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    Serge Adam

    23 juillet 2009
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    Si Serge Adam a eu une formation de trompettiste, depuis dix ans, il développe un goût prononcé pour les outils numériques et la combinaison de l’improvisation musicale à partir des machines. Et à dire vrai, la plupart du temps dans ses spectacles, il ne sait pas ce qu’il va jouer : « La musique que je crée est fondée sur un rapport d’interactivité, plus précisément sur un rapport d’interprétation et sur un travail sur le temps réel”, indique-t-il.

    1.Quel est le premier évènement artistiquement marquant de votre vie ?
    – La fête de la Sainte Cécile, j’avais douze ans, je jouais dans une harmonie municipale en Normandie. Mémorable…

    2.Vous sentez-vous proche de vos maîtres ?
    – Oui dans une certaine période, quand je les travaillais. Mes maîtres sont les grands pianistes, trompettistes et saxophonistes de jazz, puis aussi les artistes qui travaillent sur temps réel.

    3.En quoi aimeriez-vous vous réincarner ?
    – En poisson.

    4.Existe-t-il un espace qui vous inspire ?
    – L’océan.

    5.Quelle place tient la fuite du temps dans votre vie ?
    – Elle tient la place des addictions, donc un place importante : je vais puiser beaucoup de choses dans les addictions.

    “Je joue une note qui va être traitée de manière informatique. Cela déclenche des choses qui vont nourrir la création au fur et à mesure ».

    A partir de programmes tels que Patch, il travaille sur la musique aléatoire : une fois que les sons sont émis, le musicien les fait se répéter, rebondit dessus, les déforme etc. « C’est comme si l’on avait une chaîne d’objets. Chaque objet produit un son qui va déclencher dans tous les autres objets d’autres sons. On peut paramétrer chaque objet pour modifier et arranger le son, puis on programme une fonction aléatoire pour qu’un ensemble de bruits spécial, imprévu et unique se produise ».

    Le travail sur le temps réel.
    Serge Adam utilise également un slizer, un programme qui permet de découper la musique pour en faire une lecture non linéaire : il est alors possible de faire des aller-retours, de déconstruire et de renouveler de manière surprenante la musique de base. « On peut faire la même chose aussi bien avec une guitare qu’avec une voix, précise-t-il. Par exemple, je peux enregistrer un poème en temps réel, le découper et le recomposer pour créer, à partir d’un texte écrit, quelque chose de surprenant».

     

    Le but de ses recherches est vraiment de construire des matières sonores exclusives qui vont servir de base à des créations originales. A partir de ce premier matériau électronique, il combine un travail avec la trompette, avec de la danse et même avec des textes récités par des comédiens. Quand il travaille avec des danseurs par exemple, il dispose des capteurs multidirectionnels sur la scène qui lui permettent de faire un traitement en temps réel, lors même des représentations. Ce qui est intéressant dans la danse, selon Serge Adam, c’est qu’il y a une sorte de contrainte : les danseurs sont aussi dans l’écriture, ce n’est jamais complètement libre. Et puis la danse induit un rapport au temps différent : puisqu’il y a toujours une construction de l’espace par le mouvement, un seul bruit peut parfois suffir, alors qu’avec des comédiens, il faut toujours fournir du son.

     

    L’electronique au service de l’imaginaire et du voyage.
    « Travailler sur le temps réel, c’est capter une information tel qu’un son, ou tel qu’un mouvement et l’enregistrer dans des process. On fait ensuite réagir la machine par rapport à ce stimulus : à partir des impacts, on passe le son en boucle, on slize…. Cela produit un terrain parfait pour l’improvisation et pour créer quelque chose de musical “, explique-t-il, ” le tout est de construire une ambiance en conservant toujours une même dynamique, une même rythmique ». Le même traitement peut être fait avec l’image, Serge Adam travaille d’ailleurs aussi avec des vidéastes.

     

    Cependant ce travail technologique et sophistiqué ne lui fait pas oublier sa formation première de trompettiste. Il s’amuse d’ailleurs du côté bicéphale de sa pratique de musicien : « je travaille d’une part avec une technologie super puissante, et d’autre part avec un instrument très artisanal fait de pistons et que je pratique deux heures tous les matins ! ».

     

    C’est peut-être ce rapport plus classique aux instruments qui lui rappelle que la musique n’est pas seulement une affaire de combinaisons analytiques à partir d’un codage binaire. « Le résultat final doit rester une invitation au voyage, précise-t-il. Chacun doit pouvoir apprécier la création selon sa sensibilité et il faut que le produit musical garde sa capacité à embarquer le public. Cela reste du spectacle vivant ».

    www.quoideneufdocteur.fr

    Chloé Goudenhooft

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