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Los demonios au Vingtième Théâtre

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Jusqu'au 25 avril 2010

Vingtième Théâtre

 

Vieux démons et nouvelles technologies

 

L'Argentine entre 1976 et 1983, c’est la terreur de la dictature militaire avec son cortège d'opposants assassinés, ses plus de 30 000 disparus et ses enfants volés, dont les séquelles irréversibles, tel un sinistre héritage, ne cessent d'accabler l'existence de ceux qui ont survécu ou sont nés après. « Los demonios », on désignait ainsi les deux forces : la dictature et la guérilla, qui avaient pris l'Argentine en étau.

 

Dans le roman et la pièce de Valérie Boronad, au-delà de l’histoire de l’Argentine, il s'agit aussi des « démons qui nous hantent et forment indéfectiblement la nature de l'homme qui doit constamment décider d'y céder ou de les affronter. » La tragédie de l'Argentine devient pour Valérie Boronad une métaphore de tous les exils, de la perte, du deuil des siens, d'un pays, de son identité. Fille d'une famille déracinée, d'origine hispanique par son père, italienne par sa mère, ses grands parents ont émigré fuyant les dictatures fascistes, elle sait de quoi elle parle.


Dans Los demonios, Luis, dont la famille est menacée par la dictature militaire, embarque sa femme Ana et leur fils d'un mois et demi sur un bateau qui les emmènera en exil en France. Lui-même est forcé de s'engager dans la guérilla et aura pour mission d'abattre un général. Pris par les militaires, il sera confronté à la torture, au chantage, au choix : perdre sa famille ou la sauver en trahissant ses camarades. Son fils Samuel, surnommé par sa mère Tango, grandit en exil nourri de l'amour qui unissait ses parents et du mythe du père héroïque qu'il n'a jamais connu, dont il ignore tout. A la mort de sa mère, devenu écrivain, il revient dans l'hôtel de son enfance tenu par un Argentin, Augusto, qui les a accueillis à leur arrivée en France. Il va questionner son passé familial, réinventer son père absent et réécrire le roman de ses origines. Il tente de se retrouver parmi les fantômes du passé qui l'assaillent et le hantent.


Une écriture étonnante, poétique, captivante


Dans une écriture étonnante, poétique, captivante, Valérie Boronad trace la quête de Samuel. Sa quête de lui-même, de la vérité, qui passe par l'écriture et l'imaginaire. Un voyage parmi les ombres, où le réel, les découvertes troublantes heurtent l'image idéale, bousculent les notions du bien et du mal, du bourreau et de la victime, de l'héroïsme et du sacrifice. Un voyage qui nous précipite dans un univers trouble où l'être humain confronté à lui-même fait le choix d'un aller sans retour.


Pour mettre en scène cette partition théâtrale complexe, l'espace mental de l'écriture, reconstruction du passé, où les traces du réel, les souvenirs, l'imaginaire fusionnent, Philippe Boronad opte pour une dramaturgie plurielle, démultipliant les moyens narratifs dans une construction sonore, intégrant la vidéo et les effets olfactifs. Sur scène, il n'y a que deux grands panneaux mobiles au fond, une table, une chaise évoquant une chambre d'hôtel où Samuel, arrivé avec une valise, va tantôt écrire, tantôt lire : des lettres ? un journal intime ? Sur les panneaux sont projetés les titres des chapitres de son roman ou peut-être les étapes de sa quête, le visage de sa mère et des formes abstraites évoquant l'univers flou, trouble, que Samuel tente de déchiffrer.


Samuel (Philippe Boronad), Ana, sa mère morte (Moana Ferré), Augusto l'hôtelier (Luis Jaime-Cortez) et les voix des personnages fantomatiques, Luis le père, le chef des militaires, s'interpellent dans l'espace et le temps. Mais ce scénario sonore, à priori ingénieux, qui a pour but d'aspirer le spectateur dans l'univers intérieur de Samuel, fonctionne mal. Les voix sonorisées, déformées pour certains personnages, sont parfois inaudibles. Le tissage sonore d'échanges entre les personnages dans des espaces temps différents, difficile à suivre, brouille les pistes, ajoute de la confusion, de sorte qu'on peut lâcher prise. Bref la dramaturgie scénique sophistiquée s'avère inopérante.


Pourquoi faire simple si on peut faire compliqué ? Par chance le spectateur, largué par le spectacle, peut se reporter au roman de Valérie Boronad publié aux Editions Belfond.


Irène Sadowska Guillon



Los demonios

De Valérie Boronad
Mise en scène
de Philippe Boronad
Avec
Philippe Boronad, Moana Ferré et Luis Jaime-Cortez

 

 


Jusqu'au 25 avril 2010

Du mercredi au samedi à 19h00 et le dimanche à 15h00

Réservations : 01 43 66 01 13


Vingtième Théâtre
7, rue des Plâtrières
75020 Paris
Métro Ménilmontant ou Gambetta

www.vingtiemetheatre.com


Retrouvez cet article et une fine sélection de l'actualité culturelle sur www.kourandart.com

 

 
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Commentaires  

 
0 #1 25-03-2010 09:45
J'ai trouvé au contraire le spectacle très clair et d'une grande justesse. J'ai beaucoup aimé l'esthétique amenée par la vidéo et les voix enregistrées, venant en écho au jeu des comédiens sur scène. La quête identitaire du personnage, enfant et adulte est extrêmement touchante. Les passages où le père est pris dans les tourmentes de la dictature sont d'une très grande force et donnent des frissons. Le personnage du vieil argentin, joué par Luis Jaime-Cortez amène un rayon de soleil qui tire l'ensemble du spectacle vers une lueur d'espoir. La fin nous laisse d'ailleurs sur une forme de sérénité et d'apaisement, avec l'impression d'avoir parcouru en compagnie des personnages un long voyage à travers l'histoire. Je vous encourage vivement à aller voir ce spectacle qui ne pourra vous laisser de marbre !
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0 #2 25-03-2010 18:16
Un spectacle magnifique
Un voyage aux accents d'ailleurs. Le jeu de Luis est très naturel et poétique.
Une belle leçon de vie.
A voir
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