
Jusqu'au 31 juillet 2010
Théâtre de la Madeleine
© Dunnara Meas
Un homme nu, vêtu d'un seul caleçon, allongé sur un lit. Derrière lui, une vaste fenêtre de lumière jaune, comme pour signifier l'aube d'une nouvelle journée. Le Solitaire, c'est cet homme, seul en scène, qui jouera, pendant une heure et demie, ces mots de Ionesco, issus du seul roman écrit par le dramaturge. Un texte qui oscille entre absurdité du quotidien et frayeur de l'inconnu, ici symbolisé par une guerre civile. Un texte incarné par un comédien exceptionnel.
Jean-Louis Martinelli a fait le choix d'une mise en scène très sobre pour accompagner ce texte singulier, ce qui donne toute sa place au comédien, incarnation parfaite des mots de Ionesco. A la fois tragique et drôle, le solitaire ne maîtrise ses mots que lorsqu'il s'accroche au quotidien, à la description de ses journées réglées comme du papier à musique. Il commence par parler de cet héritage d'un vague oncle en Amérique, de sa décision de s'arrêter de travailler pour se retirer encore plus du monde. Puis vient la guerre civile, dont on ne sait d'abord pas s'il la rêve ou si elle est bien réelle. Bien réel, cet événement conduit, bien malgré lui, le solitaire dans la rue, à la rencontre des insurgés – même si rien n'y fait, il finit toujours par se retrouver seul, repoussant tous ceux qui cherchent à se rapprocher de lui.
François Marthouret est magistral. De clin d'œils complices en regards amusés, il joue avec le texte comme un musicien lirait une partition, trouve la pause au bon moment, accélère le rythme quand il le faut. On lui reprochera peut-être un excès de grandiloquence épique lorsqu'il décrit les scènes de révolution. Mais sans que cela ne gâche en rien son jeu introspectif, qui semble si bien comprendre les hésitations, les contradictions du solitaire.
C'est d'ailleurs dans les moments les plus anodins, les plus quotidiens que le solitaire trouve toute sa dignité, sa dimension humaine qui touche à l'absurde. Heureux dans sa résignation, il fuit la foule, et ne retire aucune grandeur lorsqu'il se confronte au monde extérieur, juste un dégoût encore plus prononcé ; et ce n'est que pour marcher vers son cercueil qu'il s'habille enfin.
Une pièce sur le tragique du quotidien, qui pointe la difficulté d'être humain, servie par un comédien d'un talent immense. A voir à tête reposée, pour bien rester concentré sur les méandres de la pensée du solitaire, comme un flot de conscience qui ose avouer ses faiblesses et se réfugie dans la banalité du quotidien, pour mieux fuir la responsabilité d'être un homme.
Audrey Chaix
Le Solitaire
Texte de Eugène Ionesco
Avec François Marthouret
Mise en scène de Jean-Louis Martinelli
Jusqu'au 31 juillet 2010
Du mardi au samedi à 20h
Réservations : 01 42 65 07 09 ou 0 892 68 36 22 (0.34€ /min) ou sur le site du théâtre.
Tarif unique 20 €, 10 € pour les moins de 26 ans
Théâtre de la Madeleine
19 rue de Surène
75008 Paris
Métro Madeleine
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