
Jusqu’au 14 mars 2010
A la Folie Théâtre
L’œuvre célèbre de Marivaux, présentée pour la première fois en 1725, est reprise par la jeune Compagnie guépard échappée. Laquelle donne corps aux rôles, entre dérision et dénonciation des castes en société.
L’inversion des normes et des valeurs nourrit le texte de Marivaux. L’intrigue s’installe promptement, à la suite d’une tempête, lorsque quatre naufragés constatent qu’ils ont échoué sur l’île des esclaves – ce havre utopique fondé par des esclaves révoltés où les maîtres deviennent serviteurs et réciproquement. L’intérêt et la farce de la pièce tiennent évidemment dans la hiérarchie sociale des couples athéniens Iphicrate/Arlequin et Euphrosine/Cléanthis.
L’intervention surprenante et scéniquement ingénieuse de Trivelin, gouverneur de l’île, précipite soudain les rescapés vers une acculturation forcée. Echangeant statuts, noms et vêtements, les personnages font le jeu d’une malicieuse satyre de la condition humaine. A commencer par Arlequin (remarquablement interprété), figure du bouffon jouisseur qui se complaît immédiatement de sa nouvelle situation. Alors que la placide Euphrosine verse dans le tragique, d’un ridicule comique, face à cet abaissement insupportable.
Manège de la passion
Décor sobre mais efficace, ambiance sonore, coiffures et costumes idoines créditent l’atmosphère de cette fable sociétale. Les déplacements agités de cet équipage perturbé assurent le rythme effréné du spectacle. Pendant que Trivelin se charge de moraliser ses nouveaux sujets, reprochant aux élites « la barbarie de [leurs] cœurs » ; douce ironie pour ces êtres supérieurs, face à la sauvagerie de ceux qu’ils appellent « leurs gens ».
Avec L’île des esclaves, Marivaux n’oublie pas d’aborder les rapports amoureux. « Traitons l’Amour à la grande manière, puisque nous sommes devenus maîtres », s’exclame la soubrette Cléanthis. Mais le manège de la passion s’arrange selon ses propres codes et finit par donner des vertiges aux serviteurs affranchis.
La Compagnie guépard échappée s’accorde finement à cette comédie de Marivaux. La troupe parvient effectivement avec un plaisir manifeste à concilier le burlesque et la réflexion de cette pièce aux résonances humanistes et universelles.
Cyril Masurel
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L'île des esclaves
De Marivaux
Avec Elodie Albert, Euphrosine
Clément Vieu, Iphicrate
Aurélia Decker, Trivelin
Cédrick Spinassou , Arlequin
Laure Portier, assistante mise en scène
Vica Zagreba, metteur en scène , Cléanthis
Laurence Barres, costumière
Alice Gervaise, scénographe
La compagnie propose gratuitement aux collèges et lycées qui se déplaceraient voir leur spectacle, des interventions auprès des élèves dans leur classe afin de parler de la pièce et du métier de comédien.
Du 14 janvier au 14 mars 2010
Du jeudi au samedi à 20h30 et les dimanches à 16h30
Réservations: 01 43 55 14 80
Contact : Vica Zagreba
Email : guepard.echappee@gmail.com
http://guepard-echappee.com/
A la Folie Théâtre
6 rue de la Folie Méricourt
75011 Paris
Métro Saint-Ambroise, ligne 9
Bus 56
www.folietheatre.com
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