilaines » coquettes n’auront plus qu’à se cacher, et ce dixit leur oncle et père Gorgibus !
Cette mise en scène de Dan Jemmett propose un confondant mélange de modernité et de désuétude. A cour, des portants auxquels sont suspendus les costumes pop et seventies qui orneront les acteurs d’un ridicule clinquant, à l’image de leurs représentations parodiées. A jardin, une banquette blanche au design contemporain, continuée d’une jolie table de verre sur laquelle coupes et champagne entonnent le La des festivités à venir… Pour couronner le tout, un fond de scène qui souligne la mise en abîme du théâtre et permet aux personnages de jaillir de boîtes éclairées qui pourraient bien appartenir à un magicien. De ce mélange de styles, d’époques et d’artifices, on apprécie la volonté d’inscrire cette farce dans une atemporalité qui rend justice au discours porté.
Mais au-delà d’un décor déjà aguicheur, c’est à l’originalité de la distribution des rôles et à l’audace déployée par le jeu extrême des interprètes choisis, que l’on doit la réussite totale de cette adaptation scénique de Dan Jemmett! Si le recours à des femmes aussi âgées que Catherine Ferran et Catherine Hiegel pour incarner les précieuses n’est pas sans apporter au comique de la pièce, c’est à la totalité de ses acteurs que l’on a envie de tirer notre coup de chapeau. Tous jouent sans fausse pudeur et s’incarnent en un excès de concupiscence à savourer. Ensemble, ils parviennent à restaurer dans une bouffonnerie très à propos, les aspects les moins consensuels et les plus charnels de la dramaturgie moliéresque.
Excès d’une scénographie, lâcher prise de comédiens… Ce sont bien Les Précieuses Ridicules que Dan Jemmett nous offre de redécouvrir, et colorées avec ça ! Un délicieux moment de théâtre, où l’on rit de bon cœur…
Christine Sanchez
Une mise en scène signée Dan Jemmett
Avec Catherine Ferran, Catherine Hiegel, Andrzej Seweryn, Laurent Stocker, Pierre Vial et Florence Janas
Du 27 mai 2009 au 28 juin 2009
du mercredi au samedi à 20h, 16h les dimanches et 19h les mardis
location 01 44 39 87 00/01
Tarif : 28 euros.
Théâtre du Vieux-Colombier
21 rue du Vieux-Colombier
Paris 6e
bus lignes 39, 63, 68, 70, 83, 84, 86, 87, 95, 96
métro Saint-Sulpice (4),Sèvres-Babylone(10 et 12)
parkings place Saint-Sulpice, Sèvres-Babylone, Saint-Germain-des-Prés
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