
Vivat d'Armentières
Cela commence comme la création du monde. Dans le noir, les comédiens grognent, s'orientent avec des lampes de poche, jusqu'à l'apogée finale, en parodie de la fresque de la chapelle Sixtine où Dieu donne, du bout du doigt, vie au premier homme. Une voix off pour conter, en anglais, ce big bang qui voit l'homme arriver sur terre... et la formidable épopée de l'évolution peut commencer...
Manah Depauw, jeune femme de théâtre belge, plonge alors son public dans un monde primitif, à la fois drôle et inquiétant, qui met mal à l'aise parce qu'il renvoie à l'homme l'animalité de ses instincts les plus profonds, les plus sombres, les plus bestiaux. Tour à tour nus, vêtus de peaux de bête, de feuilles, enfin de vêtements, les personnages de la pièce se violent, se frappent, se caressent et se pourchassent, alternant scènes cruement grotesques et surjouées et moments de poésie visuelle pure. Passant de l'émerveillement au dégoût, les spectateurs sont secoués dans tous les sens jusqu'à ne plus avoir aucune certitude sur ce qui va suivre.
Si Manah Depauw semble n'obéir à aucune règle et créer un spectacle anarchique, les influences qui ont traversé son processus de création sont toujours présentes, pour être mieux piétinées afin que surgisse toujours quelque chose d'inattendu. Traditions de carnaval et de spiritisme, alors que l'homme découvre ses dieux, coutumes folkloriques ancestrales traversées par des références à la culture populaire contemporaine alors qu'il passe à un état presque bestial à une attitude "beauf"... Manah Depauw jette un regard sans pitié sur l'évolution de l'humanité, jusqu'à ce que les uns jettent les autres en esclavage à coups de fouets.
Un moment de théâtre qui ignore toute convention pour jeter son public dans un univers où tout peut arriver. L'histoire de l'humanité, qui transforme le jardin d'Eden en aire d'autoroute souillée d'ordures, est dite en 75 minutes qui emmènent le spectateur là où il n'aurait jamais pensé imaginé. Ce spectacle laisse à la fois perplexe et songeur, définivement secoué...
Audrey Chaix
enjoy the theatre
Eden Central
De Manah Depauw
Avec Isbeth Gruwez, François De Jonge, Nicolas Delalieux, Jessica Batut et Blaise Ludik
Le jeudi 20 octobre à 21h30, puis en tournée
Prochaine date : samedi 19 novembre, à 21h au Budascoop de Courtrai (Belgique) dans le cadre du Festival Next
Vivat d'Armentières
Place Saint-Vaast
59280 Armentières
| La Vie - Le Cabaret Sauvage < Préc | Suivant > Grands Défilés - Le Vivat d'Armentières |
|---|











