Jaffa – film de Keren Yedaya
Jaffa est un faubourg de Tel Aviv, le film se passe donc en Israël et non dans des lieux plus mouvementés tels que les « territoires occupés ». En choisissant cette ville, Keren Yedava a voulu montrer qu’un mur ne suffira pas à résoudre le problème. Arabes et Israéliens se côtoient partout, et partout la violence est présente, même si elle n’est parfois que latente.
L’histoire nous fait pénétrer dans le microcosme d’une affaire familiale isréalienne, celle Reuvon (Moni Moshonov) qui tient un garage avec sa fille Mali et son fils Meir, aidés de deux employés arabes, Toufik et son père Hassan. La famille de Reuven que Jaffa nous donne à voir a tout l’air d’être normale. Elle souffre pourtant d’un profond manque d’écoute, de l’omnipotence d’une mère sublimement incarnée par Ronit Elkabetz, aussi tyrannique que sensuelle, et de la dureté d’un père, dissimulée par la lâcheté dont il fait preuve à l’égard de sa femme. Même au sein de cette famille pourtant simple, la haine est là, palpable, criante même, dans la bouche de Meir, qui n’y survivra pas. Qui est responsable de sa mort ? Est-ce celui qui a porté le coup et dont on taira le nom ? N’est-ce pas plutôt la dureté des parents qui ont rendu possible la rencontre fatale? N’est-ce pas tout simplement une société toute entière qui, empêchant Mali et Toufik de s’aimer librement, a conduit, une chose entraînant une autre, à la mort de l’un des leurs ?
Jaffa est tout au long bercé par la musique de Shushan, qui donne au film une dimension particulière, comme une aura douce et chaude, mais d’une chaleur sèche, celle que l’on trouverait dans un désert. Cette musique fait entendre la sècheresse de certains cœurs, et le malheur de certains autres. L’image, quant à elle, est discrète. Par des petits plans fixes et toujours pris à distance, elle parvient à dévoiler un malaise, sans pour autant violer l’intimité des personnages. Elle nous montre enfin l’amour des jeunes amants, mais toujours au travers d’une semi-obscurité protectrice, comme pour préserver cette fragile étincelle d’éspoir qui surgit, faible et vacillante, dans un monde déchiré.
Jaffa, c’est donc un reflet du drame d’Israél. Un reflet porté à l’écran à travers le prisme d’êtres simples, pris malgré eux dans la tourmente d’une histoire qui les dépasse.
Chloé Goudenhooft
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Jaffa
Titre original : Kalat Hayam
Réalisé par Keren Yedaya
Avec Dana Ivgy, Mahmud Shalaby et Ronit Elkabetz
Durée : 1h45min
Sortie le 10 juin 2009
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